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Éternel débat : Rick Deckard est-il un réplicant, OUI ou NON ?

Crêpage de chignon

Éternel débat : Rick Deckard est-il un réplicant, OUI ou NON ?

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Ridley Scott le réfute, Harrison Ford le martèle. Quant à Denis Villeneuve...

Scandale. L’agent Rick Deckard, chargé de dézinguer à la pelle du réplicant serait-il, in fine, l’un des leurs ? L’interrogation hante depuis plusieurs décennies tous les fans de Blade Runner (1982). Notamment parce que Ridley Scott (à la réal’) et Harrison Ford (dans le rôle-titre) se sont eux même écharpés sur cette “pomme de la discorde”. Jusqu’à provoquer des tensions en plein tournage. Et sans que les deux icônes du ciné’ ne parviennent jamais à se mettre d’accord.

Si certains avaient – naïvement, peut-être – caressé l’espoir que la sortie, en 2017, de la suite signée Denis Villeneuve puisse mettre un point final à la controverse… C’est râpé. Blade Runner 2049 laisse résolument planer le doute sur la nature de l’inspecteur Deckard. Mais pourquoi diable ?

“C’est un putain de réplicant !” : quand l’interprétation d’un rôle part au clash

Au moment d’adapter Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? (1972), chef-d’œuvre SF signé Philip K. Dick, Ridley Scott imagine un futur glacé, sombre. Quelque chose dans les teintes désespérées de l’Alien (1979) dont il a récemment boucler le tournage, peut-être. Pour rappel le texte originel nous entraîne aux côtés de Rick Deckard, un “blade runner” – sorte d’unité de police d’élite chargé du “retrait” (comprenez : extermination) d’androïde jugés dangereux, les “réplicants”. Dans le Los Angeles froid, brumeux et hostile d’une Terre ravagée par la guerre nucléaire, notre flic se voit attribuer sa plus périlleuse mission : descendre non pas deux, non pas trois mais bien quatre de ces humanoïdes.

Après avoir captivé dans des interprétations d’aventuriers gouailleurs (Star Wars, Indiana Jones), Harrison Ford voit dans ce rôle l’opportunité de dévoiler au public un jeu plus sombre. Scott et Ford négocient, puis tombent sur un accord. Mais les dés sont pipés. En consultant le script, l’acteur lit les lignes du scénariste Hampton Fancher, qui a taillé pour Deckhard un rôle d’humain. Sauf que Scott voit les choses d’un autre œil, et se garde bien de l’en avertir. De sorte que les deux hommes ne se mettent pas d’accord, en amont, sur la manière dont jouer l’antihéros. Et sur les plateaux de tournage, ça se sent drôlement.

Là où Ford interprète un humain au parcours cabossé, et tiraillé par l’amour qu’il porte à une androïde, Scott veut absolument mettre en scène le destin tragique d’un personnage qui, se croyant humain, s’avère en réalité être un replicant condamné à exterminer les siens. L’acteur phare du film s’obstine à jouer la carte du “non-machine” ? Très bien. Au réalisateur de distiller, çà et là, plusieurs indices qui accréditent sa propre interprétation.

Une licorne, et tout s’éclaircit

Très remaniée par les producteurs, la première version du film parue en 1982 ne comporte plus rien de ces précieuses indications. Il faudra attendre le director’s cut de 1992 pour que la vision de Scott s’impose. Une scène montre Deckard les pupilles rouges – signe distinctif des réplicants. Ailleurs Rachel (une androïde) demande à notre superflic si il a lui-même passé le test qu’il impose à ceux qu’il soupçonne d’être des humanoïdes sans que celui-ci réponde. Louche. Mais surtout, il y a cette séquence dite “de la licorne”.

Un passage un peu déroutant au premier abord. Grosso modo, Deckard s’endort avec un vilain coup dans le nez sur son piano. L’animal fabuleux apparaît alors en songe. Il galope, galope et… Galope. Bon. On aura tout fait d’oublier cette scène à l’onirisme hasardeux jusqu’à ce que Gaff, un policier, laisse un origami sur le seuil de l’appartement de Deckard. Surprise : ce pliage a l’allure… D’une licorne. Manière, pour l’auteur de l’assemblage, de signifier à son collègue qu’il a accédé à ses souvenirs les plus intimes : ses rêves. Conclusion, “Deckart IS a replicant”. C’est pas nous qui le disons, mais Scott himself.

Blade Runner 2049 : enfin une réponse ?

Quid de Harrison Ford ? Eh bien, celui qui décrit pudiquement ce film comme n’étant pas “le favori” sa carrière n’en démord pas. Interrogé par le Huffington Post en 2017 sur Blade Runner 2049, l’acteur chéri des 80’s avait déclaré : “Il est de notoriété publique que lorsque je travaillais avec Ridley je voulais offrir au public un être humain auprès duquel s’identifier”. De là à conclure qu’en intégrant à son récit Deckard (et donc Ford), le film de Villeneuve allait trancher la controverse en donnant l’avantage à l’interprète ? Ce serait aller un peu vite.

Dans son séquel format blockbuster, le réalisateur noue l’intrigue autour d’un blade runner (Ryan Gosling) dont, cette fois, chacun sait qu’il est un réplicant. L’androïde s’aventure au cœur d’un conflit qui le pousse à rechercher Deckard. Lequel est présenté comme ayant fait l’objet d’un “retrait” – terme normalement utilisé pour qualifier la mise hors circuit d’un réplicant. De quoi nous mettre sur la piste d’un Deckard non-humain mais… Les scènes s’enchaînent les unes après les autres sans que l’hypothèse soit creusée. Du tout.

“J’aime les questions, mais je n’aime pas les réponses”, avait tout simplement expliqué Denis Villeneuve à CNET. Avant d’ajouter : “il est plus intéressant de nouer une relation avec l’inconnu qu’avec des certitudes. Je n’apprécie pas que les réalisateurs donnent des réponses, ou dévoilent trop de choses”. Un petit tacle à Ridley Scott, co-scénariste de Blade Runner 2049, peut-être. Mais surtout une manière de renouer avec l’héritage de Philip K. Dick. 

Dans le texte original, Deckard se questionne sans cesse sur son humanité. Le sens de sa mission, les actions qui pourraient le faire pencher du côté de la machine, ou de l’humain. L’origine du blade runner demeure mystérieuse, jusqu’au bout. En choisissant de ne pas choisir entre le camp de Scott et celui de Ford, Villeneuve revient aux sources, tout simplement.

De quoi laisser sévèrement sur leur faim les fans. Le “cas Deckard” demeurera-t-il donc à jamais énigmatique ? Pas sûr, car Scott pourrait bien avoir une dernière carte à jouer pour défendre son point de vue. Après des mois de bruits de couloirs, Amazon avait officialisé, en 2022, la création d’une série Blade Runner où le réalisateur prendrait la casquette de producteur exécutif. Une fenêtre de tir inespérée afin d’établir définitivement la nature humanoïde de Mister Deckard, peut-être. Mais pas sûr qu’Harrison Ford apprécie.