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Locaux hantés, employés possédés : on a enquêté sur un mystérieux magasin de Pont-l’Évêque

Publié le

par Michel Sarnikov

De nombreux phénomènes inexpliqués nous ont été rapportés par les riverains et les salariés du magasin. Enquête au cœur des ténèbres normandes.

Locaux hantés, employés possédés : on a enquêté sur un mystérieux magasin de Pont-l’Évêque

© Villains Fandom

Pour ce mois d’Halloween, la rédaction de Konbini vous prépare une série horrifique. Des creepypastas aux films d’horreur méconnus, en passant par des malédictions venues d’ailleurs, un article quotidien vous fera frissonner jusqu’au Jour des morts.

Je ne suis pas un journaliste très aventureux. La plupart du temps, quand on me demande d’écrire un article sur un sujet en particulier, je fais mine de chercher un angle pour faire plaisir à ma supérieure, puis je prends l’air agacé pendant quelques jours pour qu’elle se dise que vraiment, je suis surmené, mais en réalité, l’essentiel de mon travail consiste à parcourir des subreddits à la recherche d’histoires, de témoignages, d’opinions… Aussi, quand on m’a proposé d’écrire un article spécial Halloween, je suis rentré chez moi et j’ai tapé histoire qui fait peur Reddit” sur Google.

Après quelques minutes à scroller d’un doigt mou, un post a attiré mon attention. On y parlait de SCP-3008, un de ces monstres qu’a inventé Internet. Il s’agirait, selon le site qui s’occupe de classifier ces légendes du Web, d’un magasin IKEA qui emprisonne les pauvres âmes qui s’y aventurent. J’ai soufflé du nez fort. Vous l’aurez compris, ce n’était pas parce qu’elle faisait peur que cette histoire a retenu mon attention : c’était parce qu’elle était absolument claquée au sol.

Mon anglais étant ce qu’il est, je n’ai pas pu trop creuser sur la nature exacte du “monstre” mais ce que j’ai compris sur le subreddit en français, c’est que SCP-3008, dans sa forme actuelle, c’est l’IKEA de Pont-l’Évêque. De mieux en mieux.

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D’abord, je ne savais même pas qu’il y avait un IKEA à Pont-l’Évêque, qui a déjà bien de la chance d’avoir une boulangerie, et puis s’il y a bien un endroit qui n’inspire pas l’effroi, c’est Pont-l’Évêque. Personnellement, ça m’évoque le fromage. Un fromage pas très bon, qui plus est. Mais plus j’avançais dans le thread du post, plus je prenais conscience de l’ampleur de la rumeur : elle était confirmée par de nombreuses sources dont je questionnais de moins en moins la sincérité.

Certain·e·s internautes fans de creepypastas faisaient même une sorte de pèlerinage sur le parking du “terrifiant” IKEA. Parfait : l’article me tombait tout cru dans la bouche. Et puis zut, au Diable l’avarice, j’irais même à Pont-l’Évêque interviewer les employé·e·s du magasin pour connaître les conséquences de cette rumeur sur leur quotidien. Il se trouve aussi que j’avais besoin d’une nouvelle lampe de chevet mais ça n’a rien à voir. Du tout. Mauvaises langues.

Seinfeld. (© NBC)

Dans l’antre du grand capital

Ligne 3, gare Saint-Lazare, voie 15, TER 99345, voiture 4, place 76, deux heures de route : arrivé à Pont-l’Évêque, je passe à côté du fameux portrait de Flaubert qui laisse entendre qu’il est né là. Spoiler alert : il n’est pas né là du tout, il a juste mentionné la ville dans une nouvelle et c’est devenu le plus haut fait du coin.

Puis, après une dizaine de minutes de marche, je me retrouve en effet face au magasin de meubles bleu et jaune – non sans une certaine surprise puisque jusque-là, je cultivais un certain doute quant à l’authenticité des informations que j’avais recueillies pendant mon enquête approximative.

Un IKEA tout ce qu’il y a de plus IKEA : des familles qui se pourfendent pour une commode, des couples qui boudent à un niveau olympique, des gens seuls, éreintés, errant sans but sur le parking, comme s’ils s’extirpaient tout juste du cœur des ténèbres, un endroit noir, sans vie, sans lumière, sans espoir…

Un IKEA normal, donc, devant lequel je remarque une bande d’adolescents en pleine conversation et dont la dégaine m’évoque nettement celle de Redditors aguerris. Je m’empresse donc de les aborder et l’un d’entre eux, qui a préféré me donner son pseudonyme Reddit plutôt que son prénom, accepte de répondre à mes questions :

Konbini : Qu’est-ce qui t’a poussé à venir ici aujourd’hui avec tes amis ?

Justice4harambe666 : On voulait voir SCP-3008 ! Genre en vrai, quoi. On a ouf de chance qu’il ait décidé de s’installer ici.

Konbini : Ici, à Pont-l’Évêque ?

Justice4harambe666 : En France !

Konbini : Il bouge souvent ?

Justice4harambe666 : De temps en temps.

Konbini : Il était où avant ?

Justice4harambe666 : En Australie, en Russie… C’est pas ton boulot de savoir ce genre de choses ?

Konbini : Si, si. Mais pourquoi il bouge alors ?

Justice4harambe666 : Quand il y a trop d’attention sur lui, que les gens comprennent que tout cela est réel, et commencent à faire attention, à ne plus entrer, il ne peut plus se nourrir.

Konbini : “Que tout cela est réel ?” Qu’il mange les gens qui s’y aventurent ? Vous y croyez vraiment ?

Justice4harambe666 : Bien sûr qu’on y croit ! Pourquoi on viendrait sinon ? Pour le troll ? Tu crois qu’on a que ça à faire ? (rires)

Oui. Très franchement, oui. J’écourte l’interview pour entrer dans le vif du sujet et le magasin. Le rêve capitaliste : des kilomètres et des kilomètres d’allées bondées, bordées de meubles de toutes les couleurs, de toutes les tailles, à tout prix, qui sentent le contreplaqué et la boulette de viande.

Je m’engouffre dans la foule, à la recherche de ma future lampe de chevet, je passe entre de chaleureuses plantes vertes, je tourne à droite, dans une chambre d’ado au désordre aseptisé, je tourne à gauche, je marche sur différentes moquettes, où mes pieds s’enfoncent de plus en plus profondément, je me retrouve sous des plafonniers qui m’éclairent trop fort : vous saviez que tous les IKEA étaient conçus comme des labyrinthes ?

C’est une stratégie commerciale qui a fait ses preuves. Si vous zigzaguez sans cesse entre différents étals, il y a plus de chances pour qu’au plus haut de votre désorientation, vous achetiez impulsivement une merdouille que vous n’aviez pas du tout prévu d’acheter au départ.

On passe devant un marchepied MARDRÖM en se rendant au rayon salle de bains, on se dit “pourquoi j’aurais besoin d’un marchepied MARDRÖM, je fais 1m90”, on ne trouve pas le rayon salle de bains, on revient sur ses pas, on trébuche sur le marchepied MARDRÖM et on se dit “oh, pourquoi pas, finalement ? Je vais prendre ce marchepied MARDRÖM”. Alors qu’on fait 1m90. Qu’ils sont malins, ces Suédois. Ils demandent aussi aux médias Web de placer leur marchepied MARDRÖM dans leurs articles, paraît-il, mais je n’y crois pas trop.

© Ekaterina Zhiltsova/iStock/Getty Images Plus via Getty Images

Ma rencontre avec Martin Skräck, chef de rayon luminaires

Après avoir erré quelques minutes dans mes pensées et les rayons, je tombe enfin sur une lampe de chevet qui, ma foi, fera l’affaire. C’est comme une apparition : un employé à la chemise jaune se tient devant moi, droit et tendu, comme un pantin dont le maître invisible tirerait tous les fils, et pose sur moi un regard perplexe. Je lui dis que je travaille pour Konbini, que je fais une enquête sur le mystère qui entoure l’IKEA de Pont-l’Évêque et il se présente : “Martin Skräck, chef de rayon luminaires.”

Konbini : Vous avez eu vent de la rumeur ?

Martin Skräck : Bien sûr, tout le monde en a entendu parler, ici. C’est une running joke dans le magasin. On ne sait pas très bien comment ça a commencé, mais c’est fou, l’ampleur que ça a pris.

Konbini : Et vous, vous en pensez quoi ?

Martin Skräck : Pas grand-chose (rires). Qu’est-ce que vous auriez préféré que je vous dise ? ‘À l’aide ! Aidez-moi, je suis prisonnier du monstre, je n’en peux plus, ma vie est un cauchemar !’ ? (rires) Ça vous aurait fait plus de clics. Vous aimez ça, chez Konbini, non ? Non, non, je n’en pense pas grand-chose… Moi, tant que je suis payé… et tant que je peux avoir des crayons à volonté ! (rires) Plus sérieusement, ça a mis le magasin sous les projecteurs : IKEA laisse faire. On s’est même demandé si la rumeur ne partait pas de la compagnie elle-même… Une opération marketing pour faire gonfler les ventes.

Konbini : Je vois. Et ça ne vous fait jamais peur ?

Martin Skräck : “À l’aide, ma vie est un enfer !” (rires) Pardon, non, ça me fait rire…

Konbini : Merci beaucoup pour vos réponses.

Martin Skräck : Je vous en prie ! Et attention à ne pas vous perdre sur le retour !

Konbini : Je sais : plafonniers, moquettes, chambre d’ado et plantes.

Martin Skräck : Un vrai petit Poucet. Mais il n’y a pas de moquettes ici.

Konbini : Si, si, je vous assure.

Martin Skräck : Mh… attention à ne pas vous perdre.

Curieux personnage, mais j’ai tout ce qu’il me faut pour l’article : je n’aurai qu’à étayer un peu, exagérer ici et là, romancer à droite, à gauche. Au fond, la frontière entre le journalisme et la fiction est fine. Je fais demi-tour tandis qu’il reste planté là, à me regarder partir. En passant devant la chambre d’ado, je trébuche sur le marchepied MARDRÖM. “Non, tu ne m’auras pas”, je ris à haute voix. “Ce magasin est en train de me rendre fou, il faut que je sorte.”

Le temps passe si vite, ici, il est déjà 21 heures alors que je suis entré à quoi ? 11 heures du matin ? Plafonniers, moquettes… Et le reste du parcours jusqu’à la sortie, c’était quoi ? Ça fait combien de temps que je suis ici, du coup ? 8-9 heures ? Ça fait deux fois que je passe devant ces meubles télé, je n’ai jamais vu ces meubles télé. Normalement, si je tourne à droite ici, je devrais arriver aux caisses… Non, c’était à gauche. C’était à gauche ? Je ne devrais plus être très loin… Mais je me retrouve au rayon luminaires, à nouveau.

Martin Skräck : Vous n’avez pas trouvé la sortie ?

Konbini : Je croyais pourtant…

Martin Skräck : Suivez les étagères et les bibliothèques, tournez à droite, traversez les rideaux et la sortie sera juste derrière.

Konbini : Vous voulez bien m’accompagner ?

Martin Skräck : Non, malheureusement, je n’ai pas le droit.

Konbini : Je commence un peu à m’inquiéter.

Martin Skräck : Respirez amplement : inspirez sur 4, retenez sur 7, expirez sur 8. Tout sera bientôt terminé.

Respirez amplement, c’est malin, ça. Comme si respirer amplement allait m’aider à retrouver la sortie. C’était tout à l’heure qu’il fallait me dire de respirer amplement, avant de prendre la décision débile de faire mon travail correctement pour une fois dans ma vie et de venir me perdre dans le trou-du-cul du monde.

© Elena Safonova/iStock/Getty Images Plus via Getty Images

Inspire, expire

Agacé et seul, je longe les bibliothèques pleines de simili babioles et de livres en plastique, je tourne à droite, je me fraye un passage à travers les rideaux, des dizaines de rideaux, qui s’alourdissent au fur et à mesure que je m’y enfonce, des centaines de rideaux, dont les couleurs se ternissent peu à peu, jusqu’à prendre une teinte pesante, la même que celle qu’on obtenait à la maternelle quand on mélangeait toutes les couleurs de pâtes à modeler, ni noir, ni gris, ni vraiment marron : une impossibilité colorimétrique. Et après avoir poussé l’ultime rideau, enfin, je me retrouve… au rayon luminaires. Putain, c’est Blair Witch, ici, un Blair Witch qui sent la boulette de viande, et Martin Skräck n’est plus là. D’ailleurs, il n’y a plus personne. Je suis seul.

Soudain, l’air claque, les lumières s’éteignent et une sirène retentit. Autour de moi, flottant dans le noir, de petits signaux lumineux apparaissent, comme pour indiquer une issue de secours, et portent des termes en suédois : FÖRÖDELSE, ÅNGEST, KVÄVNING que je ne comprends pas, bien entendu.

Je suppose malheureusement que les Suédois n’ont pas autant de mots pour dire “sortie”. Autour de moi, dans l’ombre, je décèle le mouvement désorganisé d’employés qui se pressent de toute part, sans que je parvienne à distinguer leur visage, comme s’ils n’avaient pas de visage : la lumière devrait revenir bientôt, ils vont rétablir le courant, sinon pourquoi courent-ils comme ça, autour de moi ? Pourquoi ?

Une bouffée d’angoisse. “Respirer amplement…” J’essaie d’appeler ma copine mais mon téléphone n’a pas de réseau et ma première pensée, c’est que le monstre aspire mon réseau, que le monstre veut m’aspirer, moi, puis je reprends mes esprits : je me dis que c’est sans doute une autre technique d’IKEA pour me désorienter davantage et me faire acheter son marchepied MARDRÖM. Je n’achèterai pas votre marchepied MĂRD̂ROM̢̝̘̔, IKEA. Je n’achèterai pas votre marchepied MAR͆DR̄Oͨ̂M.

La lumière revient, enfin, et la sirène se tait. Je m’apaise un peu. En regardant autour de moi, je constate que je me trouve dans un rayon que je n’ai jamais visité. Je suis pourtant à peu près sûr d’avoir visité la moindre parcelle de ce magasin mais à ce stade de l’aventure, plus rien ne m’étonne. Je tourne en rond quelques minutes, à chercher désespérément en moi un semblant d’espoir, sous l’angoisse, sous la peur, sous la folie que je sens poindre chaque seconde davantage, dans mon esprit et autour de moi.

Je considère mes options : tous les couloirs qui s’offrent à moi semblent s’étaler sur des années-lumière. Peu importe : j’en emprunte un au hasard. Passé le premier pas, je sais que je ne regarderai jamais en arrière, non pas parce que la tentation de faire demi-tour serait trop grande, mais parce que je sais, au fond, je sens que, passé le premier pas, ce que j’aurai dans mon dos sera exactement la même chose que ce que j’aurai devant moi : un couloir sans fin, ni vie.

Donc j’avance. Les meubles entre lesquels je marche, je ne comprends pas leur géométrie, je ne comprends pas leur utilité, je ne comprends pas leur couleur. Jamais de ma vie, je n’ai vu des meubles de la sorte ; même si ma vie en dépendait (et je commence à me dire que c’est le cas), je serais incapable d’en faire une description, même incorrecte. Je ne me suis jamais senti aussi perdu.

La lumière s’éteint, la sirène se remet à hurler et les mots suédois se détachent de l’obscurité : FOR̍ODE̅͛LS͋E,̉ ͆AN̍Ǵ̘͡ĚSṪ,ͯ ̷̻͉̍K̊VÂ̽V̸̐NͭI̓̍NG̓. Encore une fois, je sens autour de moi des employés courir, avec l’impression terrible de sentir, parfois, leur souffle et de les entendre murmurer, ils sont de plus en plus proches, presque là. La lumière revient, la sirène se tait.

Donc j’avance. Mon téléphone n’affiche plus l’heure, qu’un amas de signes illisibles. Et plus j’avance, plus le couloir me semble étroit, plus mes pensées me semblent étroites, il faut que je me contorsionne pour continuer, il faut que je me cogne, il faut que je me coupe. La lumière s’éteint de moins en moins longtemps mais à des intervalles de plus en plus fréquents et dans le noir réapparaissent F͌Ö̓R̙̩̍̒͟O̧͋́̚DĘ̅͛̌LͥS͋E,̉ͣ ̧̩͆̿A͙͉̜ͬ͘N̍́̔͂͏̤Ǵ̘̪̙͡ĚͣS̹̈ͦ̕Ṫ͞,̛̻̻̙͉ͯ̿͆ ̷̻͉̪͎̍ͅK̊ͮ͑V̶̩̞̼ͪ̆͗ͅÂ͚͉̯̽ͮ̎͢V̸̙͙̦̐N͚̹ͭ̒͗̑͟I̵̓̍̓N̪̄͜G̸̓̇̍ pendant que hurle l’alarme et dans le noir se hâtent des corps autour de moi.

Donc j’avance. Une chemise jaune, au loin – un employé m’attend. Quelques heures plus tôt (ou quelques minutes, je ne sais plus), la vue de cette couleur m’aurait ravi, elle aurait voulu dire que j’étais sauvé, que l’issue n’était plus très loin, que tout irait bien mais maintenant, cette couleur ne m’inspire plus qu’une chose : la terreur, et qu’il faut fuir, à tout prix.

Je me retourne avec peine pour foutre le camp dans l’autre sens mais bien entendu, bien enfuckingtendu, dans l’autre sens m’attend une autre chemise jaune. Au plus haut de mon angoisse, je me recroqueville, comme un enfant se met à l’abri d’un monstre sous sa couette, mais ma maman ne va pas venir me sauver. Au bout d’un moment, je me redresse et je me remets à avancer – enfin, je ne sais pas, peut-être à reculer, qu’importe, maintenant.

J’approche l’employé immobile. Son corps tremble, tressaille comme s’il souhaitait sortir de lui-même. J’ose enfin regarder son visage – ce qui a l’air d’un visage. Il y a deux yeux révulsés, grands ouverts, injectés de sang, pleins de larmes et de souffrance, un regard témoin de quelque chose de terrible, abject, quelque chose de cauchemardesque que seul lui sait voir, les yeux de quelqu’un qui souffre d’une torture secrète et inhumaine depuis trop longtemps.

À la place de la bouche et du nez, il y a un gouffre sans fond, un trou béant dont émane comme un murmure dans une langue ancienne – non, ce n’est pas un murmure, c’est un interminable hurlement étouffé, lointain, venant du fin fond de cet être. Il hurle, il appelle à l’aide. Est-ce qu’il aimerait que je le sauve ? Autant que j’aurais aimé qu’il me sauve ?

Je ne suis pas assez payé pour cette merde, Konbini. Je continue tant bien que mal. La lumière, l’obscurité, le silence, l’alarme stridente se succèdent maintenant à une vitesse stroboscopique. Tout est saturé. Le couloir se referme sur moi. Sur mon chemin, je croise un nouvel employé, que j’écarte. Puis un autre. Puis dix autres…

Chaque fois que j’en dépasse un, son regard est plus angoissé que le précédent, ses hurlements plus sinistres, son tremblement plus violent.

Je veux seulement sortir.

Puis miracle, derrière la foule de chemises jaunes, au fond, le bout du tunnel, enfin, une lumière, la lumière du jour, je m’avance encore, je m’en approche autant que je peux, j’essaie de me faufiler entre les meubles, et les parois, et les employés, je n’arrive presque plus à respirer, mais j’y suis presque, je ne sens plus le sol sous mes pieds, ni l’air sur ma peau, je n’entends plus que l’alarme et les hurlements autour de moi, je me hisse vers la lumière à la force de mes bras, je l’atteins presque, j’y suis presque, mais je ne peux plus.

Je ne peux plus. Mon corps est coincé, je ne peux plus bouger, même plus un doigt, et je sens les employés s’approcher. Réveillez-moi, s’il vous plaît, réveillez-moi. C’est un mauvais rêve, ce ne peut être qu’un mauvais rêve. Je vois tous les visages ulcérés se pencher sur moi, sens des mains sans ongles sur mon corps et autour de ma gorge.

J’essaie de hurler, mais je ne peux plus. Il est trop tard. Je regarde la lumière du dehors une dernière fois et je ne peux plus rien faire. Je ferme les yeux et j’inspire sur 4, retiens sur 4, expire sur 4, retiens sur 3, inspire sur 3, retiens sur 3, j’expire sur 2, j’inspire sur 2, retiens sur 1, expire sur 1, inspire sur 1, expire sur 1, inspire sur 1, expire, inspire, expire, inspire, inspire, inspire.


Disclaimer : L’IKEA de Pont-l’Évêque n’existe pas. SCP-3008 n’existe pas. Le marchepied MARDRÖM n’existe pas. Justice4harambe666 et Martin Skräck n’existent pas. À bien des égards, la personne qui a écrit cet article n’existe pas. Tout est fictionnel. IKEA, ne m’attaquez pas, s’il vous plaît. Joyeux Halloween.