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La folle histoire de Thérèse Humbert, l’escroqueuse du siècle et ancienne propriétaire du château de la Star Ac’

Publié le

par Manon Marcillat

La "grande Thérèse" inspirera d’autres escroqueuses illustres, comme Anna Sorokin, la fausse héritière au cœur de la série Inventing Anna.

La folle histoire de Thérèse Humbert, l’escroqueuse du siècle et ancienne propriétaire du château de la Star Ac’

Derrière “l’escroquerie du siècle”, selon la formule de Waldeck Rousseau, il y a une femme, Thérèse Humbert, dite la “grande Thérèse”, qui a dupé la haute société de la fin du XIXe siècle pendant plus de 20 ans.

Si son histoire est aujourd’hui peu connue du grand public, l’escroqueuse, qui a détourné 100 millions de francs (soit 41 millions d’euros), fut, à l’époque, au cœur d’un scandale colossal, qui secoua la France entière.

Sa folle histoire oubliée a été racontée par Frédéric Chauvaud, professeur d’histoire contemporaine à l’université de Poitiers dans la série Les grandes arnaqueuses sur France Culture et par Titiou Lecoq dans son ouvrage Les Grandes oubliées – Pourquoi l’Histoire a effacé les femmes.

Mon oncle d’Amérique

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Fille d’agriculteur, Thérèse Humbert, née Marie-Thérèse Daurignac, grandit dans un milieu modeste. C’est son père qui lui met le pied à l’étrier de la grande escroquerie : reconverti en petit propriétaire d’agence matrimoniale et à la recherche d’une certaine aisance matérielle, il s’invente un oncle d’Amérique fortuné, qui aurait de grosses sommes d’argent cachées et dont il ne pourrait jouir immédiatement. C’est grâce à ce mensonge qu’il s’offre une grande maison et ajoute une particule à son nom.

La criminalité féminine est très rare à l’époque où vit Thérèse Humbert. Seulement 6 % de la population carcérale était des femmes, essentiellement coupables d’infanticides. Mais, alors que les épouses ne disposaient d’aucune liberté, notamment dans la gestion de leurs comptes, la future arnaqueuse parviendra à mettre en place une immense supercherie financière.

Sa première victime et complice fut son mari, Frédéric Humbert, artiste rêveur mais surtout fils du procureur général à la Cour des comptes et sénateur. C’est pour convaincre son futur beau-père bourgeois qu’elle est un bon parti, que Thérèse s’inventera un prétendu héritage qui viendra l’enrichir. Au fil des années, elle étayera ce mensonge jusqu’à s’inventer fille adultérine d’un millionnaire américain dans l’attente d’un legs de 100 millions de francs sous scellés dans un coffre.

Sur ordre de son beau-père, des juristes effectueront une expertise comptable sur ce prétendu héritage mais ils ne parviendront pas à déceler le mensonge. Le couple attirera ainsi dans ses filets une partie de l’élite politico-financière du pays qui, attirée par l’éventualité de lucratifs bénéfices, lui prêtera de colossales sommes d’argent afin que les époux puissent régler leurs faux droits de succession. C’est ainsi que pendant 20 ans, les Humbert s’enrichiront sur la vénalité de la haute société et de politiques qu’ils inviteront à de fastueux dîners.

En 1882, les Humbert s’offriront un château près de Melun, le désormais célèbre château des Vives-Eaux à Dammarie-les-Lys, ayant appartenu au comte de Châteauvillard, puis au comte de Chelaincourt, avant de devenir la propriété du couple avant qu’ils n’acquièrent un hôtel particulier avenue de la Grande Armée, à Paris. Construit en pierres blanches, le château sera incendié au début du XXe siècle et reconstruit avec de la brique rouge.

Plus d’un siècle plus tard, le château des Vives-Eaux sera investi par les élèves de la Star Academy qui y éliront domicile pendant sept ans, et verra défiler de nombreuses célébrités en son sein, de Mariah Carey à Jennifer Lopez.

Le procès d’une élite cupide

Lorsqu’une banque leur ayant accordé des prêts fera faillite, un petit créancier intentera une action en justice pour récupérer son argent. Le 2 mai 1902, le tribunal de Paris ordonne l’ouverture du coffre de Thérèse Humbert et l’inventaire des titres financiers mais, quand la police et les huissiers se rendront au domicile des époux Humbert, ils trouveront la maison abandonnée et le coffre vide.

Le couple sera jugé lors d’un procès le 8 août 1903 et défendu par un ténor du barreau qui fut également l’avocat de Dreyfus. Son histoire inventée de toutes pièces, qui a su tromper les prêteurs avides de gain facile, attirera la sympathie d’une partie de l’opinion publique tandis que la presse satirique, elle, se déchaînera sur Thérèse Humbert de façon extrêmement misogyne. Mais grâce à son indéfectible bagout, Thérèse Humbert sortira comme grandie de ce procès qui renverra surtout l’élite de l’époque “à sa cupidité en ce siècle obsédé par le pouvoir de l’argent“, selon les mots de Frédéric Chauvaud.

Le couple sera finalement condamné à cinq ans de prison, une peine assez légère en comparaison aux sommes détournées. Si les historiens ont perdu la trace de Thérèse Humbert en prison, son histoire et son mensonge inspireront d’autres célèbres anarqueuses, comme Anna Sorokin, la fausse héritière au cœur de la série Inventing Anna.