En début de semaine dernière, le disquaire indépendant parisien Balades Sonores tirait la sonnette d’alarme sur Instagram : une succession d’aléas (déménagements, incidents informatiques, augmentations diverses), en plus de la conjoncture, a provoqué des difficultés financières qui menacent la pérennité des boutiques situées dans le 9e arrondissement de Paris : “Il y a urgence. Sans aide rapide, c’est la fermeture.”
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Avec un format vinyle au plus haut de sa popularité, comment les disquaires, pourtant en première ligne depuis des années, peuvent-ils se retrouver en difficulté ? On en a parlé avec Thomas de Balades Sonores (Paris 9e) et Nils de Onigiri Records (Lyon 7e).
Le disque : une économie à part
Le vinyle a beau avoir le vent en poupe, en particulier chez les jeunes, les habitudes de consommation ne penchent généralement pas côté disquaire. Le public se dirige plutôt vers la vente en ligne ou les canaux de distribution plus larges, type espaces culturels de grande surface ou de gros détaillants type Fnac et Cultura, souvent par habitude.
Avec ce regain de popularité, ces enseignes se sont rapidement repositionnées sur ce format délaissé jusqu’ici, entretenu principalement par les disquaires et labels indépendants.
Ces grosses structures, déjà populaires, sont plus en mesure de négocier des accords avec les distributeurs en tirant les prix d’achat vers le bas, abaissant naturellement le tarif final sans pour autant rogner sur les marges. Elles sont également en mesure de retourner des références restées en stock plus facilement, limitant les risques de se retrouver avec des invendus sur les bras.
En comparaison, côté disquaire, la marge d’erreur est bien moindre : une mauvaise estimation de stock ou des éléments extérieurs peuvent rapidement mener à des difficultés, pour des commerces “souvent juste à l’équilibre”.
On peut aussi noter l’exception du disque qui, comparé à d’autres produits culturels, ne bénéficie pas d’une taxation réduite : une TVA à 20 % contre 5,5 % pour d’autres comme les livres, qui en plus bénéficient d’une fixation du prix de vente fixe peu importe le point de vente, rééquilibrant les dynamiques de concurrence.
“Le disque, c’est presque un produit de luxe”, pour Nils comme Thomas.
Côté fournisseurs, labels et distributeurs, les dernières années ont aussi été l’occasion de changements. La hausse du prix des matières premières, des frais de livraison et des taxes a amené naturellement à une augmentation du prix final des disques. Néanmoins, sur une augmentation estimée entre 5 et 10 %, certains catalogues ont pris beaucoup plus en s’engouffrant dans la vague du revival du vinyle.
Lieux de quartier
Impossible de décorréler la situation des disquaires de celle du reste des petits commerçants : ces dernières années ont été particulièrement marquées par l’austérité, autant due à des facteurs extérieurs (conflits géopolitiques ou enjeux climatiques) qu’à des politiques gouvernementales en adéquation.
Assez difficile de jeter la pierre au consommateur dont le pouvoir d’achat a beaucoup diminué et où chaque euro peut compter, surtout pour des “dépenses plaisir”.
Pour pallier ces problématiques, la seconde main peut être une option. Les disquaires se tournent vers l’occasion autant pour diversifier leur catalogue avec des références difficilement trouvables en neuf que pour pouvoir proposer des prix plus bas, en plus de marges plus intéressantes. Malgré tout, la hype vinyle a fait gonfler les prix de revente de certains lots, “certains vendeurs pensent avoir de l’or dans les mains”.
Le gros du travail pour ces indépendants, c’est la fidélisation et l’expérience client : de l’accueil à la recommandation, jusqu’à l’organisation d’évènements qui jouent un rôle central. Au-delà d’une boutique, un disquaire c’est aussi “un lieu de vie de son quartier” pour les deux disquaires, “c’est aussi ça que les gens viennent chercher et qu’ils ne trouvent pas ailleurs”.
Dans une époque où l’image a une importance capitale, tout le monde doit devenir son propre organe de communication, peu importe le secteur d’activité. Animer la vie de sa boutique en plus des tâches qui incombent déjà aux activités quotidiennes (gestion de stock, envois et réception de commandes), “Ça peut être usant par moments, pour des retombées qui ne sont pas directement concrètes”, confie Nils.
Ces boutiques perdurent malgré tout sur la volonté de passionnés, qui ne sont “pas là que pour vendre des disques” et qui placent la volonté de partager et surtout de découvrir au centre de leur métier : “On ne se cache pas du fait que des bacs existent grâce à nos clients”, nous confie Thomas, qui doit beaucoup de l’élargissement de ses horizons musicaux à ses échanges avec sa clientèle, loin du cliché du “disquaire snob à l’ancienne” qui peut intimider à passer le seuil.
“On avait peur d’inquiéter, […] mais là c’est nécessaire.”
L’enjeu principal pour la survie de ces espaces, c’est l’évolution des habitudes d’achat, une problématique soulevée à chaque fois qu’on aborde le sujet des commerces de proximité.
Beaucoup de clichés subsistent à tort : plus contraignant d’aller en boutique, moins de références disponibles, prix moins intéressants… Alors qu’en prenant un peu de recul, avec des prix qui varient rarement au-dessus de quelques euros de différence (parfois même moins chers chez les indépendants), et surtout au vu de la qualité de service proposée qu’on ne retrouve pas ailleurs.
Dans le cas de Balades Sonores, plutôt que d’opter pour un crowdfunding qui serait une solution temporaire, le disquaire appelle sa communauté à venir en boutique et à faire marcher le bouche-à-oreille. L’option de don reste aussi disponible, ainsi qu’une option d’adhésion pour s’impliquer un peu plus dans la vie du lieu, avec des avantages à la clé, comme des réductions et des bons d’achat.
Les disquaires sont indéniablement un des maillons du paysage culturel et subissent comme le reste de la chaîne les conséquences de politiques budgétaires de plus en plus austères. Par effet de ricochet, sans être les acteurs les plus subventionnés – bien que le CNM dispose d’une commission leur étant dédiée – ils subissent cette période difficile pour tous les acteurs.
Plus que jamais, “il est important de s’accrocher […] revenir à un certain côté DIY”, pour Thomas, en informant et en impliquant la clientèle dans l’avenir de ces espaces qui sont bien plus que de simples points de vente.












