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Comment les gangs de motards ont construit leur image de terreur

Comment les gangs de motards ont construit leur image de terreur

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HOLLISTER9/B/07JUL47/MN/BP – EDDIE DAVENPORT, OF TULARE, CA, DRINKS A BEER ON HIS MOTORCYCLE IN HOLLISTER, CA. DURING THE DISRUPTION OF JULY 7, 1947. The attitude of the motorcyclists was expressed by one youth today in the words: “Well, the American Legion goes into a town and raises hell. It’s a convention. We’re just hvaing a […]

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Par Théo Chapuis

Publié le

Voilà probablement l’une des scènes de crime les plus épouvantables que j’aie jamais vue en 34 ans de maintien de la loi […] Il y a du sang partout. Ce n’est pas une bande de docteurs et de dentistes en goguette qui conduit des Harleys. Ce sont des criminels qui chevauchent des Harley-Davidson.

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Le week-end du 4 juillet [fête nationale américaine, ndlr], 4 000 membres d’un club de moto ont débarqué dans Hollister, en Californie, pour une convention de trois jours. Ils se sont vite lassés de leurs compétences de pilotes ordinaires pour se tourner vers des occupations plus excitantes. Conduisant leurs véhicules dans la rue principale, ils se sont rués dans les restaurants et les bars, détruisant tout sur leur passage. Certains se sont arrêtés sur le trottoir, mais d’autres ont eu bien de la peine à se contenir.
La police en a arrêté un grand nombre pour ivresse ou indécence, mais n’a pu complètement restaurer l’ordre. Finalement, au bout de deux jours, les motards sont partis en donnant pour toute explication la suivante : “On aime bien frimer. On fait juste ça pour le plaisir“. Mais le chef de la police de Hollister ne le voit pas de cet œil-là : “C’est juste un beau gâchis“, a-t-il gémi.

Eh oui. Qui eût cru que cet événement pacifique regroupant des motards de l’American Motorcyclist Association (AMA) prendrait cette tournure bordélique ? Pas mal de monde, en fait. Déjà parce que cette convention attirait 4 000 motards dans une ville de 4 500 habitants. Aussi parce que c’était le premier rassemblement de motards important dans la ville depuis les années 30, car la Seconde Guerre Mondiale avait vidé les États-Unis d’une bonne partie de leur jeunesse. Imaginez alors la promesse d’une telle fête : les chauffeurs de deux-roues sont venus de Californie, mais aussi de tout le reste du pays.
Déjà, à l’époque, ces fans hardcore d’engins deux-roues étaient constitués en MCs. Étaient présents sur place les hordes des Galloping Goose Motorcycle Club, les Market Street Commandos, les Boozefighters et les Pissed Off Bastards of Bloomington – dont l’un des membres, moins d’un an plus tard, sera à la base de la création d’un certain Hells Angels Motorcycle Club.

“Ils n’ont fait de mal à personne”

Portrait du motard en déviant

A cet instant précis, le motard hors-la-loi avait fait son entrée fracassante dans la pop culture. “L’exposition nationale donnée grâce aux incidents de Hollister par Life Magazine et d’autres publications résultèrent dans la stigmatisation d’un nouveau visage : le portrait du motard en déviant”, écrivait alors Daniel R. Wolf dans son livre de 1991, The Rebels : A Brotherhood of Outlaw Bikers (“Rebelles : une fraternité de motards hors-la-loi” en français). Il poursuit :

Le propos de Life a entamé une réaction en chaîne de médias de masse qui ont vu les incidents de Hollister croître considérablement dans sa représentation sensationnaliste et, par conséquent, l’image du motard comme déviant est devenue plus définie et plus immuable.

Dès lors, les dés sont jetés. L’AMA, furieuse de se voir impliquée dans un tel trouble à l’ordre public, affirme par la voix de son président que 99% des adeptes de la moto sont des types honnêtes. Afin de s’en désolidariser, c’est à ce moment-là que les membres des clubs les plus sulfureux adoptent le sigle “1%”, acte de naissance officiel des gangs de motards hors-la-loi. L’AMA n’a jamais reconnu une telle déclaration et la juge aujourd’hui apocryphe. Peine perdue, le “1%” est désormais arboré avec fierté sur les vestes de tous les gangs, même ceux qui se vouent une haine ancestrale comme les Bandidos et les Hells Angels.
En 1951, Stanley Kramer, un producteur de Hollywood, s’intéresse au phénomène après avoir lu une nouvelle correspondante dans le magazine Harper. Ce texte lui inspire un film, resté immensément célèbre : L’Équipée Sauvage, avec Marlon Brando. Avant même que les trop fameux Hells Angels n’existent, avant même que le journaliste Hunter S. Thompson ne s’intéresse au phénomène et n’en écrive un fantastique best-seller, avant même que Sons of Anarchy ne germe dans l’esprit de Kurt Sutter et devienne la série à succès qu’on connaît, les motards hors-la-loi collaient déjà la frousse à tout le monde. Hommes, femmes, et enfants.