AccueilPop culture

On a classé (objectivement) TOUS les albums de Kendrick Lamar

Publié le

par Aurélien Chapuis

À l’occasion des dix ans de Good Kid, M.A.A.D City et la venue de Kendrick en concert à Paris ce week-end, on révise tous les projets du rappeur californien.

On a classé (objectivement) TOUS les albums de Kendrick Lamar

Ça y est, le classique du rappeur Kendrick Lamar, Good Kid, M.A.A.D City, est devenu le premier album de rap à rester dix ans dans le Billboard américain. Ce record montre la consistance et l’impact de la discographie du rappeur californien sur la musique des années 2010. Puisque l’album vient de fêter ses dix ans et que Kendrick était à Paris pour deux concerts monumentaux, on a relevé le défi de classer ses sept projets, une vision large des douze dernières années dans le monde du rap.

7. Section.80 (2011)

Ce très bon premier album a été un véritable électrochoc, même s’il était difficile, à l’époque, d’anticiper l’ampleur qu’allait prendre Kendrick Lamar. Avec la très intéressante mixtape Overly Dedicated sortie un an plus tôt, Section.80 forme un duo de rap californien nouvelle génération où on croise beaucoup d’acteurs de l’époque, comme Dom Kennedy, Overdoz, BJ the Chicago Kid et ses acolytes de TDE Schoolboy Q, Ab-Soul et Jay Rock. Réécouter Section.80 permet de se replonger dans cet univers très foisonnant du début des années 2010 à Los Angeles. Et puis il y a “Hiiipower”, “A.D.H.D”, “Rigamortus”, des signes forts d’un après possible.

À voir aussi sur Konbini

6. Untitled Unmastered (2016)

Projet de respiration entre deux mastodontes, Untitled Unmastered est une sorte de point final au diptyque Good Kid, M.A.A.D City / To Pimp a Butterfly. Pas mal de titres sortis entre les deux albums se retrouvent ici, comme des orphelins magnifiés. Ce disque est un peu spécial pour moi car il contient le untitled 03 que Kendrick avait joué en live chez Stephen Colbert le 16 décembre 2014.

Ce live est peut-être un des meilleurs réalisés à la télévision, avec Thundercat à la basse, Terrace Martin au saxophone, Anna Wise et Bilal aux chœurs, une folie. Mais l’histoire est encore plus dingue : à la base, la production est signée d’un Français, Astronote, qui s’avère être un artiste avec qui j’ai beaucoup travaillé au début des années 2000 à Orléans. Une incroyable boucle qui donne encore une autre dimension à ce disque de transition.

5. Black Panther: The Album (2018)

Parmi les projets monstres de Kendrick, il y a cette bande originale du film mainstream le plus important des années 2010. Black Panther est un raz-de-marée à la fois engagé, représentatif et divertissant. Et le travail de Kendrick sur la recherche de sonorités entre le rap actuel, l’hyperpop et la musique qui pourrait venir du Wakanda est un vrai tour de force. Véritable ouverture mondiale pour l’artiste, ce projet réussi lui permet d’être identifié comme l’artiste le plus intransigeant du moment. Et il y a quand même Mozzy et SOB x RBE dans le line-up, c’est un mouv’ incroyable en soi. Et c’est sûrement le dernier projet où il place toute sa famille TDE, une sorte de point final grandiose.

4. Good Kid, M.A.A.D City (2012)

L’explosion qui a tout changé. Cet album en forme de journal intime sur la jeunesse de Kendrick à Compton, entre ange et démon, a mis tout le monde d’accord à sa sortie. Il a unifié les publics rap de l’époque et érigé Kendrick Lamar en nouvelle tête d’affiche. Beaucoup de morceaux restent des classiques intemporels que le rappeur continue de magnifier en concert, dix ans après. “Money Trees”, “Swimming Pools”, “Bitch, Don’t Kill My Vibe”, “Backseat Freestyle”, Kendrick a su faire un album cohérent qui s’écoute d’une traite mais dont les moments forts vont vivre seuls pendant des années. “m.A.A.d city” invite MC Eiht pour relier les générations et les gangs. Et finir sur “Compton” avec Dr. Dre termine de couronner Kendrick comme le nouveau prince de la Californie. Avant de devenir le roi.

3. Mr. Morale & the Big Steppers (2022)

Le dernier opus de Kendrick est dense, profond et puissant. Après plusieurs mois d’écoute, on n’en a pas encore décrypté toutes les subtilités. L’artiste y aborde des sujets personnels et clivants, offrant rédemption, guérison et compréhension à une communauté entière. Construit un peu à la manière de To Pimp a Butterfly mais plus introspectif et spirituel, Mr. Morale & the Big Steppers pourrait encore prendre une place dans ce top dans les prochains mois tellement chaque écoute est une nouvelle découverte.

Kendrick prend la tendance à contrepied en refusant les tubes évidents, les sonorités du moment ou en mettant en avant des personnalités complexes et décriées comme Kodak Black. Ses réflexions sur sa famille, ses relations, son héritage sont à la fois personnels et universels. Il n’a jamais été aussi touchant et sincère que sur “Father Time”, “We Cry Together”, “Mother I Sober” ou “Mirror”. Et il va chercher Beth Gibbons de Portishead ou Ghostface Killah pour les utiliser à leur meilleure place. Cette vision forte et imperturbable de Kendrick Lamar donne toujours des albums extrêmement complets, très écrits, avec beaucoup de facettes à explorer. De voir son adaptation sur scène était un pur régal. On y retourne.

2. To Pimp a Butterfly (2015)

Un album monde. To Pimp a Butterfly est une lettre d’amour à toutes les inspirations et tous les modèles de Kendrick Lamar. The Roots et les Soulquarians, la Dungeon Family et l’équipe Organized Noize, The Isley Brothers, George Clinton, tout un héritage de la musique afro-américaine est intégré dans cet album labyrinthique, se réclamant autant du P-Funk que de Common, autant de 2Pac (qu’il met en scène dans une fausse interview à la fin de l’album) que du free jazz et du spoken word.

La profondeur musicale qui appelle aussi Sly Stone, Curtis Mayfield ou Prince est abyssale, laissant un puissant étourdissement à la fin de l’écoute. Mais Kendrick en sort tout de même des hymnes intemporels, comme “Alright” ou “King Kunta” qui resteront des points culminants du rap des années 2010.

1. DAMN. (2017)

La somme de tout. Je crois beaucoup au mantra de Rick Rubin qui parle de “réduire” plutôt que de “produire”. DAMN. est la concision de tout Kendrick Lamar, sa vision d’un blockbuster où chaque morceau a un but précis, aucun n’est dispensable. C’est le Good Kid, M.A.A.D City version adulte, ça frappe fort avec “HUMBLE.” ou “DNA.”, ça pop sur “LOYALTY.” ou “LOVE.”, ça se raconte sur “ELEMENT.”, “PRIDE.” ou “DUCKWORTH.”. C’est le condensé de tout ce que Kendrick a compris, la version la plus directe, la plus unique. Tout n’est que péchés, émotions ou principes, à écouter à l’endroit comme à l’envers, tout est symétrique, rien n’est de trop. Parfait anti-To Pimp a Butterfly, DAMN. montre que Kendrick Lamar est sûrement l’artiste de la décennie passée. Le couronnement d’une vision.