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Watergate : quand le cinéma rattrape la réalité

Publié le

par Théo Chapuis

Watergate : quand le cinéma rattrape la réalité

Le cinéaste détenait la vérité

Le journal américain Newsweek s’est procuré un article daté de janvier 1973 qui le prouve. Woodward et Bernstein avaient à l’époque choisi de ne pas le publier, notamment parce qu’ils n’étaient pas d’accord à son sujet. Ce papier, c’est le réalisateur des Hommes du Président Alan J. Pakula qui le gardait en sa possession, parmi ses documents collectés pour travailler sur son film. Comme Slate le précise, à sa mort en 1998, le document a été remis à la bibliothèque de l’Academy of Motion Picture Arts and Sciences, qui organise chaque année les Oscars. Newsweek claironne :

Les documents de Pakula sont plus éclairants à propos du livre et du film qui s’en inspirera que les articles de Bernstein et Woodward. […] Cet article de 15 pages est un guide jamais vu sur la façon dont le duo de reporters du Washington Post a utilisé les nombreuses sources qu’ils ont laborieusement gardées anonymes.

“Nous ne pouvons pas commenter”

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Contactée par Newsweek, la paire de journalistes a déclaré ces documents “de toute évidence authentiques”, refusant toutefois de les commenter. Bob Woodward a écrit par e-mail à la rédaction de l’hebdo américain :

Il est difficile de reconnaître qui a écrit les commentaires dans les marges (ce n’est pas forcément notre écriture manuscrite), et cette histoire pourrait impliquer des personnes encore en vie, donc nous ne pouvons pas commenter.

Les journalistes peuvent toutefois le remercier : voilà sans doute l’ultime gage d’authenticité de leur travail à l’époque, eux qui furent tant attaqués sur la base du recoupement de leurs sources entre 1972 et 1974 – au sein de leur rédaction notamment. Récemment encore, leurs sources étaient contestées par des documents écrits de la main de certains de leurs confrères. Comme un article de Slate daté de 2012 le rappelle, cette histoire est fort compliquée.

L’histoire était trop belle

C’est Alan J. Pakula, réalisateur d’un film d’anthologie (mais de fiction) qui détenait ce document-vérité qui, selon Newsweek “explose le mythe”. Le rôle joué par d’autres sources, proches non seulement de la justice, mais aussi du gouvernement, aurait-il dû être relaté dans le livre signé de la main des journalistes ? Ou bien dans l’adaptation cinématographique aux quatre Oscars ?
Pourtant, ces “détails” n’ont pas pu échapper au cinéaste, puisque Woodward affirme que c’est lui qui l’a annoté. Mais il faut croire que pour en faire une bonne histoire, il fallait s’en tenir à la version officielle avec “Deepthroat”, ce mystérieux informateur si grandiose qu’il a fait fantasmer l’Amérique entière plus encore que Linda Lovelace dans le film du même nom – quoique pas pour les mêmes raisons.
Deepthroat, d’ailleurs, a finalement été authentifié en 2005 comme W. Mark Felt, numéro 2 du FBI à la fin des années 60 et décédé en 2008 à l’âge de 95 ans. Pourquoi a-t-il parlé aux journalistes ? Difficile à dire. Entre considérations éthiques relatées dans ses mémoires et jalousie face à un rival désigné par Nixon pour diriger le bureau d’investigation, on ne connaîtra jamais les véritables raisons qui ont poussé cet agent à révéler l’affaire.
Comme quoi, près d’un demi-siècle après cette affaire d’Etat, les hommes du président n’ont peut-être pas encore fini de livrer tous leurs secrets.

Les Hommes du Président - Bande annonce VO par _Caprice_