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Dans Last Dance, une drag-queen se démaquille pour la dernière fois

Dans Last Dance, une drag-queen se démaquille pour la dernière fois

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Lady Vinsantos fait le bilan devant la caméra de Coline Abert.

On ne verra malheureusement pas la “last dance” de Channing Tatum, alias Magic Mike, sur les écrans de cinéma français mais depuis mercredi, on peut admirer celle encore plus émouvante d’une drag-queen de la Nouvelle-Orléans qui fait ses adieux à la scène.

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Mesdames et messieurs et les entre-deux, merci d’accueillir Lady Vinsantos pour son ultime show dans la ville lumière, sous la caméra de la Française Coline Abert.

Immédiatement, la réalisatrice nous entraîne sous les paillettes du drag, au cœur de la lassitude qui gagne Vince DeFonte, alias Lady Vinsantos, emblématique drag-queen de la scène underground de la Nouvelle-Orléans. Alors qu’elle trône sur son char de reine, paradant dans les rues de la ville à l’occasion du carnaval, elle réclame, flegmatique, un burrito, parce qu’elle a “la dalle”.

Car le nouveau regain de popularité de la scène drag ne redonne pas le sourire à la drag-mother. Au contraire. Après trente ans de show, dix ans de Lady Vinsantos — la femme qui l’a kidnappé et paie son loyer” — et plus de 120 élèves formés à son art au sein de l’école qu’elle a fondée, le New Orleans Drag Workshop, Vinsantos attend avec impatience la retraite, regrettant d’avoir — comme d’autres — cédé à une pratique commerciale et une vision mercantile de la discipline.

“La popularité du drag à la télévision l’a transformé en une industrie rentable. Mais avec du recul, ça a tué l’artiste en moi et ça m’a transformée en produit”, regrette cette vieille drag-queen, offrant un intéressant contrepoint aux discours habituels autour de cet art devenu mainstream et dont on célèbre habituellement avec beaucoup d’optimisme la notoriété nouvelle.

Si autour de Vince DeFonte gravitent des existences abîmées par le VIH, le racisme ou l’homophobie, dans cet État du Sud des États-Unis où l’ouverture d’esprit n’est pas la même qu’à San Francisco où Vince a vécu ses plus belles années, le portrait que la réalisatrice brosse de la drag et drama queen est quant à lui plus lumineux. Vince a grandi dans une famille tolérante et consciente depuis son enfance de son talent artistique, vit en ménage avec son mari depuis de nombreuses années après avoir eu un fils avec sa meilleure amie.

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En s’offrant trois ans pour filmer son “dragumentaire”, Coline Abert se donne également le temps de mettre en lumière des aspects moins visibles de cet art protéiforme. Elle y donne par exemple la parole à des drag-kings et aux “cisters” de la New Orleans Drag Workshop, ces femmes cisgenres qui performent en drag-queens. Au cœur de ce portrait intime, des archives personnelles et très poétiques sont mises en miroir pour enrichir les états d’âme que Vinsantos livre sans concession au micro de Coline Abert.

En alternance de cette réflexion sur l’art drag, des moments plus triviaux viennent réenchanter le récit dans lesquels on apprend notamment comment fabriquer une fausse paire de seins dans un bas rempli de graines pour oiseaux — “ne les portez pas dans un parc à proximité de volatiles”, les mets en garde professeur Vinsantos. Une autre fois, on traquera sur des photos les doubles mentons car la peur de vieillir n’épargne pas le monde du drag, pourtant affranchi de nombreux codes et carcans.

Dans sa quête de sens sous forme de chant du cygne, Lady Vinsantos décide de réaliser son rêve : un ultime show à Paris dans lequel elle embarque ses élèves du New Orleans Drag Workshop. Après ça, elle tirera sa révérence et fera ses adieux à la scène artistique de la Nouvelle-Orléans que la pandémie a profondément transformée, la société américaine capitaliste n’ayant pas offert les mêmes aides aux artistes que la France.

On ne sait pas ce qui attend Vinsantos après son saut dans l’inconnu, mais on ne doute pas qu’elle parviendra à se réinventer, car c’est là l’essence même de son art. Last Dance est l’histoire d’une renaissance et non celle d’une fin.