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Pourquoi Spike Lee n’aurait jamais dû toucher à Old Boy

Pourquoi Spike Lee n’aurait jamais dû toucher à Old Boy

Publié le

1/ Old Boy : le meilleur film coréen au monde ?

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A sa sortie en 2003, Old Boy avait bouleversé le monde entier. Remportant le Grand Prix du Jury au Festival de Cannes en 2004, son réalisateur Park Chan-wook est rapidement devenu l’un des réalisateurs coréens les plus en vogue (il avait déjà signé  son célèbre Sympathy For Mister Vengeance un an plus tôt) aux côtés de Bong Joon-ho (The Host, Snowpiercer) ou encore Kim Ki-duk (Moebius).
Le film reçoit également de très bonnes critiques. Chez Positif, on peut lire que “Park Chan-wook joue sur tous les codes de genres cinématographiques : espionnage, comédie, horreur, polar…”   tandis que Télérama y voit un cinéaste qui “trouve constamment des solutions de cinéma inédites pour recréer le monde instable de son personnage”.
Old Boy est depuis considéré par de nombreux classements comme le meilleur film coréen jamais réalisé. Mais pas besoin de ces tops pour savoir qu’on a affaire à un chef-d’œuvre.
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2/ Un remake commandé

3/ Un casting moyen

L’Old Boy original est définitivement plus efficace (et aussi plus original) que le second. Pourquoi ? Scénaristiquement, les films naviguent dans les mêmes eaux, s’inspirant tous les deux du manga de Nobuaki Minegishi et Garon Tsuchiya sorti en 1997. Alors, serait-ce une erreur de casting ?
Josh Brolin n’est certes pas exceptionnel mais reste convaincant – le comparer à Choi Min-sik serait tout de même une erreur – et les autres acteurs tiennent la route, en dépit de personnages un peu trop stéréotypés, comme celui de Samuel L. Jackson .
Elizabeth Olsen réalise une prestation sans faute, même si son rôle est limité. La jeune actrice confirme son talent qu’on avait déjà pu voir dans Martha Marcy May Marlene en 2011. Seul bémol du film : Sharlto Copley. Loin du méchant mystérieux de la version coréenne, l’acteur de District 9 s’enfonce dans une parodie du bad guy psychopathe qui lui vaudra sûrement une nomination aux Razzie Awards.
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4/ Un choc des cultures

La mise en scène de Spike Lee n’est pas mémorable. Loin de là. Là où Park Chan-wook faisait mouche à (presque) chaque plan, difficile pour le réalisateur de Malcolm X de se détacher de son frère coréen, particulièrement lors des scènes de combat (le choix du plan-séquence). À peu de choses près, le Old Boy de 2013 a choisi l’option hémoglobine, pour ancrer son spectacle.
C’est un peu comme si Spike Lee avait voulu vulgariser l’original en s’égarant dans des procédés artistiques qui finalement n’apportent pas grand-chose à son oeuvre. De ce film, le cinéaste américain en a d’ailleurs gardé exactement la même intrigue, les mêmes scènes clés, la même athmosphère et presque certains plans !
Et là où Park Chan-wook faisait dans la subtilité ou l’ambiguité, le cinéma de Spike Lee se veut ici clair, facile à comprendre, tout comme la psychologie du personnage principal, qui se transforme au fur et à mesure du film en un vengeur façon Terminator. Bizarre de reprocher au film que sa mécanique fonctionne, mais c’est en ce point qu’il s’écarte le plus du premier film. Le Old Boy d’il y a dix ans laissait au spectateur le plaisir d’apprécier un histoire proprement asiatique aux ressorts psychologiques forts. Pas un thriller américain qui s’approprie certains codes du cinéma asiatique.
En définitif, Old Boy s’oriente plus vers le film commercial intelligent que le film d’auteur façon Park Chan-wook. L’intérêt d’une telle production ? Peut-être faire découvrir une histoire que les allergiques aux films asiatiques n’avaient pas réellement envie de voir, dans une version remise à jour, sans réelle originalité.
Quoi qu’il en soit, Spike Lee n’aurait pas dû toucher à Old Boy.