Comme chaque année, le Festival de Cannes regorge de petites pépites dissimulées dans les sélections parallèles, qui deviennent rapidement populaires sur place grâce aux bouches-à-oreille. Cette année, c’est dans la Quinzaine des cinéastes qu’on a trouvé la perle rare, un film de genre australien, où un psychopathe et tueur en série massacre ses victimes en les donnant à chair à pâtée pour des requins. Une production sanglante, décomplexée et plus maligne qu’elle n’y paraît au premier abord, qui s’inscrit dans la veine du cinéma d’horreur d’Alexandre Aja comme Crawl et Piranha 3D.
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Et c’est justement depuis l’Australie qu’on a pu s’entretenir avec Jai Courtney (Suicide Squad, Divergente), l’interprète de Tucker, ce meurtrier fasciné par les prédateurs sous-marins. Un acteur australien né à Sydney qui connaît très bien les risques locaux liés aux attaques de requins, et qui nous raconte les coulisses de ce tournage pas comme les autres, qui vient creuser sa place et bonifier un genre pourtant très fourni avec Peur bleue, En eaux troubles, Dark Tide ou évidemment Les Dents de la mer.
Adrien Delage : Comme Dangerous Animals est à la fois un film sur un tueur en série et sur une histoire de requins, qu’est-ce qui t’a séduit en premier dans le script ?
Jai Courtney : Pour commencer, c’est toujours un plaisir de revenir tourner en Australie [Jai Courtney est né et a grandi à Sydney, ndlr]. Il y a toujours des super scripts qui sont écrits là-bas, et je reste attentif aux productions locales.
Mais c’est vraiment la psychologie de Tucker, mon personnage, qui m’a donné envie de jouer dans le film et le potentiel que j’ai vu en lui. Étrangement, je me suis senti connecté à certains aspects de sa personnalité, même si c’est une ordure. Il n’est pas complètement diabolique et j’ai compris ce qu’il ressentait. C’est vraiment un enfant traumatisé qui n’est jamais sorti de son cauchemar, et qui a développé un personnage pour échapper à cette souffrance.
Il poursuit aussi une croisade personnelle où il se prend pour le roi du monde animal, afin de trouver sa place dans l’univers. J’ai trouvé ça vraiment intéressant, et c’est très certainement le rôle le plus dingue que j’ai joué dans ma carrière.
AD : Est-ce que tu sais comment Sean Byrne, le réalisateur, et Nick Lepard, le scénariste, ont trouvé cette idée d’un tueur en série fasciné par des requins ? Je me demandais si cette intrigue n’était pas en partie inspirée d’une histoire vraie, ou d’un fait divers en Australie.
JC : Je sais que Nick est un surfeur et que tout est parti de là. Je ne peux pas parler à sa place, mais je crois qu’il voulait s’éloigner des récits habituels, un peu clichés, sur le surf. Il a aussi conscience que c’est un sport qui joue sur les sensations fortes voire le sentiment de danger, en particulier à cause des requins. Tucker utilise cette peur comme modus operandi et pour approcher ses victimes. Évidemment, tout au long du film, Nick pose la question de savoir qui est le plus monstrueux entre l’homme et l’animal.
Personnellement, j’ai toujours été fasciné par les animaux qui m’entouraient en grandissant en Australie. Je regardais des tas de documentaires sur les requins, mais aussi sur les gros félins, les ours… Il y avait quelque chose de fascinant chez ces prédateurs qui règnent sur la chaîne alimentaire dans leur propre écosystème.
Pour les besoins du film, j’ai rencontré plusieurs pêcheurs et des patrouilleurs nautiques et ils m’ont confirmé qu’il y avait des requins partout dans l’océan, même si ça ne m’a jamais empêché d’aller piquer une tête quand j’étais plus jeune [rires]. Il y a un risque d’attaque, c’est vrai, et ils sont surtout là pour faire de la prévention plutôt que de les tuer, même s’ils n’ont parfois pas le choix.
Le film parle aussi de ça d’ailleurs : ce sont les humains qui viennent nager dans leur jardin. Et parfois, ça ne leur plaît pas. Et en fin de compte, Tucker développe une certaine empathie pour les requins. Il les voit comme des survivants, et lui-même se considère comme tel.
AD : Comme tu es né et a été élevé à Sydney, est-ce que tu peux me parler un peu des lieux de tournage où vous êtes allés, et comment ils représentent fidèlement l’Australie ?
JC : Pour moi, les décors de ce film sont une véritable carte postale de l’Australie. On a tourné principalement dans la Gold Coast, dans le Queensland. Et on voulait vraiment que la ville et l’océan soient considérés comme un personnage à part entière dans le film.
D’ailleurs, je ne sais pas si tu es au courant, mais dans la première version du script, le film se déroulait aux États-Unis. Et je crois que c’est l’arrivée de Sean Byrne, qui est australien, qui a tout changé. Et c’était d’autant plus plaisant pour moi [rires] !

© The Jokers Films
Tout ce que vous voyez dans le film est une représentation des sublimes décors naturels qu’on trouve là-bas. Le Queensland est aussi connu pour ses activités autour des requins, comme dans le film, et on a pu en essayer quelques-unes pour s’immerger dans ce monde.
Pour l’anecdote, nous n’avons pas filmé de véritables requins qui se baladaient autour de nous. Et ce ne sont pas non plus des effets spéciaux numériques ou des animatroniques. Sean a utilisé des images d’archives, principalement issues de documentaires, que nous avons ensuite incrustées dans l’image. Même s’il y avait régulièrement des visiteurs sous-marins un peu trop curieux qui se rapprochaient du bateau…
AD : En parlant du bateau, il faut vraiment qu’on parle de cette séquence géniale où Tucker se met à danser dans la cale. Pour moi, ce genre de scènes aussi décalées que flippantes ne s’invente pas. Est-ce qu’elle était complètement écrite ou tu as pu improviser ?
JC : Je suis également très fan de cette scène. Elle était écrite, mais la danse est complètement improvisée. D’ailleurs, c’est assez marrant, j’ai découvert au Festival de Cannes [Dangerous Animals était sélectionné à la Quinzaine des cinéastes cette année, ndlr] qu’ils avaient écrit cette scène juste avant de me l’envoyer. Ils voulaient m’offrir un « moment », une performance à part qui symbolise la personnalité complexe de Tucker. Et je pense que c’était aussi une tactique pour me séduire [rires].
Pour Tucker, c’est vraiment un moment de célébration, juste après avoir tué l’une de ses victimes. On a tourné la scène deux fois, en jouant la musique en même temps, et j’ai tout donné même si je n’étais pas sûr de ce que je faisais [rires].
AD : Même si Dangerous Animals est un film d’horreur, de genre, il y a pas mal de second degré dans les dialogues et les situations. Pourquoi est-ce que l’humour est presque nécessaire dans ce genre de productions ?
JC : Tout est une question d’équilibre, tout dépend des enjeux. Je ne sais pas si on peut parler d’un film d’horreur pour ce film… Pour moi c’est plutôt un thriller, un survival, avec un sujet assez lourd. Donc il faut un côté amusant, over-the-top, pour montrer qu’on ne prend pas les choses trop sérieusement non plus.
Les victimes de Tucker affrontent une véritable épreuve de la vie, et si les vannes sont trop ouvertes et le sujet trop lourd, on va perdre cette connexion avec le spectateur. Je ne dis pas que c’est forcément une règle au sein des films de genre, mais ça permet vraiment d’instaurer un équilibre et de rendre le tout beaucoup plus fun. Regardez Tucker : c’est un idiot, il se croit drôle, il est maladroit, alors que c’est un tueur sanguinaire.
L’idée, ça reste de passer du bon temps avec lui alors que c’est un complet psychopathe. Même si les spectateurs vont être terrifiés par ce qui se déroule sous leurs yeux, il faut tout de même qu’ils puissent souffler, prendre du recul et passer un bon moment.
AD : Comment as-tu trouvé et embrassé la personnalité de Tucker, ses mimiques, ses tics de langage, sa façon de se mouvoir, etc ?
JC : En vérité, c’est venu de manière assez instinctive. Le script est très bon, et quand on commence à s’imaginer dans la peau du personnage, ça vient tout seul. Pour moi, il faut d’abord faire appel à son imagination : imaginer d’où vient le personnage, comment il s’insère dans ce monde, comment il s’adapte… Étant originaire d’Australie, c’est vrai que je comprenais déjà l’univers qui entoure Tucker et c’était plus simple de m’y plonger.
Honnêtement, je ne suis pas le genre d’acteur à faire des recherches pendant des semaines et des semaines pour un rôle. J’aime bien enfiler un certain costume et me lancer dans l’inconnu, parfois même la veille du tournage. Et dès que je vois le personnage dans un miroir, c’est là où je prends conscience que je suis proche de lui. Et évidemment, ça demande un saut dans le vide et une certaine notion de résilience et de lâcher prise.
Dangerous Animals est en salles depuis le 23 juillet.












