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Des œuvres d’art et leur “médecin” partent à la rencontre de patients âgés hospitalisés

Des œuvres d’art et leur “médecin” partent à la rencontre de patients âgés hospitalisés

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© Léonard de Vinci/Musée du Louvre, Paris

Les spécialistes du musée du Louvre débarquent dans les hôpitaux parisiens pour permettre aux patient·e·s qui n’ont pas accès au musée de (re)découvrir ses riches collections.

Pour résister au temps qui passe, les œuvres d’art comme les humain·e·s ont besoin d’attention et de soins : c’est ce qu’est venu expliquer un spécialiste du musée du Louvre à des patients âgé·e·s de l’hôpital Broca, à Paris, la semaine dernière. Titien, Delacroix… Une fois une gymnopédie d’Erik Satie coupée, place aux images et à l’histoire de ces tableaux, pour une conférence inédite orchestrée par Sébastien Allard, conservateur général du patrimoine et directeur des peintures du musée le plus célèbre au monde.

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“Une fois les œuvres créées, elles n’atterrissent pas dans un musée comme dans un congélateur où le temps s’arrête”, annonce ce spécialiste devant une assemblée d’une vingtaine de patient·e·s, octogénaires pour la plupart, accompagné·e·s de bénévoles et professionnel·le·s de santé, réuni·e·s dans une salle d’animation de l’hôpital.

“Dossier médical”

“On accompagne leur métamorphose et on intervient pour les conserver le plus longtemps possible.” D’abord “radiographiés”, les tableaux font l’objet de nombreux “examens” et “prélèvements”, parallèlement aux recherches menées dans les archives sur leur histoire. “Un peu comme un dossier médical”, ajoute-t-il, suscitant quelques chuchotements dans le public.

M. Allard fait partie des spécialistes du musée du Louvre (qui compte parmi ses rangs des conservateur·rice·s, restaurateur·rice·s, marbrier·ère·s, jardinier·ère·s, régisseur·se·s, hôte·sse·s d’accueil…) qui, depuis dix ans, interviennent régulièrement dans les services gériatriques, psychiatriques, pédiatriques, oncologiques ou d’addictologie des hôpitaux de l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris, pour permettre aux patient·e·s qui n’ont pas accès au musée de (re)découvrir ses riches collections.

Visites, formations, conversations, ateliers, artothèques, expositions itinérantes… Avec un millier d’actions depuis 2013, ce partenariat a permis d’accompagner 15 000 personnes, que ce soit les patient·e·s, leur famille, ou le personnel hospitalier. Ce “beau support nourrit les échanges entre patients et soignants car l’art vient à l’hôpital pour les personnes”, dit à l’AFP Claire Hartweg, responsable culture et animation des sites hospitaliers de Paris-centre.

Les images des tableaux “soignés” sont projetées en grand sur un mur. Qu’il s’agisse de toile, de bois, d’ôter une fine couche de pigments posés à la tempera (émulsion à l’œuf, au lait ou à l’huile), un vernis jauni, de remédier à “une patine d’usage” ou des traces comme la cire de bougie, cela requiert beaucoup de réflexion pour prendre une décision parfois très délicate et soumise à un “comité international” d’expert·e·s, poursuit le spécialiste.

“C’est passionnant”, commente à l’AFP Hélène, 82 ans. “Je suis déjà allée au Louvre mais je ne savais pas qu’ils enlevaient les vernis”, ajoute-t-elle, en indiquant une série de dessins colorés qu’elle a réalisés “souvent dans sa chambre, parfois en atelier”, affichés dans la salle.

La Joconde

“Et pour La Joconde ?”, interroge une patiente, déclenchant un regain d’intérêt. Pas question à ce stade de restaurer la star mondiale du Louvre, ce qui risquerait de “dénaturer” celle qui est admirée par des millions de personnes chaque année et “susciterait des polémiques à n’en plus finir”, tranche M. Allard.

Monna Lisa quitte néanmoins sa vitrine blindée, où la température et l’hygrométrie sont constantes, “une fois par an pour voir si elle est en bonne santé”, ajoute ce passionné. “Donnée à François Ier par Léonard de Vinci, elle a alors été placée dans la pièce la plus précieuse du château de Fontainebleau, la salle de bains. Rien de pire pour une œuvre peinte sur bois, ce qui lui a valu une légère fente au-dessus de l’œil”, raconte-t-il.

Cette “fente” a été réduite, probablement au XVIIe siècle, tandis que, victime d’un jet de pierre en 1956, le tableau a été restauré au niveau du coude gauche. Recouvert de plusieurs couches de vernis au fil des siècles, “son vêtement, aujourd’hui brun, est en réalité mauve”, confesse-t-il.

“Amateur de peinture ancienne”, Henri, 79 ans, “apprécie” le moment. Mais cet ancien avocat, passionné de “très grands maîtres”, aurait bien aimé “en apprendre plus sur les progrès techniques de la restauration” et “les moyens qui lui sont dévolus”.