Grand Entretien : de Booba au FN, l’actu vue par Kaaris

Publié le par Louis Lepron,

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“Pourquoi fortune et infortune ? Pourquoi suis-je né les poches vides pourquoi les siennes sont-elles pleines de tunes ? Pourquoi j’ai vu mon père en cyclo partir travailler…”

J’ai eu une enfance, je veux pas dire difficile, mais comme la plupart des gens qui vivaient dans les quartiers, les cités dortoirs, les zones rurales, les campagnes. J’ai vécu la même chose qu’eux : la précarité, j’ai grandi qu’avec ma mère, pas de père, beaucoup d’enfants, pas de taff, pas d’oseille, les huissiers… On était beaucoup à l’avoir vécu, donc rien d’exceptionnel. Je me reconnaissais dans ce morceau-là.
C’était une motivation pour s’en sortir, notamment via la musique ?
Dans la vie, bien sûr. Mais je pense que même quelqu’un qui est né sous une autre étoile, brillante, même lui il doit être motivé : il doit faire perdurer le travail qu’ont fait ses parents, parce que s’il en est là c’est que ses parents ont travaillé avant lui. Il va pas tout gâcher.
Tout le monde a une motivation. Les épreuves sont différentes mais on ne les ressent pas de la même manière : pour quelqu’un ce sera dur, pour toi non. On ne va pas dire que c’est dur parce que nous on vient des quartiers, tu vois. C’est dur pout tout le monde. Après c’est clair qu’il vaut mieux avoir un peu d’oseille à la base.

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Billets, guns, drogue : polémique quand des collégiens font du rap hardcore


Là, ce qui est critiqué, c’est le fait de voir des enfants avec des guns, des billets, et de la drogue…
La vie ça va plus vite. Avant, à l’époque de Molière, ils baisaient à 35 ans. Maintenant à 14 ans, le petit il sait tout. Avec la télévision, la téléréalité, on montre ces choses. Ça reste un clip.
L’argent, les guns, etc. : ce sont des fantasmes ou une réalité dans le rap ? Dans une interview, tu disais justement que même si t’as rien en réalité, tu mets tout dans tes clips pour flamber.
C’est ça le rap. Aujourd’hui, je peux pas dire que je n’ai rien. Mais le problème, et t’as raison de poser la question, c’est qu’en réalité on croit que le gens ont tout dans les quartiers. Y a même des grosses voitures, n’importe qui a une société de location. C’est même plus impressionnant de voir un mec en Ferrari sur Paname. Pareil pour les billets.

Crédit : Jordan Beline

Du coup ça crée des clichés autour des banlieues.
Parce que ce sont les banlieues qui font le rap. C’est comme si tu veux faire du reggae et que t’avais pas les codes. Mais le rap c’est ça, tu regardes les clips aux États-Unis, c’est la même chose.
Et toi au fait, “qu’est-ce que t’as fait de tous ces deniers” maintenant que t’en as un peu plus ?
Je fais des petits trous à côté des grands trous.

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Selon cette vidéo, tous les rappeurs français ont le même flow


Y a cette vidéo qui est sortie et qui dit qu’en France tous les rappeurs ont le même flow. Et ils t’ont mis dans le même lot…
J’ai entendu parler de ça. Mais j’ai pas vu la vidéo. C’est normal que je sois dedans, vu que je suis le premier à avoir eu ce flow. Mais ça ils oublient de le dire.
Le flow de Chicago ?
Pas que Chicago. Mais tu sais, à l’époque où le rap venait de Brooklyn ou de New York, tout le monde faisait ça. C’est juste qu’aujourd’hui on est passé à autre chose. Ça, c’est un découpage qui se retrouve dans la trap, le “tada tada tada”, que j’ai fait il y a trois piges dans “Je remplis l’sac“. Elle est pas juste cette vidéo. Mais je parle pour moi.
Comment tu fais pour te détacher de ce flow ?
Je fais Le bruit de mon âme [le deuxième album de Kaaris qui sort ce 30 mars, ndlr]. Je fais “Crystal” [feat. Future, ndlr], je fais “Se-vrak” qui les découpe, c’est pas difficile.

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Entretien : “Chez Booba, il y a quelque chose qui relève du chef-d’oeuvre”

Ça c’est une interview d’Alexandre Chirat qui a réalisé un livre qui s’appelle Booba, poésie, musique et philosophie.
C’est qui ce mec ?
Un économiste et sociologue. 
Il a une carte ?
Une carte ?
De sociologue.
Je sais pas.
Bah alors, pourquoi tu dis ça ?
Il crédibilise d’une certaine manière le rap, du genre : le rap a une portée littéraire poétique.
Il a le droit de penser ça. Je sais pas qui attribue le fait que quelque chose soit un chef-d’œuvre ou pas.

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Star Wars version anime japonais, ça donne ce superbe court métrage

Ça te dit quoi Star Wars ?
C’est un truc de ouf quand je vais dire ça, les gens vont être choqués quand je vais dire ça : les Star Wars je les ai vus y a pas longtemps, y a peut-être cinq ou six ans. J’ai fait une erreur : quand j’ai regardé les trois derniers épisodes en premier, j’avais du mal à regarder les autres : l’image a changé, l’histoire était devenue chelou, Dark Vador il ressemblait plus à rien. J’arrivais plus, mais je me suis forcé, et c’est un truc de ouf.
Qu’est-ce qui t’a le plus marqué ?
Dark Vador. Il me fait grave pitié. Il succombe, il est haineux, il est pas calme, il regarde pas comme il faut, il visualise pas ce qu’on lui dit, il comprend pas les autres, il se fait avoir par les autres. Et quand il est train de crever, juste après que Obi Wan l’a découpé en petits morceaux, à côté de la lave, il est faible.
Quand il revient en Dark Vador, il est stylé, mais il fait pitié. Parce que c’est un petit qui tombe dans tous les pièges, parce qu’il faut savoir dire non des fois. Faut savoir dire : “Hey, tu veux essayer de me baiser ? Va te faire enculer toi.” Il se fait niquer. Il était mignon au début, c’est dommage.
T’aimes qui alors ?
Le meilleur c’est Maître Yoda. Et Obi-Wan. Après maintenant, y a l’autre trouduc de Miami [Booba, ndlr] qui fait que parler de Yoda toute la journée mais il a rien à voir avec lui.

Pourquoi ?
Parce que Yoda c’est la sagesse.
Booba, il est pas sage ?
Bah non, il insulte tout le monde toute la journée sur Internet, il fait le con, il a fini de compter ses billets, il galère. Yoda il galère pas lui. Lui [Booba, ndlr], c’est Dark Vador en fait, il succombe à tous les travers de cette vie d’ici-bas. Il est complètement noyé.
Toi t’es Maître Yoda ?
Non moi je suis pas un personnage de fiction. Moi je suis Okou Gnakouri [ses prénom et nom, ndlr].

Leonardo DiCaprio incarnera un homme aux 24 personnalités

Il en est capable. C’est un monstre. Il pourrait même faire l’homme aux 1000 personnalités (rires). Même dans un film pourri comme Shutter Island, il est fou. C’est le meilleur.
Quand t’es rappeur, t’as besoin d’avoir plusieurs personnalités ?
Dans la vie tu as de toute façon besoin d’avoir plusieurs personnalités. Quand tu vas sortir d’ici, c’est obligé qu’il y a quelqu’un dans ton entourage à qui tu mets des disquettes. T’es obligé non pas de jouer un jeu mais de t’adapter à cette personne. C’est pas malsain, c’est humain. Tout le monde n’a pas la même sensibilité, tu es obligé de t’adapter au gens.
Mais toi quand t’es sur scène, tu te crées pas un personnage ?
Quand je suis sur scène, je suis Ris-Kaa. Quand je sors de la scène, je suis Okou Gnakouri. Il n’y a pas de grande différence.

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C’est le dessin animé le plus lourd du lourd. Les choses qui m’ont marqué, ce sont les périodes Freezer et Cell.
Tu regardes des séries aussi ?
Breaking Bad, c’est lourd. Game of Thrones aussi. Mais quand tu travailles toute la journée, tu rentres et t’as juste envie de te divertir. Résultat, je regarde Charlie Sheen.
C’est quoi une journée type pour toi ? Studio, métro, dodo ?
Non. “Métro, dodo”, j’ai pas 80 ans. Je veux aussi avoir le temps de m’arrêter à la cité quelques heures ou écouter du son.
T’écris continuellement ?
Je note toujours des trucs de côté. Je réfléchis à ça tout le temps. C’est pas quelque chose de relou, mais ma vie est centrée autour de ça.

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Avant de s’en prendre à des vestiges archéologiques, ils s’en sont pris à des instruments de musique.
C’est chaud depuis que les Américains sont descendus dans ces pays pour foutre la de-mer et prendre le pétrole. Tout le monde veut sa part du gâteau. Ils veulent recréer les frontières.
Pourquoi ils s’en prennent en premier lieu à la culture ?
Pour aliéner les gens. Pour qu’ils arrêtent de réfléchir. Parce que la culture fait réfléchir. Après ils vont brûler les livres. Après ils vont donner leur “vérité”, leur soi-disant “vérité”.
Pourquoi tu penses que des Français vont là-bas ?
C’est la matrice d’Internet mec. En tout cas moi j’y vais pas. La question d’avoir une culture ou non, c’est pas ça : ils veulent peut-être donner un sens à leur vie, prouver quelque chose.

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T’as un tatouage ?
J’ai un tatouage mais je l’ai fait sur un coup de tête : j’avais mis le nom de ma mère. J’aurais pas dû le réaliser.
Pourquoi ?
Pour des raisons de croyance. Mais dès que j’ai le time je le fais enlever. Je crois qu’il faut laisser le corps tel qu’il est. En baignant dans le milieu de la musique, j’aurais pu être bardé de tatouages.
Finalement la musique ne t’a pas changé.
Jamais de la vie. Je sais d’où je viens et je sais que ce qui commence doit finir.
T’habites toujours à Sevran ?
Juste à côté.
T’iras jamais, toi aussi, à Miami un jour ?
Qu’est-ce que je vais aller foutre là-bas ? Jamais de la vie. Si je dois partir, c’est soit au bled soit au Maroc.

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Le black metal n’est pas une affaire de filles

C’est la même chose d’après toi dans le rap ?
Les filles peuvent rapper. Pourquoi elles ne pourraient pas ?
Le problème en France, c’est qu’on a beaucoup de mal avec les filles, et même dans le rap. Le problème à ce niveau-là, c’est que le rap représente des sujets bien précis et c’est difficile pour une femme de s’identifier. Si elles parlent de sexe, elles seront vite traitées de salope. Mais le rap, il faut le voir dans une autre perspective. Si elles kickent, si elles posent bien leurs punchlines, elles ont le droit de rapper.

En images : le style des boys de Dakar

Tu retournes souvent sur tes terres d’origine ?
Je ne suis pas retourné en Côte d’Ivoire depuis trois à quatre ans mais j’aimerais aller à Dakar. Quand je vais en Côte d’Ivoire comme à Sevran, je ressens quelque chose, de la fierté. Je ne sais pas si les Ivoiriens sont fiers de moi, je n’ai pas encore fait de scène au pays. C’est en train de s’organiser.
Propos recueillis par Rachid Majdoub et Louis Lepron