AccueilPop culture

Grâce à son roman sur le deuil, Brigitte Giraud remporte le prix Goncourt

Publié le

par Konbini avec AFP

L’autrice a été récompensée pour Vivre vite et devient la 13e lauréate en 120 ans d’histoire de cette récompense.

Grâce à son roman sur le deuil, Brigitte Giraud remporte le prix Goncourt

(© Leonardo Cendamo)

L’autrice Brigitte Giraud a remporté jeudi le prix Goncourt avec Vivre vite (éditions Flammarion), un retour sur l’engrenage d’événements improbables ayant mené à la mort de son mari, devenant la 13e lauréate en 120 ans d’histoire de cette récompense. “Peut-être que les mots aident à conjurer le sort”, a-t-elle réagi après l’annonce du plus prestigieux des prix littéraires francophones. “L’intime n’a de sens que s’il résonne avec le collectif. […] J’ai envie de penser que (les jurés) ont vu cette dimension beaucoup plus large qu’une simple vie intime, qu’une simple destinée.”

La Française est la première autrice à recevoir le Goncourt depuis Leïla Slimani avec Chanson douce en 2016. “Ce n’est pas en tant que femme que je reçois le prix, mais en tant que personne qui travaille la littérature depuis des années”, a-t-elle souligné. Peu avant, le président de l’Académie, Didier Decoin, qui a fait pencher la balance au 14e tour d’un scrutin très serré avec sa voix comptant double, avait précisé que ce livre était son coup de cœur et qu’il aurait voté pour lui même s’il avait été écrit par un homme. Il l’a préféré à celui de l’autre finaliste, Giuliano da Empoli, qui concourait avec Le Mage du Kremlin (Gallimard), un livre “excellent” mais “plus immédiat, en prise directe avec l’actualité, moins romanesque”.

“Destin”

Brigitte Giraud “pose avec beaucoup de simplicité et d’authenticité la question du destin”, a ajouté Didier Decoin, attablé chez Drouant, le restaurant parisien où les jurés délibèrent traditionnellement. Brigitte Giraud “est partie d’un deuil cruel qu’elle a ressenti, qui est poignant. Son livre a quelque chose de tragique”, a-t-il encore relevé.

À voir aussi sur Konbini

Elle succède au Sénégalais Mohamed Mbougar Sarr. L’académie Goncourt poursuit un certain renouveau avec une autrice peu connue du grand public et pas habituée aux gros chiffres de vente. Lyonnaise, native d’Algérie, Brigitte Giraud, âgée de 60 ans, a écrit une dizaine de livres, romans, essais ou nouvelles. Elle a obtenu le Goncourt de la nouvelle 2007 pour le recueil L’amour est très surestimé. En 2019, elle a été finaliste du prix Médicis pour Jour de courage.

En choisissant Vivre vite, les jurés du Goncourt élisent un récit sobre et sensible, qui a été tout de suite bien accueilli par la critique. L’autrice s’inspire du drame de sa vie, qui a eu lieu le 22 juin 1999 à Lyon, lorsque son mari Claude démarre trop vite à un feu, avec une moto trop puissante qui n’est pas la sienne, et tombe. Il ne se relèvera pas.

Chèque de dix euros

Longtemps favori, Giuliano da Empoli, qui a publié Le Mage du Kremlin en avril, devra finalement, d’un cheveu, se contenter du Grand Prix du roman de l’Académie française, qu’il a remporté fin octobre. À nouveau présente en finale, la florissante littérature haïtienne voit encore une fois lui échapper le Goncourt, Makenzy Orcel (Une somme humaine, chez Rivages) ne parvenant pas à s’imposer. Pas plus que Cloé Korman, autrice et plume des discours du ministre de l’Éducation nationale, Pap Ndiaye, qui concourait avec Les Presque Sœurs, aux éditions du Seuil.

Pour sa part, le prix Renaudot – remis juste après le Goncourt dans le même restaurant – a été attribué à Simon Liberati pour Performance, sur un écrivain septuagénaire qui renoue avec le feu sacré en écrivant un scénario sur les Rolling Stones et a une relation avec une très jeune femme. Il a obtenu 6 voix.

Le président Macron a félicité les deux lauréats sur Twitter, “deux écrivains qui surmontent les fatalités du temps par les pouvoirs de la littérature”. Les prix littéraires, qui inspirent souvent les Français souhaitant découvrir ou offrir un roman en fin d’année, sont un enjeu économique crucial. Le Goncourt en particulier garantit des centaines de milliers de ventes. Et comme le veut la tradition, Brigitte Giraud repart également avec un chèque de dix euros, que les bénéficiaires préfèrent en général encadrer plutôt que déposer à la banque.