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De Black Panther au nouveau Quentin Dupieux, 16 films qu’il ne faut surtout pas rater en novembre

Publié le , modifié le

Par Manon Marcillat

Des deuils, de l’hémoglobine, Weinstein (et quelques comédies pour garder le moral) : voici le programme des réjouissances pour ce mois tout gris.

De Black Panther au nouveau Quentin Dupieux, 16 films qu’il ne faut surtout pas rater en novembre

(© Warner Bros. / Disney / Marvel / Pathé)

Close, Lukas Dhont (sortie en salle le 1er novembre)

Quatre ans après Girl, l’émouvant portrait d’une ado transgenre, Lukas Dhont revient avec un nouveau long-métrage bouleversant, cette fois-ci présenté en compétition officielle au festival de Cannes en mai dernier, qui a remporté le Grand Prix, ex aequo avec Stars At Noon de Claire Denis.

Il dresse le portrait de Léo et Rémi, deux adolescents de 13 ans liés par une amitié douce et fusionnelle. Ils sont inséparables, partagent leurs jeux et leurs lits. Mais perçue comme ambiguë par leurs nouveaux camarades de classe, leur tendresse va se déliter et Léo, qui ne supporte pas les sous-entendus, va tout faire pour s’éloigner de Rémi, jusqu’à l’impensable. Pour ce second long-métrage, Lukas Dhont s’est détaché de la thématique de la quête identitaire et sexuelle chez les adolescents pour se concentrer sur l’amitié, le poids des normes et celui de la culpabilité, dans un film à la fois douloureux, tendre et pudique.

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Mascarade, Nicolas Bedos (sortie en salle le 1er novembre)

Après trois films imbibés de nostalgie, revisitant le passé de manière différente — Monsieur et Madame Adelman racontait une histoire d’amour sur plusieurs décennies, La Belle Époque narrait celle d’un homme qui désire revivre la rencontre avec sa femme 40 ans auparavant, et OSS 117 essayait de dénoncer les cheminements de pensée d’une époque —, Nicolas Bedos s’essaye à un exercice différent : celui du thriller sensuel.

Évidemment, le choix du genre, qui était à son paroxysme dans les années 1970 et 1980, a encore ce parfum d’amour du passé. Mais en créant ce grand théâtre de manipulation où amour et mesquinerie sont maîtres de tout, Nicolas Bedos cherche à casser certains canevas et à raconter une histoire de cinéma, en grande forme. Le casting 5 étoiles (François Cluzet, Isabelle Adjani, Pierre Niney, Marine Vacht, Emmanuelle Devos) accompagne celle-ci avec une grande force.

X, Ti West (sortie en salle le 2 novembre)

Oubliez Scream 5, le slasher de l’année est une petite pépite qui a fait sensation au festival South by Southwest. Au nom aussi simple que sulfureux, X est le nouveau film produit par le prolifique studio indépendant A24, qui ne fait décidément jamais rien comme les autres. Le long-métrage de Ti West nous ramène à une époque oubliée du cinéma de genre américain, gore, éprouvant, à l’esthétique (faussement) cheap. Il fait partie de ces films qu’on pourrait mater en plein air au volant d’une décapotable. C’est jouissif, irrévérencieux et surtout loin d’être aussi bête et méchant qu’un simple tournage de film porno qui dérape en massacre sanglant.

En plus de révéler deux jeunes actrices, Jenna Ortega et Mia Goth, appelées à devenir les prochaines scream queen du grand écran, X est un hommage aux productions grindhouse des années 1970. À la fois sexy, violent et étrangement poétique dans sa représentation de la vieillesse et plus précisément de la sexualité des seniors, le film de Ti West réhabilite, sans pour autant réinventer la roue, l’horreur sous sa forme la plus pure et archaïque. Le réalisateur a déjà prévu un préquel (Pearl) et une suite, attendus dans les prochains mois, dans le respect traditionnel des films d’exploitation.

Piggy, Carlota Martínez-Pereda (sortie en salle le 2 novembre)

Pour Sara (Laura Galán), l’été dans son petit village espagnol est surtout synonyme de harcèlement et de body shaming violent. Surnommée “cochonne” par ses harceleuses et violentée verbalement par sa mère, elle va être confrontée à un dilemme lorsqu’un mystérieux étranger décide de s’en prendre à trois de ces brutes. Sara en sait plus qu’elle ne veut bien l’avouer mais ne sait pas si elle doit parler pour espérer sauver ses bourreaux ou conserver l’anonymat de cet étranger sanguinaire qui semble lui vouloir du bien.

Après un passage remarqué à Sundance, Piggy a fait du bruit au Fantastic Fest, à Austin, avant d’être récompensé au BIFFF par le prix de la critique. Premier long-métrage de la réalisatrice espagnole Carlota Martínez-Pereda, adapté de son court-métrage Cerdita réalisé en 2018, ce coming of age movie est un véritable film d’horreur, mais surtout une proposition radicale pour évoquer le harcèlement et ses conséquences dramatiques.

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Cycle Yasuzo Masumura (ressortie en salle le 2 novembre)

Pas besoin d’être un grand amateur du cinéma japonais et de connaître sur le bout des doigts son histoire pour saisir la puissance des deux grands récits qui ressortent en salle par The Jokers. Il se trouve en l’occurrence que Masumura est au croisement des réalisateurs classique type Mizoguchi et de ce qu’on appelle la Nouvelle Vague japonaise, dont il est l’une des pierres angulaires au côté d’un certain Oshima, et qui a bousculé la tronche du septième art local. La preuve en est donc avec Tatouage (Irezumi) et l’Ange Rouge, deux œuvres sorties en 1966.

Deux longs-métrages portés par la même actrice, Ayako Wakao, qui au centre du récit, raconte l’histoire de femmes face à un monde de violence, usant du sexe comme d’un outil pour réparer (dans tous les sens du terme) le monde. D’un côté, une femme cherchant à se venger, devenant petit à petit le monstre qu’on lui a tatoué de force sur le dos. De l’autre, une femme témoin de première lignée de l’ultraviolence de la Seconde Guerre mondiale, qui se dévoue corps et âme pour des êtres déchirés sur le point de mourir. La vengeance contre la volonté de réparer les vivants. Deux œuvres qui se complètent follement.

Black Panther: Wakanda Forever, Ryan Coogler (sortie en salle le 9 novembre)

On ne peut pas dire grand-chose sur ce film, embargo oblige. Mais il est évident que le retour de Black Panther est un événement. Pas uniquement pour les fans de Marvel, mais pour ce qu’il va nous raconter : le deuil du roi, qui correspond à la mort de l’acteur incarnant Black Panther, Chadwick Boseman.

Il va falloir prévoir ses mouchoirs, c’est certain.

Trois nuits par semaine, Florent Gouëlou (sortie en salle le 9 novembre)

Baptiste, 29 ans, est en couple avec Samia, quand il fait la rencontre de Cookie Kunty, une jeune drag-queen de la nuit parisienne. Poussé par l’idée d’un projet photo avec elle, il s’immerge dans un univers dont il ignore tout, et découvre Quentin, le jeune homme derrière la drag-queen. Après le phénomène Drag Race qui a déferlé en France cet été, le septième art s’empare lui aussi du sujet.

Le réalisateur Florent Gouëlou connaît la scène drag parisienne puisqu’il y performe lui-même en Javel Habibi. Avec cette romance surprenante et émouvante, il signe également un premier film libre et politique qui nous plonge sous les paillettes du drag. En bonus, des caméos lé-gen-daires et un rôle (enfin) à la hauteur du talent et de la sensibilité de Pablo Pauly.

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Armageddon Time, James Gray (sortie en salle le 9 novembre)

Le film qui nous a le plus bouleversés durant le dernier Festival de Cannes. Ce qui n’est pas étonnant, vu que James Gray (La Nuit nous appartient, Two Lovers) a, depuis près de 30 ans, fait un sans-faute — oui, The Immigrant est un grand film, contrairement à l’idée reçue. Le voir revenir à un drame intimiste 10 ans après celui-ci, alors même qu’il revient d’une épopée dans la jungle dans The Lost City of Z et sur la lune avec Ad Astra, nous mettait en joie. Et on avait raison.

Armageddon Time nous raconte la jeunesse d’un petit garçon, Paul, dans le Queens des années 1980. Dans la continuité d’un Roma d’Alfonso Cuaron ou d’un Licorice Pizza de Paul Thomas Anderson, le cinéaste raconte ici sa propre jeunesse, s’inspire de son histoire personnelle — le tout avec un casting parfait, allant des parents incarnés par Jeremy Strong et Anne Hathaway et d’un grand-père aimant joué par Anthony Hopkins.

C’est arrivé près de chez vous, Rémy Belvaux, Benoît Poelvoorde, André Bonzel (ressortie en salle le 9 novembre)

En 1992, Cannes découvrait, en noir et blanc, le talent comique fou d’un mec qui l’est tout autant, Benoît Poelvoorde. Pour sa première participation à un long-métrage, l’acteur belge était partout, à la réalisation comme au scénario, aux côtés de ses compatriotes Rémy Belvaux, André Bonzel et Vincent Tavier. Trente ans plus tard, la comédie louée par Tarantino ressort en salles.

Si le film a été tourné en noir et blanc par manque de moyens, il est, à l’inverse, riche en dialogues et situations désormais cultes. Se présentant comme un documentaire dont le sujet principal est un tueur à la petite semaine et dépouilleur de petits vieux, le film suit en réalité le vrai faux parcours d’un assassin pas comme les autres. Le résultat est un ovni belge qui piétine le politiquement correct comme on n’en a pas revu depuis.

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Balle perdue 2, Guillaume Pierret (sortie sur Netflix le 10 novembre)

Le premier film de Guillaume Pierret nous avait foutu une petite claque, tant par sa réalisation que par le fait que la grande partie des cascades aient été faites en vrai. Les voitures, les courses-poursuites, les accidents, les bastons : tout était réel, ça se voyait, et ça faisait du bien.

Donc le grand retour d’Alban Lenoir, Stéfi Celma et la clique ne peut que nous enchanter. D’autant plus que le trailer laisse penser qu’ils sont, bien évidemment, allés encore plus loin. Toujours plus faste et plus furieux, pour notre plus grand plaisir.

She Said, Maria Schrader (sortie en salle le 23 novembre)

Il y a cinq ans presque jour pour jour, grâce à une enquête de Jodi Kantor et Megan Twohey dans le New York Times sur des accusations de harcèlement sexuel contre le jusque-là intouchable producteur hollywoodien Harvey Weinstein puis à un tweet viral d’Alyssa Milano, naissait le mouvement #MeToo.

Pendant des mois, les deux journalistes ont déployé des trésors de patience et d’ingéniosité pour convaincre des actrices de parler. Elles ont relaté ces années d’enquête dans She Said, un ouvrage à la frontière du thriller et de l’enquête journalistique qui rend compte du travail herculéen que les deux journalistes ont accompli, aujourd’hui porté à l’écran par l’Allemande Maria Schrader avec Carey Mulligan et Zoe Kazan. Si un documentaire sur la chute du tristement célèbre producteur a déjà vu le jour en 2019 et que des longs-métrages, comme The Assistant, se sont librement inspirés de cette affaire, il s’agit du premier film à porter à l’écran le catalyseur du mouvement #MeToo en citant ouvertement le nom de Weinstein. Absolument nécessaire donc.

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Les Miens, Roschdy Zem (sortie en salle le 23 novembre)

2022 est l’année de Roschdy Zem. Après Enquête sur un scandale d’État de Thierry de Peretti, il a tenu les rôles principaux des deux meilleurs films français de l’année, Les Enfants des autres de Rebecca Zlotowski et L’Innocent de Louis Garrel. En novembre, sort Les Miens, son sixième long-métrage en tant que réalisateur, en compétition à Venise.

Roschdy Zem retrouve Sami Bouajila, ici victime d’un traumatisme crânien qui va totalement modifier sa personnalité, suite à une soirée trop arrosée. De cadre travailleur, dévoué à ses enfants et blessé par sa récente rupture amoureuse, il va devenir un homme aigri, solitaire et agressif envers sa famille, débarrassé de tout filtre social. Il n’est nullement question d’immigration ou d’intégration chez cette famille française d’origine marocaine mais seulement de conflits et de non-dits dans une drôle de chronique de famille coécrite avec Maïwenn.

Inu-Oh, Masaaki Yuasa (sortie en salle le 23 novembre)

Si le nom de Masaaki Yuasa ne vous dit, vous avez de belles heures de cinéma et de grandes découvertes qui vous attendent. De l’incroyable série Netflix Devilman Crybaby, au film The Night is Short, Walk on Girl, ce nom pas assez reconnu du commun des mortels est celui d’un ponte de l’animation actuelle, comme sa nouvelle œuvre le prouve une fois encore.

Inu-Oh n’est pas qu’un opéra rock racontant comment un jeune garçon jouant du biwa et une créature déformée ayant un bras immense vont révolutionner comment l’on conte les histoires au Japon au XIVe siècle. C’est d’abord un grand spectacle, fascinant à regarder, tant visuellement l’artiste s’amuse plus que jamais, mais aussi une histoire d’amitié assez déboussolante. Une grande réussite.

Saint Omer, Alice Diop (sortie en salle le 23 novembre)

On vous a déjà parlé de cette cinéaste : Alice Diop vient, au départ, du documentaire — son dernier, Nous, est une pépite du genre. Partant de ce postulat, on se demandait à quoi ressemblerait le premier long de fiction de cette réalisatrice. Un Grand Prix du Jury de Venise plus tard, voilà que débarque Saint Omer, la claque de cette fin d’année.

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S’inspirant de l’affaire Fabienne Kabou, un fait divers de 2013, la cinéaste aborde le film de procès avec un exercice de style particulier : filmer les interrogatoires, les discours des uns et des autres comme un documentaire. On suit cette histoire d’infanticide avec des plans fixes quasiment sans coupe, provoquant un rythme très particulier au récit. Haletant, intriguant, ce film est très fort. Ce n’est pas juste de l’esbroufe pour le style, un véritable coup d’essai réussi avec brio.

Bones and All, Luca Guadagnino (sortie en salle le 23 novembre)

Le réalisateur italien a fait appel à son petit protégé Timothée Chalamet et à Taylor Russell, vue notamment dans le très beau Waves, pour mettre en boîte son road movie romantico-gore, adapté du roman éponyme de Camille DeAngelis. Dans un film de coming of age violent, façon The End of the Fucking World, il saisit la romance cannibale de deux adolescents marginaux dans l’Amérique profonde des années 1980.

Si l’alchimie entre les deux acteurs n’est pas toujours au rendez-vous et que la passion entre ces jeunes Bonnie and Clyde assoiffés de sang est en deçà de celle que le réalisateur était parvenu à capter dans Call Me By Your Name, le final du film marquera, pour sûr, les esprits.

Fumer fait tousser, Quentin Dupieux (sortie en salle le 30 novembre)

C’est la 5e sortie de Dupieux depuis 2018, ce qui a tout pour impressionner de base. Mais si l’on vous dit que de surcroît, c’est sans doute le plus puissant des cinq, et que l’on pèse nos mots, alors votre curiosité sera piquée — à juste titre.

On ne veut en rien gâcher le plaisir de découvrir cette œuvre sans ne rien savoir, mais si l’on doit appuyer notre propos, disons juste que Dupieux n’a jamais été aussi politique et actuel, parlant aussi bien d’écologie que de féminisme, ou de la nostalgie futile du “c’était mieux avant“. Le tout dans un film profondément hilarant et à la forme déconcertante.

Critique : Quentin Dupieux revient en grande forme avec Fumer fait tousser

Article écrit avec Arthur Cios et Adrien Delage.