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Mort d’Elizabeth II : tout le monde n’était pas fan de la Reine, la preuve

Publié le

par Lise Lanot

Tandis que les hommages pleuvent, certaines voix soulignent les parts d’ombre de la Couronne. Retour sur 5 œuvres qui ont fait hausser de royaux sourcils.

Mort d’Elizabeth II : tout le monde n’était pas fan de la Reine, la preuve

La reine d’Angleterre Elizabeth II est morte ce jeudi 8 septembre à l’âge de 96 ans. Buckingham est en deuil, Stéphane Bern et une bonne partie des populations britannique et mondiale aussi. Certaines voix s’élèvent cependant pour quelque peu contraster la pluie d’hommages grandiloquents dirigés vers la Reine et la monarchie.

Sur les réseaux et quelques chaînes télé, on souligne les parts d’ombre de la Couronne, notamment l’implication du prince Andrew dans l’affaire Epstein et l’histoire coloniale de la Grande-Bretagne. Ces dernières années, la question de la confrontation de la monarchie à cette histoire a souvent été soulevée, parfois en lien avec les accusations de racisme de la famille royale à l’égard, entre autres, de Meghan Markle.

La mort d’Elizabeth II et les différentes réactions que celle-ci entraîne ravivent des plaies encore douloureuses et mettent en lumière l’importance de la question de qui raconte l’histoire. Durant ses sept décennies de règne, la Reine n’a évidemment pas connu que des manifestations d’amour. Retour sur cinq œuvres qui ont exprimé, de son vivant, des critiques à son encontre.

The Crown maîtrise un jeu d’équilibriste

Depuis 2016, The Crown ravit les mordu·e·s de la Couronne et celles et ceux qui n’en avaient pas grand-chose à faire. Avec sa réalisation impeccable, son beau casting, son attention aux décors, aux costumes et aux événements historiques, la série est une véritable réussite.

Si on a longtemps raconté que la famille royale refusait de la regarder, il semblerait que la reine Elizabeth II avait beaucoup apprécié la saison 1 de la série, qui retrace ses premières années sous la Couronne, mais beaucoup moins la suivante, à cause de la façon dont y était représenté son mari. Un membre de la cour confiait à un journaliste du tabloïd britannique Express :

“La Reine a conscience que bon nombre de personnes regardant ‘The Crown’ pensent que c’est un portrait fidèle de la famille royale et qu’elle ne peut rien faire contre ça. Mais elle était contrariée par le fait que le prince Philip a été dépeint comme un père insensible au bien-être de son fils. Elle était particulièrement énervée par la scène où Philip n’a aucune empathie face à un Charles parfaitement bouleversé, alors qu’ils prennent l’avion en Écosse pour rentrer à la maison. Ça n’est jamais arrivé.”

La série prend évidemment beaucoup de libertés, puisqu’elle n’est, rappelons-le, pas un documentaire : “Tous les éléments sont romancés, [les scénaristes] font croire qu’ils collent à la réalité alors que non. Sans ces arrangements avec l’Histoire, il n’y aurait pas de série”, nous rappelait Joffrey Ricome, responsable du numérique au Courrier international et co-auteur d’un livre décryptant la série Netflix.

Le programme a cependant mis en lumière nombre de secrets plus ou moins opaques de la famille, à l’instar de ses liens présumés avec le nazisme ou encore l’institutionnalisation forcée de deux cousines d’Elizabeth. The Crown parvient avec brio à montrer les parts d’ombre de la Reine – sa sévérité, sa froideur – tout en les expliquant, en humanisant cette femme devenue monarque si jeune, dans un monde d’hommes. La nouvelle de la mort de leur personnage principal a évidemment ébranlé l’équipe de la série, qui a annoncé mettre sur pause la production de leur sixième (et dernière) saison.

Banksy ne cache pas son anti-monarchie

Banksy a beau rester anonyme, il est célèbre pour son cynisme et ses messages militants et frappants. Anti-royaliste, le street artiste partageait en 2003 une œuvre apposant les attributs physiques phares d’Elizabeth II (sa couronne, ses diamants aux oreilles, ses courts cheveux ondulés et son collier de perles) à une tête de singe.

Intitulée Monkey Queen, l’œuvre a fait polémique à sa sortie. Pictures on Walls, l’organe de publication principale des œuvres de Banksy (jusqu’en 2017), expliquait alors que l’illustration “célébrait le fait que la plus haute position de la société britannique ne récompensait ni le talent, ni le travail, mais était simplement donnée par accident de naissance”.

Monkey Queen, 2003. (© Banksy)

Slowthai ne mâche pas ses mots

En 2017, le rappeur Slowthai sortait son premier album Nothing Great About Britain dont la chanson éponyme d’introduction rapportait ses sentiments moroses vis-à-vis de son pays – notamment son racisme ambiant et ses inégalités sociales. Le morceau, note Gabriel Chesnelong, passionné de rap UK, représente désormais un “incontournable en termes de critique de la société britannique”.

Le son se termine sur une mention directe à la Reine : “I will treat you with the utmost respect/Only if you respect me a little bit, Elizabeth, you cunt” (“Je te traiterai avec le plus grand des respects/Seulement si tu me respectes au moins un peu, Elizabeth, espèce de salope” – notons que le mot “cunt” est un peu ce qu’on fait de pire en termes d’insultes anglophones).

Auprès du Guardian, le jeune artiste appuyait ses opinions vis-à-vis de la monarchie (“Je n’ai jamais dit que je voulais une reine”) et indiquait regretter “la perte de vue quant à qui détient le pouvoir et ce qui fait notre grandeur : le peuple, les communautés, les petits endroits oubliés”.

À noter également, l’année suivante, le “Fuck the Queen” entendu dans le titre “BADlands” de Bakar. Ici aussi, le site Genius note les fantômes d’un racisme bien ancré qu’on lie à la famille [royale] depuis de nombreuses années” ainsi que la grande controverse” causée par les révélations de Meghan et Harry sur les “inquiétudes” de leurs proches quant à la couleur de peau de leur premier enfant.

Leon Rosselson et ses six minutes de calme dénonciation

Chanteur folk satirique, Leon Rosselson partageait en 1977 “On Her Silver Jubilee”, à l’occasion, comme son nom l’indique, du jubilé d’argent d’Elizabeth II. Pendant six minutes, l’artiste britannique déroule, avec douceur et ironie, l’écran de fumée que représentent tout le faste des célébrations royales, les dérives de la monarchie et les inégalités qu’elle charrie :

“Elle n’a pas à s’embêter avec le fisc/Même si elle est royalement récompensée pour toutes les choses qu’elle ne fait pas/Avec des palais et des propriétés pour la garder en bonne forme/Son salaire de 1,7 million de livres à l’année/Son avion royal, son train royal, son coûteux yacht royal/Et ses investissements lucratifs dans Dieu sait quoi/Oh, la magie de la monarchie, le sublime merveilleux/De devenir toujours plus riche aussi gracieusement que tranquillement”.

S’il déplore “l’absence dans [le] regard” de la Reine ou son apparente indifférence, lors de la crise des missiles de Cuba, par exemple, le chanteur décrit aussi l’image d’une “cage en verre autour d’elle” qui indique la position assez difficile de la monarque, “immobile comme une image, une image destinée à tous les regards”.

Les Sex Pistols et leur hymne controversé

Difficile de parler de 1977 sans noter la célèbre chanson des Sex Pistols, “God Save the Queen” qui, dès ses premières lignes, compare la monarchie à un “régime fasciste”. La chanson a créé la polémique à sa sortie, bien que le chanteur du groupe, John Lydon, se soit défendu auprès de la BBC d’être “anti-monarchie” tout en soulignant simplement “vouloir une monarchie qui fonctionne [surtout] si on la paye”.

La chanson est devenue mythique, le magazine Rolling Stone l’a d’ailleurs classée parmi les 500 plus grandes chansons de tous les temps (à la 173e place). “God Save the Queen” a été rééditée en 2002 puis en 2022 à l’occasion des 50 ans puis 70 ans de règne d’Elizabeth II, se hissant à chaque fois en tête des charts britanniques.

La monarchie en question

Notre liste n’est pas exhaustive et on se rend bien compte que la plupart des œuvres “critiques” envers la Reine le sont surtout envers la monarchie. Au lendemain de la mort d’Elizabeth II, Le Monde note pourtant que seuls 27 % des Britanniques sont favorables à l’abolition de la monarchie.

Des statistiques bien plus favorables qu’en 1997, à la mort de Diana, lorsque “70 % des sujets de Sa Majesté, choqués par son absence apparente d’émotion, estimaient que la souveraine devait ‘se retirer’ pour laisser la place à plus jeune qu’elle”, note le journaliste Philippe Bernard.

La disparition d’une reine bien-aimée, montrée ces dernières années comme une sympathique grand-mère, pourrait faire le jeu des anti-monarchie qui voient dans l’arrivée du roi Charles III la possibilité de verdir le blason royal. En attendant, God Save the King, on pense qu’il en aura bien besoin.

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