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Au cœur de Taxi Driver, la dépression de son scénariste

Au cœur de Taxi Driver, la dépression de son scénariste

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( © Les Grands Films Classiques )

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Par Lucille Bion

Publié le

Si la légende raconte que le script a été influencé par l’histoire d’Arthur Herman Bremer (qui tira quatre fois sur George Wallace, candidat à la présidentielle américaine, en mai 1972), il y a tout de même beaucoup de Paul Schrader dans Travis Bickle. Au point que Martin Scorsese a souvent déclaré que c’était plus son film que le sien.

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Le scénariste est revenu sur cette période sombre de sa vie pour Far Out Magazine. À cette époque, il était fasciné par les armes à feu et, dévasté par une rupture amoureuse, s’enferma plusieurs semaines dans sa voiture, sa nouvelle maison. Lorsque sa copine s’absentait, il retournait dans leur ancien appartement et s’attelait à ce scénario, qui fut un exercice aux vertus thérapeutiques. 

“Au moment où j’ai écrit le scénario, j’étais dans une mauvaise passe”

En pleine dépression, le scénariste semblait être dans une période d’isolement radical :

“Je venais de rompre avec Pauline Kael, je venais de rompre avec ma femme, je venais de rompre avec la femme pour laquelle j’avais quitté mon épouse, je venais de rompre avec l’American Film Institute et je croulais sous les dettes. J’errais la nuit. Je ne dormais pas car j’étais trop déprimé. J’avais l’habitude de rester dans mon lit jusqu’à 17 heures.”
“Je me levais, je prenais un verre et je partais avec une bouteille et je roulais dans les rues, la nuit. Une fois que les bars étaient fermés, j’allais dans des cinémas pornos. J’avais l’habitude de faire ça toute la nuit, jusqu’au matin, pendant trois ou quatre semaines.”

Paul Schrader confie ensuite que ces mauvaises habitudes lui ont valu un ulcère, parce qu’il ne se nourrissait plus : il ne faisait que boire. À cause de sa maladie, il a dû se rendre à l’hôpital. Durant son séjour, il a imaginé cette métaphore de la voiture de taxi :

“C’est ce que j’étais : cette personne dans une boîte de fer, un cercueil, flottant dans la ville, mais très seule.”

Ce script écrit en seulement 15 jours semble avoir eu une valeur presque thérapeutique pour Paul Schrader, rongé par ses démons. C’est probablement pour cette raison que Taxi Driver, magnifique exorcisme, est un chef-d’œuvre.