Déjà, le claquement de la tong sous le pied a quelque chose de plaisant, convoquant en un bruit sec le confort du plastique et l’odeur de chlore des piscines municipales. À la galerie Lafayette Anticipations à Paris, la plasticienne marocaine Meriem Bennani, désormais installée à New York, fait claquer plus d’une sandale. 201 plus précisément, offrant une toute autre destinée à la pièce incontournable de l’été. Rendez-vous jusqu’au 8 février 2026 pour découvrir son installation « Sole crushing », qui donne à voir des tongs transformées en instruments jouant à l’unisson.
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L’artiste a ainsi fait de la tong sa matière première : un objet d’une simplicité implacable et présent partout dans le monde, dont les origines remontent à l’Égypte ancienne, il y a 4 000 ans. « J’ai construit une sculpture avec une seule tong il y a deux ans. Je pense que la tong m’a intéressée instinctivement en tant qu’objet. Et d’habitude, quand je suis instinctivement attirée par quelque chose pendant un bon moment, j’essaie de comprendre pourquoi. C’est sûrement en partie parce que c’est un objet si simple et si commun que c’en est devenu fascinant. J’aime aussi le défi d’imaginer un moyen de créer une sculpture intéressante avec quelque chose d’aussi simple », détaille Meriem Bennani à Elsa Coustou, curatrice de l’exposition.

Meriem Bennani, « Sole crushing », Lafayette Anticipations 2025. (Photo : © Aurelien Mole)
L’exaltation collective de centaines de pas
Sur toute la hauteur de la galerie parisienne, l’artiste multimédia fait résonner le claquement de tongs grâce à un système pneumatique. Chaque tong est ainsi programmée et coordonnée à une partition originale, réalisée en collaboration avec le producteur et DJ Reda Senhaji, alias Cheb Runner. « Selon leurs accessoires, leurs supports (bois, métal, plexiglas ou velours) ou le volume des caisses de résonance, elles émettent un son particulier », détaille Lafayette Anticipations.
Puisant ses inspirations dans les traditions musicales marocaines, dans les manifestations, ou encore dans le concept de la duende – dont le poète espagnol Federico García Lorca parlait pour désigner la fougue qui gagne les danseur·ses de flamenco et leur public – Meriem Bennani signe un orchestre insolite, comme autant de pas frappés au sol. L’ensemble rappelle la musique traditionnelle nord-africaine ou encore l’orchestre symphonique, et s’inspire de différents types de percussions : tambours, tambourins, wood-blocks.

Meriem Bennani, tongs « Sole crushing ». (© Photo : Théophile Mottelet)
En résulte une musique bruyante et savamment orchestrée, qui nous rappelle la ferveur des grands moments d’union collective, à l’énergie contagieuse : une manif’, une victoire un soir de match, un numéro de comédie musicale… Meriem Bennani raconte : « Je cherche à recréer les moments de catharsis collective, des rituels, des atmosphères de grands stades, des états chaotiques d’exaltation ou de révolte. Ce qui m’intéresse c’est d’essayer de recréer ce qu’on ressent dans ces moments d’utopie sociale où, sans explication, chacun·e sait ce qu’iel est censé·e faire à l’intérieur d’un groupe. »
La musique d’un mouvement de foule
Autrice d’une œuvre ancrée dans le quotidien marocain, l’artiste originaire de Rabat utilise différents médiums pour explorer des narrations qui dépeignent une réalité contemporaine sublimée. Avec ses tongs animées, qui sont toutes des contrefaçons trouvées sur un marché au Maroc, l’artiste explore la représentation contemporaine de la tong – qui rappelle aujourd’hui un mode de vie californien et plutôt aisé – pour lui offrir un potentiel émotionnel fort, né de l’accumulation et de la coordination.
Meriem Bennani poursuit : « Je n’arrêtais pas de penser que si je réussissais à investir un espace si grand, si intimidant et si beau, à partir de quelque chose d’aussi simple qu’une tong, qui se trouve tout en bas de la chaîne de production de la mode, ça représenterait un challenge intéressant. À nouveau, c’était juste une intuition. Puis je me suis dit qu’une tong n’est rien mais que mille tongs pourraient me permettre de produire quelque chose qui serait presque émotionnel. » Une expo détonnante, qui donne assurément une nouvelle perspective sur le pouvoir d’un objet aussi banal qu’une paire de tongs.

Meriem Bennani, tongs « Sole crushing ». (© Photo : Théophile Mottelet)
L’installation « Sole crushing » de Meriem Bennani est à découvrir jusqu’au 8 février 2026 à la galerie Lafayette Anticipations, à Paris.
Konbini, partenaire de Lafayette Anticipations.












