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Pourquoi l’authenticité reste un sujet tabou dans le rap français ?

Pourquoi l’authenticité reste un sujet tabou dans le rap français ?

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Masques, ghostwriting, réalité ou fiction : on en parle avec l'exemple de Ziak. Mais on parle aussi des sorties du moment comme Kekra, Lil Yachty, Ice Spice ou Stavo.

Chaque semaine, Aurélien Chapuis, alias Le Captain Nemo, revient sur l’actualité du rap avec ses coups de cœur, ses découvertes et les enjeux du moment.

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Être authentique peut avoir plusieurs sens dans le rap en français. Il y a la véracité de ce que tu dis, la réalité de ta vie par rapport à ce que tu racontes, mais aussi l’authenticité de ton rapport à la musique. Un rappeur doit écrire ses textes, trouver son style, être original et compétitif par rapport aux autres. C’est notamment sur ce point que des rumeurs persistantes attaquent le rappeur Ziak.

Ziak a fait un gros retour en force en ce début d’année 2023. D’abord avec un Zénith plein à ras bord pour une prestation très efficace, mais aussi l’annonce d’un nouvel album en février et un premier extrait explosif sur une production de Sam Tiba accompagnée d’un visuel comme toujours très précis et innovant. Ziak a même réalisé une opération un peu folle avec ses fans en leur donnant un rendez-vous mystérieux au bois de Vincennes pour finalement leur livrer des bandanas inédits en drone.

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Tout est calculé, imaginé, rien n’est laissé au hasard. Mais voilà, le mystère plane et le public veut toujours en savoir plus. Une grande partie cherche à savoir qui est derrière le masque, ou plutôt qui sont les gens derrière le bandana, derrière le projet Ziak. Ces rumeurs de groupe à plusieurs têtes, entre ghostwriting, productions sous un alias et interprétation unique laissent planer un doute sur l’authenticité de Ziak.

Le rap en français est toujours jugé via le prisme de l’autobiographie solitaire. Un rappeur doit écrire ses textes. Le ghostwriting dans le rap, surtout en France, est synonyme de faiblesse, arnaque et mensonge. Mais pourquoi ? Dans toutes les autres musiques, quasiment tout est composé, écrit et interprété à plusieurs, c’est même le concept de la musique. Donc pourquoi le rap reste le seul style musical où tout ce qui est dit doit être vrai et où tout ce qui est fait doit l’être seul.

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Même si Ziak est une hydre à plusieurs têtes, est-ce que ça change la qualité de sa musique ? La qualité et la précision de ses visuels via l’entité Chrome Castle ? Pour une fois qu’on a un projet complet pensé du début à la fin avec aucun temps mort et de nombreuses références anglophones bien digérées, pourquoi y laisser mettre la qualité de ces sons en doute juste parce que ce n’est pas un mec tout seul derrière le bandana ?

Cette théorie de l’auteur-compositeur seul face à la mer est vraiment un délire très franco-belge, alimenté par les modèles de Georges Brassens, Francis Cabrel, Jacques Brel et Michel Berger. Comme si la musique devait être solitaire, écrite avec une plume et la rigueur d’un moine copiste. Cette rigueur m’ennuie profondément.

Pour moi, il n’y a plus aucune règle. Les vrais gangsters n’ont pas le temps de faire de la bonne musique. Les rappeurs sont des témoins qui peuvent faire de la meilleure musique s’ils la font à plusieurs. Comme partout, l’union fait la force. Mais l’image d’un mec avec un bandana sur le visage excite plus de monde. Ne cherchez pas les ficelles, appréciez juste le moment. Tout n’est pas à expliquer.

Le 5 majeur de la semaine

Kekra – Ingé son feat. La Fève & Alpha Wann

Difficile de choisir un seul titre de l’album de Kekra, mais ce featuring avec les discrets La Fève et Alpha Wann remplit tous les espoirs de l’auditeur en le prenant par surprise avec la structure du morceau et l’univers qui les relie. Le clip est tout aussi fort. Un grand coup pour Kekra pour un de ses seuls featurings. Kekra frappe pas mal de grands coups en ce moment. Je vous reparle très vite d’autres morceaux, comme “Nuages” ou “Bloc de glace”, c’est très, très fort.

Stavo – Esprit Kin

J’adore l’écriture de Stavo quand elle se transforme en quasi journal documentaire avec juste une suite de faits, d’instantanés. C’est simple et hyper-vivant, précis et évocateur. Kinshasa devant nous. La réédition du premier très bon album de Stavo est dispo et je vous conseille fortement de l’écouter.

Lil Yachty – Running out of Time

Lil Yachty a surpris tout le monde avec un album rapidement adulé et détesté en même temps. Pour l’instant, je l’écoute, j’en apprécie une grande partie, notamment ce très funky et N.E.R.Dien “Running out of Time”. Je vous en reparle très, très bientôt.

Mister V feat. Kerchak – Match

Yvick a toujours été à la page, voire en avance dans ses choix musicaux et de featurings. Cette fois-ci, il revient avec Kerchak, la coqueluche du moment. Le morceau est extrêmement efficace, j’appuie sur replay à chaque fois.

Ice Spice – Gangsta Boo ft. Lil Tjay

Je ne m’attendais pas à ce que ce projet d’Ice Spice soit ce que j’écoute le plus ces derniers jours. Sur ce titre vraiment explosif qui réunit le Bad Boy des grandes années via un sample, la drill NY actuelle avec Lil Tjay et un hommage à la légende de Memphis Gangsta Boo. Ça fait beaucoup dans un seul morceau et pourtant, c’est totalement addictif.

Ligne nostalgique

Je suis retombé bizarrement sur le premier album de Swizz Beatz sorti il y a plus de 20 ans, G.H.E.T.T.O. Stories, franchement assez sous-estimé à la réécoute. Il a pourtant son lot de belles collaborations, d’innovations et de folie douce, notamment avec les tueurs du moment : Jadakiss, Styles P, Nas, Noreaga.

J’ai vraiment bloqué sur le track de Shyne et Mashonda que j’avais un peu oublié. Depuis, il ne quitte pas ma tête, la mélodie de violon cheloue, le premier couplet de Shyne, l’ambiance lugubre et festive en même temps. J’ai l’impression que ça aurait pu être dans le film Babylon, je ne sais pas pourquoi. Trop content de retrouver ce morceau. Ah et il y a un morceau de Ja Rule avec Metallica, voilà. Merci, Swizz.