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Déso pas déso, mais je ne comprends pas la hype autour de Jeremy Allen White

Déso pas déso, mais je ne comprends pas la hype autour de Jeremy Allen White

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Par Mélissa Chevreuil

Publié le

Pitié, ne me brûlez pas sur la place publique.

Depuis début janvier, c’est tous les matins le même calvaire. En prenant le métro à porte de Bagnolet, dans le 20e arrondissement parisien, mon regard ne peut éviter un espace publicitaire avec Jeremy Allen White en slibard Calvin Klein. Si l’image ne me procure qu’un plaisir visuel proche du néant et ne me donne pas spécialement l’envie d’investir dans de nouveaux sous-vêtements de la marque, elle me force surtout à faire encore et encore le même constat. Je ne comprends pas la hype autour de celui qui fait transpirer la moitié de la planète, la rédaction de Konbini comprise – hors quelques fidèles récalcitrantes à qui j’envoie tout mon amour, on est ensemble. S’il est compliqué d’être objective, voici pourtant quelques éléments de réponse pour mieux me comprendre. Évidemment, les arguments qui vont suivre n’engagent que moi. Rassurez-vous, les “Allenators” (ou “Whities”, j’ignore comment vous vous surnommez entre fans de l’Américain), la plupart de mes collègues ne comprennent toujours pas l’hérésie qui va suivre.

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Regards dans le vide et grattage de cheveux

Évidemment, on ne peut pas évoquer Jeremy Allen White sans évoquer sa partition dans The Bear. Si les sérievores de la première heure le connaissaient déjà via Shameless et son rôle de Lip Gallagher, les autres ont surtout retenu son nom grâce à son rôle de chef dépressif. Ne vous méprenez pas, si j’ai commencé sur le tard, j’ai aimé The Bear. Pas adoré, il ne faut pas pousser. La série ne me fait pas spécialement rire ou bader. Je n’ai pas binge-watché les épisodes, mon visionnage était très posé. De ce programme, j’ai adoré la photographie, à la fois sale et léchée. Le rythme, évidemment, frénétique ou parfois très lent ; le ton, oscillant entre comédie et drame – même si à mes yeux, c’est le second genre qui l’emporte ; quelques dialogues bien sentis car écrits avec délicatesse et, surtout, ces recettes, qui me donnent une dalle insatiable. Je n’ai jamais mangé autant de sandwiches au bœuf que ces derniers mois et, croyez-moi, ce n’est franchement pas ma came de base. Seulement voilà : à aucun moment, je n’ai vu la performance de Jeremy Allen White comme un atout.

Je retiens davantage la fraîcheur bienvenue de Sydney (Ayo Edebiri) en miss “je-sais-tout” pas si confiante. J’adore détester ce loser de Richie (Ebon Moss-Bachrach) pas capable de garder son Xanax loin d’un anniversaire pour mioches et la quête de la pâtisserie parfaite de Marcus (L-Boy) est mon empire romain du sucre. Mais Carmen ? Je n’en ai rien à faire. Il me laisse de marbre. Au-delà du personnage, dont l’écriture est peut-être à accuser en premier lieu, je ne trouve sincèrement pas le jeu de Jeremy Allen White transcendant ni même convaincant, tant il se résume à jeter de longs regards dans le vide ou à se gratter les cheveux. Pour représenter la dépression ou la confusion, on a vu mieux.

Un it-boy un peu boring

De la même façon, il m’est compliqué de ne pas évoquer son statut de “it-boy”. Paraît-il que le monsieur s’habille bien, très bien même, et que grâce à lui, des pièces ultra-basiques comme un T-shirt blanc de la marque allemande Merz B. Schwanen (à 100 euros, tout de même) ou une veste en laine tout aussi basique de chez NN.07 voient leurs ventes exploser.

Alors OK, que ce soit à l’écran ou dans les rues, l’acteur ne s’habille pas “mal”. Il choisit de bonnes marques un peu niche, des coupes qui ne tassent pas trop sa petite et carrée silhouette (ce qui ne doit pas être évident pour se vêtir et ça, je lui reconnais volontiers) et des basiques qui fonctionnent avec des matières qui hurlent la qualité. Mais que c’est boring ! Il n’y a aucun effort, aucune prise de risque, ou d’élégance. Il y a quelques mois, nos collègues de GQ France assuraient qu’il s’agissait de l’acteur le mieux habillé du moment. Mais quid de, juste au hasard, Jacob Elordi ?

Si comparaison n’est pas raison, ses outfits sont souvent comparés à ceux de Lady Diana, tant il mixe casual et chic avec justesse. On ne se remet toujours pas de son association short de Petit Nicolas/cravate au défilé Valentino au show printemps-été 2024. Évidemment, on braquerait tous une banque pour avoir ne serait-ce que le quart de sa collection de sacs à main.

On évoquait nos collègues du magazine masculin, mais ils ne sont pas les seuls. Au début de ce mois de janvier, Vogue France titrait : “Pourquoi Jeremy Allen White obsède-t-il le monde entier ?“. Comme je reste au fond une ado rebelle qui aime contredire le peuple, l’acharnement médiatique pour que je rejoigne sa horde de fans provoque sur moi l’effet inverse. Plus on m’en parle, moins cela m’enchante. Je trouve regrettable que la plupart du temps, on s’attarde davantage sur son physique que sur ses performances. La campagne Calvin Klein citée en intro, dont il est la gueule (mais surtout le corps) en est la preuve. Évidemment, il n’est ici pas question de dire si l’autrice de ces lignes le trouve laid ou non (les goûts et les couleurs, vous connaissez), mais rappeler sans arrêt comme un mantra qu’il a les yeux azurs et tant d’abdos qu’on en voit plus son nombril est lassant.

C’est un peu dégradant, comme s’il n’avait rien d’autre à proposer. Gageons justement qu’à l’occasion d’Iron Claw (que je n’ai pas encore vu, mais ça ne saurait tarder), celui qui campe le catcheur Kerry Von Erich saura me contredire et charmera davantage pour son jeu que pour ses muscles, car il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis. Au pire, je peux toujours prendre le métro ailleurs pour ne plus voir l’acteur en slibard et ainsi passer un meilleur début de journée.