Témoignage d’un garçon sugar baby : "Ce n’est pas de la prostitution, c'est une relation"

Après avoir lu sur Konbini le témoignage d’une sugar baby, un sugar baby a contacté la rédaction pour partager son expérience. Martin, 22 ans, parle de sa qualité de vie, des attentes de sa sugar mama et des stéréotypes.

Les arrangements entre jeunes fauchés et vieux riches sont de plus en plus courants. Après avoir lu le témoignage d’une sugar baby il y a trois semaines, un sugar baby, un garçon, est entré en contact avec Konbini. Martin, 22 ans, est en master à Paris et fréquente une sugar mama de vingt ans son aînée.

Dans la tête d'un sugar baby. (Image: Embassy Pictures)

Dans la tête d'un sugar baby. (© Embassy Pictures)

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Le sugar baby est souvent perçu comme un jeune homme passif et séduisant, le genre de toy boy avec qui Samantha de Sex and the City pourrait s’envoyer en l’air. Mais quelle est la part de réel dans cette image ?

Quand il a emménagé à Paris, Martin comptait chaque centime qu’il dépensait et vivait chichement. Fatigué de ne pas profiter de la vie étudiante, il s’est inscrit sur un site spécialisé sur les conseils d’une amie.

C’est à ce moment là qu’il a rencontré Marianne dont le profil indique clairement qu’elle "aime les jeune hommes et aime coucher avec eux". Une année après son inscription, Martin raconte son expérience de sugar baby. Bien sûr, toutes les expériences sont différentes et ce témoignage n'est pas représentatif.

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Konbini | Salut Martin. Peux-tu nous raconter comment tu es devenu un sugar baby ?

Martin | Mes amis sortent souvent et ils mènent une vie de roi grâce à l'argent de leurs parents. De mon côté, je faisais très attention à mes dépenses et je ne pouvais pas les suivre. Mon mode de vie ne me convenait pas et, un jour, mon amie Hélène* m’a raconté son expérience en tant que sugar baby.

Je n’en avais jamais entendu parlé et, au départ, je pensais que c'était comme de la prostitution, donc j’étais très réticent. Je n’aimais pas trop le concept au début, mais aujourd’hui, je me rends compte que c’est un moyen de croquer la vie à pleines dents sans avoir à se préoccuper de l’argent.

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Quand je me suis inscrit sur le site, j’ai été impressionné par le nombre de femmes qui cherchaient un toy boy. J'ai réalisé qu'il était possible de trouver une sugar mama.

(Photo: Everett Collection)

(© Everett Collection)

Quel genre d’arrangement as-tu avec Marianne, ta sugar mama actuelle ?

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Mon histoire est assez différente de celles qu’on peut lire dans les médias. On est ensemble depuis huit mois maintenant. Notre relation n'est pas exclusive.

Bien sûr, le sexe fait partie de notre relation, mais ce n’est pas l’essentiel, comme dans toute relation. On traîne ensemble, on part en vacances ensemble, on est allés à Copenhague, Bruxelles, Londres… L’avantage de cette relation pour moi, c’est qu’elle me permet d’avoir une meilleur qualité de vie que les autres étudiants.

Ce n’est même pas qu’une question d’argent et tout, mais c'est vraiment pour profiter de la vie, vous voyez ce que je veux dire ? Aller au restaurant, partir en week-end. Ça me donne accès à des petits plaisirs de la vie. Ce sont des choses que je n’aurais pas pu me permettre en tant qu’étudiant à Paris parce que tout est vraiment trop cher.

À quoi ressemble votre relation au quotidien ?

On se voit deux ou trois fois par semaine. Marianne dirige une entreprise, elle voyage beaucoup et elle a un emploi du temps très chargé, donc elle veut que je sois disponible quand elle est dans le coin. Les hommes plus âgés veulent se marier, avoir des enfants et construire une relation stable, ce qu’un étudiant comme moi ne veut surtout pas. C’est pour cette raison qu’elle est avec moi. Et moi, c'est pour les plaisirs de la vie.

Nous n’avons pas de règles mais parfois j’ai l’impression que je n’ai pas le pouvoir de dire non quand elle dit "on se voit samedi" parce que, de toute évidence, c'est elle qui a le pouvoir dans cette relation.

"Je n’ai pas l’impression qu’elle m’achète"

Tu expliques dans ton email qu’elle est aux commandes et prend les décisions. Comment te sens-tu par rapport à ça ?

Traditionnellement, les hommes sont censés prendre les décisions et inviter les femmes à sortir. Mais la première fois que j’ai vu Marianne, c’est elle qui m’a dit "allons prendre un café". Au début, c’est étrange, mais c’est aussi agréable parce que ce n’est pas habituel dans une relation. Elle a plus d’expérience que moi. J’ai 22 ans, elle en a 42. Elle connaît plus de choses que moi.

J’ai moins de pouvoir, pour des raisons qui sont évidentes, mais je n’ai pas l’impression qu’elle m’achète et qu’elle me dicte précisément ce que je dois faire. Si je suis réticent ou que je ne veux pas faire quelque chose, alors je ne le fais pas, et ce n’est pas un problème.

(Photo: Everett Collection)

(© Everett Collection)

"C’est comme pour avoir un job, il faut se vendre"

Quelle est la part de séduction dans cette relation ?

Je ne sais pas exactement combien de toy boys et de sugar mamas sortent ensemble, mais il y a plus de toy boys, c’est sûr. C’est comme une offre d’emploi : elles cherchent un profil auquel il faut correspondre, sinon elles ne te retiennent pas. Il y a toujours plus de candidats que d’offres d’emploi. Tout du moins, c’est le cas en France en ce moment.

C’est comme pour avoir un job, il faut se vendre, et je ne parle pas d’argent. Il faut lui montrer que tu réponds à ses attentes. Si elle veut une relation à court terme mais que, toi, tu veux quelque chose sur le long terme, elle peut te dire "au revoir" et passer au mec suivant.

Parles-tu ouvertement de cet arrangement avec tes amis et ta famille ?

C’est une bonne question. Seulement deux de mes amis sont au courant mais je n’en parle pas du tout à ma famille. Je ne veux pas que ma mère sache que j’ai une liaison avec une femme de son âge. Les gens ont des idées reçues à ce sujet. Si je disais à ma mère "je suis un toy boy !", elle penserait que je me prostitue pour de l’argent, ce qui n’est pas le cas, vu la nature de notre relation. J’apprécie cette femme et elle m’apprécie. On s’amuse bien ensemble. C’est quelque chose que les gens ne comprennent pas et je ne veux pas en parler avec ceux qui me jugeront.

(Photo: Everett Collection)

(© Everett Collection)

Penses-tu que les sugar babies sont stigmatisés ?

Totalement. Les gens disent que c’est de la prostitution. Les personnes qui se permettent de juger ont un point de vue extérieur, pas la vision de celles qui sont dedans. Et elles n’ont aucune idée de la réalité. Les gens ont tendance à juger sans connaître. Ils lisent un seul article et disent que c’est mal, ils t’agressent.

L’expérience d’un sugar baby homme est-elle différente de celle d’une sugar baby femme ?

La plus grande différence, d’après ce que j’ai lu, les hommes veulent plus de sexe. Donc les hommes associent ce genre de relation à de la prostitution et beaucoup de sugar daddies disent des trucs comme : "Couchons ensemble en échange de cet argent."

Pour les garçons, je pense que c’est plus facile de construire une relation avec une femme. Ma sugar mama ne m’a jamais donné d’argent, je veux dire de l'argent en tant que tel… Elle m’aide pour certains trucs, elle m’achète des cadeaux, me paie des vacances, mais c’est tout. J’ai reçu des propositions malsaines pour coucher contre une certaine somme d’argent, mais je ne suis pas ce genre de personne.

En France tout du moins, si une fille couche avec plein de mecs, c’est une prostituée, alors que si un mec couche avec plein de filles, c’est un héros. Les mecs jugent les filles plus durement qu’ils jugent les mecs. J’ai l’impression que les garçons sont moins stigmatisés que les filles.

"C’est une relation, ce n’est pas un service échangé contre de l’argent"

Pourquoi veux-tu briser les stéréotypes sur les garçons qui choisissent de devenir des sugar babies ?

Ce n’est pas conventionnel, mais ce n’est pas aussi malsain que les gens le pensent. Je ne vends pas mon corps pour 300 euros. Je ne vends pas un produit ou un service pour un certain prix. C’est le genre de stéréotype que les gens ont.

Si ce stéréotype n’existait pas et que je voulais présenter Marianne à mes amis, je le ferais. Quand je dis aux gens que je suis un toy boy, ils ont un stéréotype en tête. Et c'est tellement long de leur expliquer, je ne veux pas le faire à chaque fois.

C’est une relation, ce n’est pas un échange de services contre de l’argent. Voilà mon message.

*Le prénom a été modifié.

(via lifegag.com)

Traduit de l’anglais par Hélaine Lefrançois

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Par Lydia Morrish, publié le 04/03/2016

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