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Les 5 films qu’on aimerait envoyer aux Oscars pour représenter la France

Publié le

par Manon Marcillat

Loin de toute prédiction objective, voici notre sélection de cœur.

Les 5 films qu’on aimerait envoyer aux Oscars pour représenter la France

(© Netflix / Les films du Losange / Haut et Court)

2023 marquera la trentième année que l’Hexagone n’a pas remporté de statuette dans la catégorie film international. Une réforme de la sélection des futurs films choisis pour représenter la France aux Oscars a donc été annoncée par la nouvelle ministre de la Culture, Rima Abdul-Malak.

Le 15 septembre, les membres de la nouvelle commission établiront donc une présélection de trois à cinq films. D’ici le 3 octobre, il n’en restera qu’un qui sera envoyé à Los Angeles pour représenter la France le 12 mars 2023 à la cérémonie des Oscars. Loin de toute prédiction objective, voici la sélection de cœur des films français que la rédaction de Konbini aimerait voir sélectionnés.

La Nuit du 12, Dominik Moll

Dès l’ouverture du film, le public est averti que l’affaire – comme 20 % des enquêtes criminelles menées par la PJ en France – ne sera pas résolue et elle deviendra une véritable obsession pour le capitaine Vivès (Bastien Bouillon), un inspecteur de police taiseux, méticuleux et mal assuré de la PJ de Grenoble, chargé de l’enquête sur l’assassinat de Clara, une jeune femme brûlée vive, et qui restera hanté par la violence de ce crime.

Dans ce film sobre et affûté, tout repose sur la parole et des interrogatoires presque hypnotiques. Ici, Bastien Bouillon ne joue pas avec sa voix, pourtant reconnaissable entre mille, mais avec son regard. La nuit venue, pour exorciser sa frustration, il fait des tours de pistes perché sur son vélo de course, comme un hamster dans sa cage. Simple sur la forme, La Nuit du 12 s’emploie également à détricoter les raccourcis malheureux qui, dans le monde d’hommes de la PJ, font peser la responsabilité des féminicides sur les épaules des femmes tuées, un biais auquel Yohan, pourtant le plus rigoureux des enquêteurs, n’échappera pas totalement. Un thriller implacable.

À plein temps, d’Éric Gravel

Depuis que Laure Calamy a déserté l’agence ASK de Dix pour cent, le cinéma lui déroule le tapis rouge. Peut-être jusqu’à Los Angeles ? Dans À plein temps, l’actrice incarne une mère célibataire jonglant entre son job de femme de chambre dans un palace parisien, perpétuellement chronométré, et sa vie de famille loin du tumulte de la capitale, sur fond de grèves nationales des transports.

Cette vie impossible, dans un Paris crade et bordélique, est rythmée par une musique angoissante, rendant hypnotisante sa perpétuelle course contre la montre. Intense et angoissant, cette pépite prend un malin plaisir à jouer avec nos nerfs. En portant le film à elle seule, Laure Calamy a réussi à décrocher un prix à Venise pour sa prestation haletante.

Les Enfants des autres, de Rebecca Zlotowski

La réalisatrice française surdouée nous revient avec un cinquième long-métrage, le plus réussi et le plus sensible de tous, portée par une Virginie Efira impériale. Elle s’appelle Rachel, elle a 40 ans, elle n’a pas d’enfants, elle aime ses élèves, elle est amie avec son ex et elle tombe amoureuse d’Ali, divorcé et papa d’une petite fille de quatre ans. Tout en subissant le poids de l’horloge biologique qui emprisonne parfois les femmes qui veulent devenir mères, Rachel va s’attacher à cette enfant comme si elle était sienne, tout en comprenant qu’elle ne sera qu’une figurante de sa vie.

Une nouvelle fois, Rebecca Zlotowski filme une trajectoire féminine qui sort des cadres avec une subtilité et une émotion rare. En filmant les questionnements intimes de Rachel au plus près, la réalisatrice interroge la notion de famille, le désir maternel et la cruauté du temps qui passe à deux vitesses pour les hommes et les femmes. Elle mérite sa place dans la présélection.

Rodéo, de Lola Quivoron

On vous en parle depuis sa toute première présentation cannoise : le premier film de la photographe désormais cinéaste a été une claque. Loin des polémiques stériles, le film raconte le parcours de Julia, jeune femme indépendante qui cherche à tout prix à rejoindre un groupe de bikers faisant du cross bitume — quitte à vouloir dépasser les limites de la loi.

Récit d’initiation, féministe, on ne peut plus contemporain, avec des séquences de rodéos des plus impressionnants et sans effets spéciaux, Rodéo n’est pas qu’un premier film réussi : c’est un grand film. De là à l’imaginer représenter la France dans le Dolby Theater, il n’y a qu’un pas. Que l’actualité politique nous empêchera de franchir malheureusement, mais on peut toujours rêver.

Athena, de Romain Gavras

Gavras n’en était certes pas à son coup d’essai, après le perturbant Notre jour viendra et le génial Le Monde est à toi. Mais le niveau acquis sur ce troisième film est tout bonnement hallucinant — que ce soit en termes de réalisation, de direction d’acteurs, ou d’écriture.

Transformant une histoire de violences policières en véritable tragédie grecque, déchirant une famille de l’intérieur tandis qu’une cité se lève face à l’État, façon Commune de Paris, le film Netflix est d’une puissance affolante. Que ce soit pour son prisme politique ou sa virtuosité technique, on l’imagine bien concourir pour une statuette dorée — si le CNC décide d’envoyer un film de plateforme, ce qui est loin d’être gagné.

Article coécrit par Arthur Cios et Manon Marcillat.

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