Passé par le prestigieux festival de Sundance, dans les montagnes Rocheuses, puis par le Festival du cinéma américain de Deauville, Rebuilding est une pépite indépendante aux accents de l’Ouest américain. Pour son deuxième long-métrage, Max Walker-Silverman capte avec une justesse bouleversante l’agonie d’un territoire, humainement autant que naturellement.
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Ici, l’Amérique ne se raconte pas à travers ses grandes promesses, mais à travers ce qu’il en reste après l’incendie.
Un cow-boy sans terre
Dusty est un cow-boy. Pas seulement pour le chapeau, les santiags ou le jean, mais parce que toute sa vie était arrimée à sa terre. Son ranch familial, ses bovins, ses hectares de terrain fertile. Jusqu’au jour où le feu ravage tout.
Les flammes n’ont pas seulement détruit une exploitation agricole : elles ont réduit à néant les espoirs d’une communauté déjà isolée et précaire, et toute possibilité immédiate de renaissance animale ou végétale. Contraint de mettre sa vie en pause, Dusty se rapproche alors de sa fille Callie-Rose, une enfant brillante qui continue de voir en lui un cow-boy que rien ne peut faire plier.

©KMBO distribution
Que reste-t-il de John Wayne ?
Josh O’Connor incarne Dusty avec une retenue remarquable. Père célibataire partageant la garde de sa fille avec son ex-compagne, il se retrouve après l’incendie dans un mobile-home, au sein d’une petite communauté de sinistrés installée sur un terrain provisoirement prêté par l’État. Sans travail, sans repères, il passe plus de temps avec Callie-Rose et apprend à composer avec un quotidien profondément déstabilisé.
Très vite, une question se pose : faut-il partir pour retrouver un emploi et abandonner son enfant, ou rester et tenter de reconstruire une vie sur les cendres du passé ?
Le cow-boy est une image d’Épinal du cinéma américain : viril, solitaire, tourné vers un territoire à conquérir ou à défendre. Dans Rebuilding, ce territoire est mort… du moins en apparence. Derrière son chapeau, Dusty est un cow-boy déboussolé, enfermé entre les parois fragiles d’un habitat temporaire et des paysages immenses qu’il ne peut plus habiter. Il n’a plus de troupeau, plus de terre ; il ne lui reste que la possibilité de créer du lien humain.
L’Amérique brûle-t-elle ?
Rebuilding se déroule dans l’Ouest américain, fait de forêts, de montagnes et de terres infinies. Un décor mythifié par le cinéma, aujourd’hui marqué par des catastrophes naturelles de plus en plus violentes : incendies, ouragans, inondations, conséquences directes du changement climatique.

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Le film s’inspire d’un drame réel : le Marshall Fire, qui a touché les proches du réalisateur dans le Colorado et détruit la maison de sa grand-mère. Max Walker-Silverman y a vu à la fois un effondrement intime, celui de certains souvenirs matériels, et la naissance d’une solidarité communautaire inattendue. En revenant sur les lieux, il observe comment, lentement, la nature reprend son souffle. Sous la cendre, quelque chose pousse encore. C’est ce paradoxe, entre ruine et espoir, qui irrigue tout le film.
Filmer l’immensité après la chute.
L’Amérique a toujours été filmée comme un territoire de démesure. Rebuilding aurait pu se replier sur l’espace clos et étriqué des mobile-homes. Mais Max Walker-Silverman refuse l’enfermement. Sa caméra s’attarde sur les grands espaces, embrasse l’horizon, rappelle sans cesse ce qui a été perdu, et ce qui pourrait renaître.
Sur ce point, on pourrait le comparer au travail de Chloé Zhao, sur Nomadland, film qui avait reçu les Oscars de la meilleure réalisatrice, de la meilleure actrice dans un rôle principal ainsi que du meilleur film. La réalisatrice avait également dépeint l’Amérique de la marge et de la rupture en embrassant l’immensité de ses paysages.

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Les cow-boys ne sont plus les héros, ils ne sont plus la force motrice de l’Amérique, il ne sont pas les « winners » de la Silicone Valley. Ce sont des personnages figés dans le temps, que leur pays a peu à peu délaissés, aussi bien au cinéma que dans la vie réelle. Josh O’Connor a su incarner le cow-boy moderne, hanté par le stoïcisme de ses représentations passées, mais qui n’a d’autre choix que d’évoluer et pour cela il a bien fallu baisser sa garde.
Sans jamais verser dans le pathos ni le spectaculaire, le film choisit la douceur. Il filme les gestes simples, les silences, l’attente. Rebuilding est un film sur la reconstruction, mais surtout sur la patience.
À découvrir en salles dès le 17 décembre.









