Et si la fin de Daft Punk n’était que le début de leur retour ?

Et si la fin de Daft Punk n’était que le début de leur retour ?

La fin des robots n'était-elle qu’un mirage… comme cet article ? On a (presque toujours, un peu, plus trop...) envie d’y croire.

Article initialement publié le 23 février 2021 et mis à jour le 23 février 2022.

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Imaginez, un ami lointain, mais auquel vous tenez, revient après 7 ou 8 ans d’absence pour vous dire adieu. C’est à la fois beau, déchirant et difficile à accepter. On veut alors imaginer que tout n’est que mirage, et que derrière se cache une oasis prophétique où les machines laisseraient place aux humains… Après tout, pourquoi pas.

Comme tout le monde, j’étais complètement abasourdi. Attristé par cette annonce, qui a fait l’effet d’une bombe le lundi 2.22.21. Si vous allez jusqu’au bout de ces lignes, vous verrez, entre autres, que ces chiffres et le message (biblique) qui pourrait se cacher derrière me poussent à espérer que Daft Punk va poursuivre son œuvre musicale. Car comme tout le monde, j’aime tellement ce groupe que j’ai envie de croire en leur retour, quitte à imaginer les scénarios les plus farfelus, quitte à exposer les pensées les plus ambiguës. Mais rêvons… 20 h 48 : après une journée tumultueuse, je ne me remets toujours pas de cette fin brutale ; comme vous, jusqu’à maintenant, qui êtes ici. En plein dépit, je prends mon téléphone, ouvre mon Insta, et demande à Pedro Winter, boss d’Ed Banger et manager historique des Daft (oui, je préfère dire “des” Daft, c’est plus cool) : “Pedro, la vérité… c’est plutôt un teasing de leur retour hein ?” 21 h 05, réponse : “Si seulement 🙂 Épilogue…”

“Épilogue”, soit le titre de la vidéo la plus marquante de ce début d’année, postée sur le compte YouTube de Daft Punk en cet obscur lundi 2.22.21, à 14 h 21 précisément. Vous lisez bien : 14 h 21… c’est tout. Tout d’abord, regardons simplement la définition d’un épilogue : “Un épilogue est la dernière partie, la conclusion d’une œuvre. Il désigne plus particulièrement au théâtre classique un discours récapitulatif à la fin de la pièce. Ce terme désigne en général une partie finale ajoutée, comme de surcroît, à un discours, à un ouvrage, en lui-même complet.” Oui, je suis allé sur Google, et oui, cette définition ne va pas beaucoup nous aider. Tentons quand même d’avancer… Si l’épilogue est “ce qui termine une affaire, une histoire, une aventure”, et que l’on considère cette vidéo comme telle, on peut s’arrêter là. Mais la fin ne peut s’écrire d’une telle manière. Et s’il faudra peut-être se faire une raison, je ne veux pour l’instant pas y croire. Les Daft ne laissent jamais rien au hasard et poursuivront leur œuvre entre 2021, année de la reconstruction, et 2022, année de la résurrection. Bref, poursuivons justement, nous aussi perdus dans cet article désertique mais armés d’espérance.

Tiré du film Electroma sorti en 2006, cet extrait vidéo où les deux robots se retrouvent au milieu du désert n’est donc pas nouveau et pourrait faire office de teaser, à l’épilogue qui nous attendrait réellement. Le résumé d’une immense carrière, un dernier point au bout de près de trente années d’une histoire légendaire. À quoi pourrait-on alors s’attendre… un best-of ? Bof. Un nouvel album ? Pourquoi pas. Une dernière tournée, un nouveau live surprise comme ils ont si bien su le faire et qui récapitulerait le chemin parcouru par le duo mythique – avec ou sans casques comme à l’ancienne ? C’est ce qui collerait le plus à un vrai épilogue. On reparlera de tout cela.

Épilogue

Analysons la vidéo. La date 2.22.21 apparaît dès le départ. Au milieu d’un désert, Thomas Bangalter marche plus lentement tandis que Guy-Man, dans son casque doré, avance plus rapidement vers le second plan pour devenir de plus en plus flou. T. B. a la tête baissée, G.-M. la tête relevée vers l’horizon. T. B. s’arrête, G.-M. continue d’avancer, puis se retourne face à son binôme. Ils se regardent, de loin. T. B. baisse la tête de nouveau et fixe le sol asséché. G.-M. revient vers lui, ils se retrouvent face à face, dans le reflet l’un de l’autre. T. B. relève la tête, déboutonne sa veste, la retire. Ils se regardent, immobiles. T. B. se retourne, deux interrupteurs dans le dos, prêts à être désactivés. G.-M. les regarde et enclenche le détonateur. Une minute chrono avant l’explosion. T. B. s’éloigne à son tour, pendant que les secondes de son minuteur s’approchent de zéro. T. B. serre le poing. Il explose en confettis, l’habit vide. “1993-2021” s’affiche alors. De leur début de carrière à cette triste année, qui est leur dernière. Comme sur une pierre tombale, ornée de leurs mains formant une pyramide lumineuse (non non non, je vous vois venir… on ne va pas encore parler des Illuminati hein !). Terminons l’histoire : G.-M. s’avance seul vers l’horizon. Vers un soleil qui ne se couche pas mais se lève sous un nuage épais.

Adieu la moitié des Daft ? Est-ce Thomas Bangalter qui ne peut plus continuer ainsi ? Vers quel avenir Guy-Man marche-t-il, seul, après avoir détruit son acolyte ? Le soleil se profile en tout cas à l’horizon, et on a envie de croire qu’après cette onde de choc, un futur radieux les attend. Il s’agit de robots, ils peuvent se reconstruire, revenir dans un nouvel accoutrement, sous de nouveaux casques. L’un peut-il ramener l’autre à la vie ? Pour un projet hybride ? Ou se délesteraient-ils carrément de leur armure, tuant les anciens Punk et revenant à un corps pur ?

Dans le long-métrage Electroma dont est tirée cette vidéo, les deux robots sont à la quête de l’humanité, ils cherchent à atteindre l’inatteignable, puisant au plus profond de leur sensibilité. Échec – dans les deux sens du terme, ceux qui ont vu le film comprendront –, ils ne sont que robots. Mais aujourd’hui, ils pourraient bien enfin redevenir humains, se délestant de leur combinaison pour laisser jaillir leur être. Le film racontait aussi l’Homme et son désir d’appartenir à un groupe tout en voulant s’en détacher. Leur masque fondait dans une scène intense, leur souffrance était palpable dans une solitude et une différence qui les poussaient à se démarquer du reste du monde. Si les Daft ont échoué dans leur quête d’identité, ils pourraient bien y avoir mis fin aujourd’hui… ou la retrouver.

Human After All, RAM et la théorie du 8

Les Daft, sans casques, comme au tout début, histoire de boucler la boucle ? Je pars un peu loin et ce serait incroyable. En cas de retour, une chose serait sûre : il s’agirait d’un dernier retour pour la route. Un dernier voyage après s’être retrouvés, et avant la disparition finale. Un adieu serait inconcevable aujourd’hui et dur à accepter, adieu qu’ils auraient pu annoncer au cours de ces sept dernières années de silence depuis leur performance aux Grammy Awards. Depuis leur dernier effort en date, Random Access Memories, sorti il y a 8 ans, le 17 mai 2013, la fin du duo aurait pu être amorcée plus tôt qu’en cette (déjà) sale année 2021. Et pourquoi revenir pour juste annoncer une séparation, après sept années d’attente. Sept années pendant lesquelles ils sont inévitablement retournés en studio, entre musique et vie de famille. Mais ils ont 46 et 47 ans, et la seule chose qui justifierait une fin qui paraît à la fois tardive et prématurée tant leur aura est intemporelle : ne plus arriver à faire la musique recherchée, être dépassés, par manque d’inspiration ou d’envie – une raison qui serait louable, car les Daft font passer la création avant tout autre intérêt –, soit parce qu’ils peuvent se le permettre, soit parce que leurs visières renferment deux âmes pures d’artistes.

Deux artistes qui sortaient leur troisième album Human After All le 14 mars 2015, 8 ans après Homework, 4 ans après Discovery arrivé à mi-chemin de leur construction, et 8 ans avant Random Access Memories. S’il symbolise l’infini tourné vers les cieux, le chiffre 8 porte aussi une théorie utilisée de manière cinématographique, ou dans un processus créatif, comme une boucle temporelle. Un cycle représenté par 8 étapes, parcourues dans cet ordre : You (“toi, moi”), Need (“besoin”), Go (“aller, partir”), Search (“chercher”), Find (“trouver”), Take (“prendre”), Return (“revenir”) et enfin Changed (“changé, modifié”). Sept ans après RAM, nos deux robots se trouveraient alors à l’étape 7, celle du retour, allant vers l’étape 8, celle du changement. Ce qui pourrait, si l’on poursuit nos rêves les plus fous, donner lieu à une reconstruction cette année avec un nouvel album, avant un live en 2022 et sous une forme nouvelle. Ils sont des humains après tout et, à l’heure où l’on porte tous des masques, eux tomberaient les casques et redeviendraient humains avant tout.

2.22.21

C’est la date à laquelle l’annonce de leur disparition est tombée, et qui apparaît donc en tout début de vidéo. 2.22.21 -> 2 Daft. 22 : ensemble, réunis. 21 : l’un des deux est vivant, l’autre vient d’exploser. 2.22.22 -> 2 : les deux Daft réunis en 2022, pour un album, ou une tournée, ou les deux. Vous n’y croyez toujours pas ? C’est normal tant c’est tiré par les casques. On va alors s’en remettre à la Bible. Voici à quoi renvoient ces chiffres, 2.22.21, lorsqu’on cherche rapidement sur Google :

Marc
2:21-22
La Parole de Dieu
Jésus a dit : “Personne ne coud une pièce de drap neuf à un vieil habit ; autrement, la pièce de drap neuf emporterait une partie du vieux et la déchirure serait pire. Et personne ne met du vin nouveau dans de vieilles outres ; autrement, le vin fait rompre les outres, et le vin et les outres sont perdus ; mais il faut mettre le vin nouveau dans des outres neuves.” [Les “outres” sont des récipients, ndlr.]

“Mais il faut mettre le vin nouveau dans des outres neuves.” Si l’on veut y croire, on retiendra cette dernière phrase. Les Daft Punk ne peuvent pas revenir dans leur vieil habit, ils ne peuvent pas mettre de la musique nouvelle dans leurs vieux gants. Sinon ça s’arrête là. Mais la chute ouvre à une nouvelle perspective, comme l’horizon s’ouvre sur un nouveau jour dans la vidéo dont on parlait. Cette vidéo dure d’ailleurs 7 min 58 . 7 + 5 + 8 = 20. 2020. Hum… non, rien à dire de plus à part que c’était une année de merde ; passons.

Si l’espoir fait vivre, il est temps de mettre un terme à ces rêveries. Je veux y croire et, si je me trompe… c’est parce que j’ai trop voulu y croire tant cette fin nous a attristés. Et faudra se faire à l’idée que c’est terminé. Dans tous les cas, Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem-Christo, si vous lisez ces mots : vous devez revenir, pour le bien de l’humanité.

À lire également -> Les Daft Punk sont revenus le temps d’un live fou de 1997 pour les 25 ans de Homework

Pour l’instant, ils sont revenus ce 2.22.22 avec un live de 1997 diffusé sur Twitch à l’occasion des 25 ans de Homework, accompagné d’une réédition de leur premier album culte. En attendant d’en savoir peut-être plus (ou pas), on va rester sur ces paroles de fin de “Touch”, titre extrait du dernier album des Daft et qui vient habiller cette (dernière ?) vidéo, dont les paroles brutalement coupées avant le dernier mot peuvent finalement faire sens… au beau milieu de nulle part, et pour le pire comme pour le meilleur à venir.

“Home, hold on, if love is the answer, you’re home
Hold on, if love is the answer, you’re…”