Une erreur de doublage s’est glissée dans la VF de Heated Rivalry, et c’est problématique

Une erreur de doublage s’est glissée dans la VF de Heated Rivalry, et c’est problématique

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Par Delphine Rivet

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Une erreur en apparence insignifiante, mais qui change tout !

L’adaptation est un art délicat et précis, et la moindre erreur peut totalement changer un récit ou la caractérisation d’un personnage. Il ne s’agit pas « juste » d’une traduction mot à mot. Avant de confier la version française à des comédien·ne·s de doublage, il faut coller au plus près du texte d’origine (pour le sens) mais aussi des mouvements de lèvres des acteur·rice·s (pour l’esthétique). 

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Il faut parfois faire des choix difficiles, comme dans le cas d’un dialogue anodin qui citerait un présentateur de JT américain méconnu du public français (par exemple, Anderson Cooper), et le changer pour un nom qui résonnera davantage avec notre public (comme David Pujadas). 

Mais parfois, il y a des ratés qu’on ne s’explique pas. C’est le cas dans le tout premier épisode de Heated Rivalry. Des fans qui l’ont regardé en version française ont noté un détail troublant dans la VF. Si vous ne l’avez pas encore vu et que vous souhaitez éviter le moindre spoiler, il est encore temps de faire demi-tour, même si rien de ce qui suit ne mettra réellement en péril votre expérience de visionnage.

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Pour être très précis, il s’agit d’une scène qui se déroule à 19 minutes et 34 secondes. Les deux héros se chauffent, s’embrassent, se déshabillent, se touchent… Ilya demande alors à Shane si c’est sa première fois avec un homme. Le Canadien répond par l’affirmative et lui renvoie la question. Ilya rétorque non. Shane tente d’en savoir plus : « Vraiment ? C’était qui ? Un autre joueur ? ».

Dans la VO, le Russe lui dit alors : « No, my coach’s son back in Russia », ce qu’on peut évidemment traduire par « Non, le fils de mon coach en Russie ». Mais, pour une raison que l’on ne s’explique pas, dans la VF, on peut entendre Ilya dire : « Non, c’était mon coach, là-bas, en Russie ».

Et ça, c’est nettement plus problématique, pour deux raisons : la première, c’est que cela redessine non seulement le passé d’Ilya dans la série, mais aussi son présent, en changeant carrément sa relation, non seulement avec son coach, mais aussi avec son ex. Car nous sommes amené·e·s à croiser le fils du coach, qui s’appelle Sasha, dans de futurs épisodes. Comment la VF justifiera-t-elle, alors, la présence de ce jeune homme dans la vie du Russe si on efface leur passé de partenaires sexuels ? 

Mais surtout, faire dire à Ilya que son premier rapport sexuel avec un homme, dans un pays où l’homophobie d’État n’est plus à démontrer, était avec son entraîneur, est très problématique — et redéfinit, là encore, la caractérisation de son personnage. Ilya a quitté son pays à 18 ans, la VF implique donc qu’il aurait eu des relations sexuelles avec un homme adulte quand il était mineur, sans compter les rapports de pouvoir totalement déséquilibrés entre un entraîneur et son athlète.

L’histoire récente du sport et les affaires d’emprise et d’agressions sexuelles dans le milieu donnent évidemment à cette simple « bourde » d’adaptation une teinte nettement plus sordide. Impossible, à ce stade, de savoir quelle était l’intention derrière ce choix, mais il est bon de rappeler que, par le passé, les VF ont déjà été prises en flagrant délit d’homophobie. On ne dit pas qu’il s’agit de cela ici — après tout, l’erreur est peut-être innocente, mais juste que le contexte historique en la matière ne plaide pas en sa faveur.

No homo

L’exemple le plus célèbre est celui du vieux soap opera des années 80, Dynastie, diffusé en France à partir de 1983. Dans une scène, le personnage de Steven fait son coming-out à ses parents. Dans la VO, le message est sans ambiguïté : « Je suis homosexuel, papa. Je suis gay. Je veux que tu l’admettes et que tu le dises. Steven est gay. »

En version française, ça devient : « Je ne suis pas comme vous tous, papa. Il faut me croire, et accepter la vérité. Allez, dites ce que vous pensez ! Steven est malade ». Nous sommes alors en pleine épidémie de sida et la communauté homosexuelle est particulièrement discriminée et ostracisée. Si la version américaine de cette scène appelait à la tolérance et à la normalisation de l’homosexualité sur les écrans, la VF prenait le contre-pied en faisant un parallèle révoltant avec la maladie.

On a heureusement fait beaucoup de chemin depuis, l’existence même d’une série comme Heated Rivalry en est la preuve, mais de telles erreurs — a fortiori dans une période où les métiers du doublage sont de plus en plus menacés et où les studios pressent pour des adaptations moins coûteuses et plus bâclées — n’ont plus droit de cité sur nos écrans.

À nous, sériephiles, de pousser les chaînes et les studios à privilégier la qualité (donc du temps et une meilleure rémunération pour les travailleurs et travailleuses de cette industrie) à la quantité. L’adaptation et le doublage sont des arts en perdition et c’est tout un public, encore attaché à la VF, qui risque de se voir lésé. 

La saison 1 de Heated Rivalry est actuellement diffusée sur HBO Max, à raison d’un épisode tous les vendredis.