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Si vous avez aimé le doc sur Orelsan, vous aimerez ces films qui ont inspiré Clément Cotentin

Publié le

par Lise Lanot

Documentaires musicaux ou pas, en 90 minutes ou 7 heures, voici 6 références qui ont inspiré l’écriture de Montre jamais ça à personne.

Si vous avez aimé le doc sur Orelsan, vous aimerez ces films qui ont inspiré Clément Cotentin

© Konbini

Sorti en octobre 2021, Montre jamais ça à personne a ravi un public large, des fans de la première heure d’Orelsan à une audience a priori moins sensible à la carrière de l’artiste – ou même au rap en général. Si la série documentaire a connu un tel retentissement, c’est, d’une part, grâce aux archives de plus de vingt ans amassées par Clément Cotentin et, d’autre part, grâce à une réalisation (cosignée Christophe Offenstein) et un montage (à six mains, avec Hugo Lemant et Maël Lenoir) minutieusement travaillés et salués par la critique.

Et bien que, “pour filmer, [on ait] juste besoin d’un truc qui filme”, un peu d’inspiration ne fait jamais de mal. Le réalisateur Clément Cotentin confie une passion de longue date pour les documentaires et a profité de croiser le micro de Kyan Khojandi pour partager les noms de quelques-uns de ses documentaires fétiches.

Afin d’étoffer votre liste de “Trucs à voir” dans les notes de votre téléphone, de découvrir les inspirations de Montre jamais ça à personne et, pourquoi pas, de vous donner envie de réaliser votre propre œuvre, voici six documentaires marquants à (re)découvrir.

Dig! d’Ondi Timoner

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Alors qu’elle n’a qu’une petite vingtaine d’années, Ondi Timoner se met à suivre, armée de sa caméra, deux groupes de rock qui se respectent et s’admirent mutuellement, au moins à leurs débuts : les Brian Jonestown Massacre et les Dandy Warhols. Sont notamment mis en avant les frontmen de chacun des groupes, Anton Newcombe et Courtney Taylor, et leurs choix artistiques.

Retraçant sept ans d’amitié, de drames, de heurts et de “psychose créative”, le film présente deux façons diamétralement opposées de vivre son art : le choix de l’industrie d’un côté, le rejet radical de cette dernière de l’autre. Ondi Timoner a écrit, réalisé, monté et produit ce documentaire sans complaisance ni parti pris. Primé au festival de Sundance en 2004, le film fait désormais partie de la collection permanente du Museum of Modern Art de New York.

Référence phare de Clément Cotentin, le film a titillé son esprit de compétition puisqu’il se remémore avoir été marqué par le temps que la réalisatrice avait passé à suivre les groupes amis-ennemis : “Je me suis dit : ‘Si elle a fait sept ans, je ne peux pas faire moins.'” Record battu grâce aux vingt années retracées dans la première saison de Montre jamais ça à personne. Il n’y a plus qu’à faire entrer la série au centre Pompidou.

Billie Eilish: The World’s a Little Blurry de R. J. Cutler

La liste de points communs rapprochant Orelsan, rappeur normand de 40 ans, de Billie Eilish, star californienne de vingt ans sa cadette, paraît courte. Les documentaires qui leur sont consacrés partagent cependant une même volonté : celle de viser l’universel en racontant davantage que l’histoire d’une vie – et c’est bien ce qui a plu à Clément Cotentin : [The World’s a Little Blurry], ce n’est pas juste de la musique, c’est les coulisses d’un album, d’un succès mais c’est aussi l’histoire d’une ado qui devient adulte, et c’est quelque chose que j’aime : quand une œuvre raconte autre chose.”

Effectivement, le film consacré à la jeune vie de Billie Eilish tend vers le conte initiatique. Des 2 heures et 20 minutes du documentaire, Clément Cotentin retient notamment la scène où la chanteuse passe son permis et part faire sa première virée en voiture seule, sous les yeux de son père : “C’est un symbole direct du passage à l’âge adulte, c’est hyper universel.”

Montrée dans sa chambre chez ses parents, en train de composer de la musique avec son frère, esquivant des mondanités ou sur scène, face à des fans en pleurs, Billie Eilish ne tait rien de sa fragilité et des aléas de sa santé mentale. Dans la même veine, la vulnérabilité et les doutes d’Orelsan deviennent des personnages principaux de la saison 2 de Montre jamais ça à personne. Si rares sont les personnes à pouvoir s’identifier à des superstars de la musique, les films parviennent à créer des points de ralliement universels.

The Defiant Ones d’Allen Hughes

Réalisée par Allen Hughes et diffusée en 2017, la série documentaire The Defiant Ones revient, en quatre épisodes, sur les parcours entrecroisés de Dr. Dre et de Jimmy Iovine. En plus d’avoir cofondé Beats Electronics, les deux hommes ont posé certains des jalons de l’histoire musicale de ces trente dernières années.

Les quatre heures de documentaire reviennent, entre autres, sur les fondations d’Interscope Records et d’Aftermath Entertainment, les découvertes de Snoop Dogg et Eminem ou encore la disparition de Tupac. Les problématiques propres à l’industrie musicale – échecs d’un label, lancement d’une marque ou guerre contre le piratage – sont également mises en lumière.

Le contenu est dense et c’est “la forme” du documentaire qui a particulièrement éclairé le réalisateur normand : “Je l’ai maté quinze fois. Parfois, je regardais juste des petits bouts”, rapportait-il au micro de Kyan Khojandi. “C’est surtout en termes de pures techniques de montage, de storytelling, que ça m’a inspiré. La façon dont sont utilisées les interviews notamment, qui permettent de suggérer des choses au public, d’illustrer des [caractéristiques, des points précis des personnages], complète-t-il lors d’un entretien téléphonique.

Jamel en vrai de Karim Debbouze et Roland Allard

Encore une histoire de famille et, mieux, encore une histoire de frères. En 2002, le frère cadet de Jamel Debbouze, Karim, sort Jamel en vrai, un documentaire filmé de l’intérieur, petite caméra au poing, qui suit l’humoriste dans sa famille, sur scène, entre ami·e·s.

Le film dépasse l’histoire de Jamel et des deux frères. De nombreuses scènes de famille sont montrées (le documentaire s’ouvre sur une malicieuse présentation des Debbouze, à table, par Jamel), avec une honnêteté impressionnante. Lorsqu’il le voit pour la première fois, le long-métrage donne une preuve à Clément Cotentin qu’il est possible d’“avoir à la fois un regard intime et objectif et de raconter une histoire qui a du sens”.

Dans Jamel en vrai, la petite histoire dépasse, encore et toujours, la grande : “Il y a une dimension plus haute. Ça parle d’argent, des affres de la célébrité et aussi de ce qu’elles signifient dans un contexte particulier, ici, dans une famille issue de l’immigration.”

Sugar Man (Searching for Sugar Man) de Malik Bendjelloul

Je n’ai même pas envie de vous raconter Sugar Man (Searching for Sugar Man) parce que, si vous l’avez vu, vous vous souvenez forcément de son incroyable histoire, et si ce n’est pas le cas, vous pouvez arrêter votre lecture ici et le regarder tout de suite, sans spoiler, en vous laissant promener par la narration pleine de rebondissements du film.

Cette façon de “présenter un personnage avec un point de vue, de créer du mystère, de garder le spectateur auprès de soi” rappelle à Clément Cotentin un point clé de l’écriture documentaire qui, à l’inverse du reportage, vise à “faire ressentir des choses aux gens, à condenser des informations pour permettre des chocs d’émotion”.

La narration du film consacré à Sixto Rodriguez (le vrai nom du fameux Sugar Man – mais ça, vous le savez, à cette étape de votre lecture. Parce que, si vous n’étiez pas déjà au courant, vous avez normalement débuté le visionnage du documentaire. Et vous me lisez en même temps. Vous êtes multitâche, bravo) prend la forme d’une enquête. Cette écriture particulière pose la question de “qui raconte quoi et comment”, une interrogation capitale dans la compréhension critique de ce qui nous entoure.

O. J.: Made in America d’Ezra Edelman

La critique est unanime, les commentaires YouTube (chose rare) le sont aussi, et Clément Cotentin renchérit : O. J.: Made in America, c’est le meilleur truc que j’ai jamais vu.” Réalisé dans le cadre de 30 for 30, une série de trente films d’une heure réalisés par trente cinéastes pour les 30 ans d’ESPN, le projet a dépassé les limites au cours de sa création. Face aux centaines d’heures d’entretiens et à la complexité du sujet, Ezra Edelman a réalisé une œuvre mastodonte de 7 heures et 47 minutes, récompensée par l’Oscar du Meilleur documentaire en 2017.

Plus que de “simplement” relater un procès phare du XXe siècle, la série documentaire parvient à traiter de tout ce que ledit procès symbolise : “Ça explique les États-Unis. Ils ont été capables de réaliser une fresque pour qu’on comprenne tout le contexte du procès O. J. Simpson, pourquoi il était important, ce qu’il disait du pays à ce moment et même, a posteriori, ce qu’il en dit aujourd’hui”, s’émerveille le journaliste. Les “couches et les couches de compréhension” contenues dans les films le convainquent qu’on ne parle jamais d’un sujet au hasard et, surtout, qu’on ne parle jamais que de son sujet initial.

Une liste non exhaustive

La particularité des listes de “Trucs à voir” est qu’elles représentent un puits sans fond. Le réalisateur n’oublie pas non plus les documentaires The Last Dance (même s’il confie sa déception concernant la fin de la série dédiée à Michael Jordan), Amy (sur Amy Winehouse, l’ayant notamment inspiré quant à “l’utilisation des paroles de chansons et ce qu’elles aident à comprendre du travail de l’artiste et la vie de la femme”) ou encore Dans le cerveau de Bill Gates (pour les efforts de narrations parallèles).

Je pourrais continuer un moment mais mon article fait déjà 1 500 mots. Vous pouvez arrêter de lire et commencer à regarder, à filmer et à ajouter votre pierre à l’édifice.