Squid Game : coup de génie ou plus grosse arnaque de la décennie ?

Squid Game : coup de génie ou plus grosse arnaque de la décennie ?

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Par Konbini

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Par quelle sorcellerie la série la plus vue de l'histoire de Netflix a-t-elle réussi à nous berner ?

Il paraît qu’il ne faut pas dire du mal des morts. Ça tombe bien, il se murmure que Squid Game va continuer de vivre par-delà les frontières sud-coréennes pour être adaptée aux États-Unis. Donc, en guise d’au revoir à celle qui a rameuté le monde entier sur Netflix, on avait surtout envie de regarder dans le rétro : a-t-on tous et toutes été victimes d’une hallucination collective ? Ou peut-être, à force de binge-watcher le catalogue entier, sans faire de réel choix, tout en gardant les yeux rivés sur nos téléphones, avons-nous perdu toute notion de ce qu’est une bonne série ?

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Ça mériterait clairement une analyse sociologique, mais on va plutôt s’attaquer à ce qu’on maîtrise : les séries. Et pour répondre d’emblée à la question posée dans le titre : oui, Squid Game est un coup de génie à certains égards, mais c’est aussi une grosse arnaque dans laquelle on est tous et toutes tombé·e·s. Parce qu’au fond, sans la hype et l’énorme campagne de com’, il reste quoi ? Une série au concept divertissant mais aussi viable que Prison Break et un scénario et des dialogues d’une vacuité abyssale.

Un phénomène culturel 

En 2018, lorsque Hwang Dong-hyuk a amené le script de son film Squid Game sur le bureau de Kim Minyoung, un des directeurs de contenus de Netflix Asie, il n’y croyait plus. L’histoire s’inspirait de sa propre expérience, de ses galères, des prêts bancaires qu’ont dû demander sa mère et sa grand-mère pour garder la tête hors de l’eau… 

« Je voulais écrire une histoire qui soit une allégorie ou une fable sur la société capitaliste moderne, quelque chose qui illustre une compétition extrême, un peu comme celle que l’on retrouve dans la vie. Mais je voulais qu’elle mette en scène des personnages que nous avons tous déjà rencontrés dans la réalité » confiait-il à Variety.

Netflix, qui cherche à conquérir le marché asiatique, accepte de produire Squid Game. Mais ce sera une série, et non un film, en huit épisodes (qui en deviendront finalement neuf). L’investissement de départ est un peu radin, 21,4 millions de dollars (soit le coût de 2 épisodes de Game of Thrones), mais après tout, la série ne vise pas à conquérir le monde, juste l’Asie. Sauf que lors de son lancement sur Netflix, la planète est figée par une pandémie.

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En septembre 2021, de confinements en confinements, le public a soif d’évasion et de divertissement. Et cette série, à la DA ultra colorée, la musique mi-enfantine mi-flippante, où chaque épisode est plus tragico-gore que le précédent, fait découvrir au grand public occidental le savoir-faire coréen en matière de fictions. Qu’on aime ou pas le style, Squid Game marque la rétine. La série connaît un succès immédiat et planétaire.

Du coup, le pamphlet anti-capitaliste de Hwang Dong-hyuk décroche deux saisons supplémentaires. Une charge de travail que le créateur, qui écrit et réalise tous les épisodes lui-même, n’avait probablement pas anticipée. Le voilà, certes un peu plus riche, mais au service d’un géant du streaming qui se serait fait 900 millions de dollars sur la seule saison 1. Aux dernières nouvelles, la saison 3 a explosé un nouveau record avec 60,1 millions de vues en seulement trois jours.

Si le succès en saison 1 a pris tout le monde de court, les suivantes, diffusées presque d’affilée en 2025, ont eu droit à une campagne marketing impressionnante, et au goût parfois douteux. Au mépris de la morale de l’histoire, des jeux — comme dans la série mais moins létaux — ont été placés dans diverses villes à travers le monde. C’est vrai ça, si on se mettait en scène comme ces personnages qui sont tellement désespérés qu’ils sont prêts à tuer ou à mourir pour tenter de se sortir de leurs galères financières ? Fun !

Sous le vernis, le néant

Le problème, et c’est là que le bât blesse, c’est qu’une fois débarrassée de son concept hyper efficace et prenant, Squid Game n’est pas une bonne série. Mal écrite, mal jouée, elle ne raconte finalement pas grand-chose et n’offre pas d’autre résolution qu’un cynisme un peu facile : les méchants milliardaires, du haut de leur tour, s’en sortent toujours, pendant que les pauvres crèvent en bas. 

Parlons-en, justement, de ces VIP que la série a érigés comme méchants. Caricaturaux à l’extrême, avec leurs masques et leurs esclaves sexuels à disposition, ils héritent des pires dialogues (et c’est rien de le dire, vu le niveau général des autres dialogues) et les délivrent avec l’une des pires performances d’acting qu’on ait pu voir. Même Les Feux de l’amour ont vu ça et ont pris peur ! Le problème, c’est qu’ils représentent le public, ou du moins, notre part voyeuriste. 

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Plus sérieusement, l’écriture des dialogues est l’un des plus gros points noirs de cette série. Leur fonction, dans 80% des cas, se résume à réexpliquer ce que l’on a déjà vu ou déjà compris. Il y a un adage dans l’écriture de série : « Show, don’t tell », soit « Montre, ne raconte pas ». Squid Game fait les deux, et c’est une tannée à regarder. Les personnages, qui viennent de se faire expliciter les règles d’un nouveau jeu par un garde, passent ensuite les 5 prochaines minutes à répéter ces mêmes règles à voix haute. On nous prend vraiment pour des cons.

Le jeu des acteurs et actrices n’est pas non plus au point, et très inégal. Pour un Seong Gi-hun affable et taiseux, on a toute une flopée de personnages qui passent de zéro à l’hystérie totale en trois secondes, et qui se hurlent dessus la même chose en boucle pendant dix minutes. Squid Game est une série bavarde, mais qui ne dit rien, ou si peu. Et, quand un personnage nous informe de son état psychologique, c’est aussi, souvent, la cata totale, comme ce quasi-finaliste de la saison 3 qui, menacé d’être jeté du haut de la plateforme, se met à chialer en hurlant « Je ne veux pas être sacrifié ! ». Déchirant. Sauf qu’il se jette dans le vide de son plein gré dans la seconde qui suit. Où. Est. La. Logique ?!

Des scènes comme ça, d’une bêtise qui frôle le cringe, Squid Game en a à la pelle. Débarrassée de son vernis (des décors impressionnants, une identité visuelle qui marque et un concept ultra accrocheur), oui, Squid Game est une mauvaise série qui a poussé le monde entier dans un tourbillon de FOMO jusqu’à nous faire oublier à quel point elle était bête et poussive. Sa seule planche de salut à nos yeux est d’avoir tout de même réussi à provoquer l’empathie pour trois ou quatre personnages (sur près de 500 en comptant les joueurs, les VIP, le staff, et les gens à l’extérieur du jeu, c’est pas exactement un bon ratio). 

On se doute bien que ce genre de programmes abrutissants, devant lesquels la moindre molécule de sens critique se désintègre, n’est pas près de disparaître. On espère simplement qu’avec un peu de recul, le public se rendra compte de l’immense supercherie que fut Squid Game, et le nombre d’heures perdues à la regarder.