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Oui, l’exception culturelle française existe sur Twitch

Publié le

par Pierre Bazin

En toute objectivité : sommes-nous les meilleurs ?

Oui, l’exception culturelle française existe sur Twitch

La France est-elle championne du monde de Twitch ? On peut être chauvin si on se réfère à des palmarès simples, à l’instar du Z Event, le plus grand marathon caritatif sur Twitch au monde. En nombre de spectateurs, le Twitch Fr est pourtant loin d’être premier.

Même avec 300 millions de francophones potentiels, il est difficile d’égaler les chiffres d’audience des anglophones qui touchent, de fait, un très large public (y compris français) en profitant, en plus, d’une amplitude horaire plus élevée – l’heure américaine et l’heure européenne. Même constat pour les hispanophones, présents des deux côtés de l’Atlantique.

Pourtant, début avril dernier, lors de la “Pixel War“, toute la communauté francophone a tenu tête aux communautés liguées des streamers américains et espagnols contre le drapeau de la France dessiné en pixels sur la R/Place. Ils étaient plus de 400 000 sur le stream du “général” adulé, Kameto.

Quelque 400 000 francophones face aux potentiels millions d’anglophones et d’hispanophones prêts à saccager leurs œuvres en pixel art créées pour rendre hommage aux symboles de l’Hexagone – de Dofus au rappeur Népal en passant par le Louvre et Zizou.

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Organisés, jamais canalisés

Désorganisée, désunie et sensible aux dissensions internes, l’alliance hispano-anglophone n’a pas fait le poids. Comment expliquer que des streamers comme xQc (10,8 millions de followers), Ibai (10,3) ou encore Mizkif (2) se soient fait “battre” – en termes de mobilisation de communauté – par des petits rookies français comme Kameto (1,4) ou ZeratoR (1,4) ?

Les streamers américains et hispaniques étaient tellement étonnés de la mobilisation que certains accusaient même la communauté francophone de “triche” dans la Pixel War.

En bilan de la Pixel War, ZeratoR émettait des premiers éléments de réponse à cette victoire spartiate du Twitch Fr. Il rappelait ainsi que les Américains n’étaient pas habitués à jouer ensemble, à se retrouver le soir ou à participer à des événements. Allons plus loin. Ce n’est pas que les Américains et les Hispaniques étaient désorganisés, mais plutôt que le stream francophone brille par son collectif.

L’exemple le plus flagrant de cette communion francophone est probablement le Z Event. Hors de l’Hexagone, impossible de trouver un équivalent ayant rassemblé au même moment et lieu autant de gros streamers. Le Z Event a créé le grand rendez-vous. Mais, au cours de l’année, les occasions ne manquent pas aux streamers français pour se retrouver.

La liste est longue : la Z Lan, l’émission Pop-Corn de Domingo, le RPZ, Game of Rôles de mistermv, la Kcorp de Kameto, les Ponce la Switch, SpeeDons, Big 9, etc. On pourrait même parler des streams d’OTP qui castent en français League of Legends et dont les audiences peuvent dépasser celles de la chaîne officielle de l’éditeur Riot Games. Les streamers et streameuses français sont toujours en bande organisée et personne ne semble pouvoir les canaliser.

Le “joueur shlag dans sa chambre” face à la “culture Web TV”

La spécificité du Twitch Fr est bien réelle, mais également très incomprise hors de nos frontières. Il y a quelques semaines, “Ben de Twitch“, ancien responsable partenaire (en France et aux États-Unis), nous apportait ses lumières à ce sujet. À l’époque, il avait par exemple travaillé avec ZeratoR (et son bras droit Dach) pour que le Z Event soit mieux compris par le commun des mortels, mais également par le Twitch US, qui semblait avoir du mal à saisir l’ampleur de l’événement :

“Encore aujourd’hui, je ne sais pas s’ils [le Twitch US, ndlr] ont tout compris. […] Les streamers américains restent tous assis chez eux, dans leur chambre en mode ‘shlag’. En France, on fait de l’événementiel, on loue des salles pour des compétitions, on fait des émissions comme ‘Pop-Corn’. Aux États-Unis, Shroud [sa chaîne Twitch est la cinquième plus grosse au monde, ndlr] commente l’e-sport en T-shirt.”

Pendant la Pixel War, l’Américain Mizkif avait commencé à prendre de haut Kameto avant de voir qu’entre-temps, 200 000 viewers étaient arrivés en une petite heure sur son stream. Aux États-Unis, on ne comprend pas et, pour Ben, cette scène en est la parfaite illustration.

Il y a bien sûr l’argument que les anglophones, du fait de leur immense audience potentielle, n’auraient pas besoin de déployer autant d’efforts que les francophones qui, eux, seraient en constante concurrence. Paradoxalement, les streamers français se tirent tous vers le haut, bien que l’idée “ne pas faire comme son voisin” a durablement marqué le Twitch Fr.

Cette profusion de créativité et d’ambition bien de chez nous, Ben semble en trouver les origines dans la “culture de la Web TV”. Les débuts de Twitch en France ont en effet été marqués par l’apparition de chaînes qui rassemblaient des streamers de tous les horizons comme Eclypsia, Millenium, O’Gaming ou encore LeStream.

La quasi-intégralité des streamers et streameuses les plus populaires aujourd’hui en France sont passés, au moins une fois, par ces WebTV d’une désormais autre époque. Les premières bandes se sont composées là-bas et, de fait, cette idée que “l’union fait la force” a perduré.

À l’instar des Trois Mousquetaires, l’exception française sur Twitch se tient finalement dans l’idée que chacun fait avancer la cause au global, à son échelle. Il y a évidemment, comme dans tout milieu, un lot de dramas, mais aucune autre scène Twitch à l’international ne semble pouvoir concurrencer l’union sacrée française.

De plus en plus copiés, pas (encore) égalés

L’exception culturelle française sur Twitch se maintiendra-t-elle ad vitam ? Difficile de jouer les devins, car si, aux États-Unis, le modèle du “joueur dans sa chambre” semble encore avoir de belles années devant lui, ce n’est pas forcément le cas ailleurs.

La communauté hispanophone est par exemple en pleine explosion ces dernières années, notamment grâce à l’arrivée des streamers et viewers d’Amérique du Sud. On voit ainsi des équipes d’e-sport se créer, comme la team KOI, fondée par le streamer espagnol Ibai et Piqué, le joueur du FC Barcelone. Les événements se multiplient également outre-Pyrénées, comme La Velada Del Año, un tournoi de boxe qui avait rassemblé 1,5 million de spectateurs en simultané sur Twitch.

Alors oui, on peut être chauvins, car le Twitch Fr brille et inspire au-delà de ses frontières. Cependant, les prochaines années vont voir de nouveaux concepts émerger, y compris hors de l’Hexagone. Et on dira simplement qu’on était autrefois les meilleurs.


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