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C’est quoi, cette histoire de Christ “efféminé” qui met en colère l’extrême droite espagnole ?

C’est quoi, cette histoire de Christ “efféminé” qui met en colère l’extrême droite espagnole ?

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© Salustiano García

"Pour voir de la sexualité dans mon Christ, il faut être malade", a estimé l’artiste Salustiano García.

Un Christ trop “efféminé” et “sexualisé” ? En Espagne, l’affiche officielle retenue pour les festivités de la Semaine sainte à Séville suscite la colère des milieux ultra-conservateurs, qui réclament son retrait, la jugeant “offensante” pour les catholiques. Présentée samedi, cette affiche réalisée par l’artiste sévillan Salustiano García montre Jésus ressuscité, légèrement couvert au niveau de la taille par un linceul blanc.

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Elle représente “la partie lumineuse de la Semaine sainte”, dans le “style propre à ce peintre prestigieux”, a souligné dans un communiqué l’organisation regroupant les confréries sévillanes qui participeront aux processions qui ont lieu chaque année du dimanche des Rameaux au dimanche de Pâques. Destinée à être diffusée dans l’ensemble de la ville, cette affiche a suscité la polémique sur les réseaux sociaux, où des internautes ainsi qu’une association catholique ultra-conservatrice ont dénoncé son caractère “sexualisé”. Cette affiche est “une véritable honte et une aberration”, a ainsi estimé, sur X/Twitter, l’Institut de politique sociale, organisation de défense des “symboles chrétiens”, notamment engagée contre l’avortement.

Jugeant ce Christ “efféminé” et “maniéré”, elle a réclamé son retrait et demandé des excuses publiques à l’artiste, estimant que cette représentation “offensante” ne correspondait pas à l’esprit de la Semaine sainte. Ces critiques ont été relayées par le responsable du parti d’extrême droite Vox à Séville, Javier Navarro, qui a jugé sur X/Twitter “cette affiche provocante”. Elle ne répond pas à “l’objectif pour lequel elle a été conçue”, à savoir “encourager la participation dévote des fidèles”, a-t-il ajouté. Une pétition a même été lancée sur le site Change.org. Signée lundi 31 janvier par près de 10 000 personnes, elle appelle à défendre la “tradition” et la “ferveur religieuse” de Séville face à cette œuvre.

“Politisation du tableau”

Des réactions dénoncées par l’auteur de l’affiche, qui s’est dit “surpris” par ces attaques, assurant dans un entretien au quotidien conservateur ABC avoir peint une œuvre “sympathique” et “élégante”, dans une démarche de “profond respect” pour les croyant·e·s. “Pour voir de la sexualité dans mon Christ, il faut être malade”, a estimé l’artiste de 52 ans, en rappelant que Jésus était régulièrement représenté dénudé dans l’art classique. “Les personnes qui ont dit du mal de mon travail […] ont besoin d’un peu de culture artistique”, a-t-il raillé.

Salustiano García, dont les œuvres sont exposées dans des galeries du monde entier, a précisé avoir pris pour modèle son fils pour cette affiche. “Nous avons tous les deux ri en découvrant cette polémique et nous sommes très surpris de la politisation du tableau”, a-t-il ajouté. Les socialistes, au pouvoir en Espagne, ont pris la défense de l’affiche, dénonçant le caractère “homophobe et haineux” des attaques, selon les termes de leur responsable en Andalousie, Juan Espadas, qui a défendu l’alliance de “tradition et de modernité” caractéristique de cette région, ex-bastion de la gauche.

L’Espagne, qui a dépénalisé l’homosexualité en 1978, soit trois ans après la mort du dictateur Franco, est par ailleurs devenu depuis lors l’un des pays les plus ouverts au monde vis-à-vis de la communauté LGBTQIA+, autorisant dès 2005 le mariage gay et l’adoption pour les couples de même genre. Les processions de la Semaine sainte, qui commémorent la Passion, la mort et la résurrection du Christ, occupent une place importante en Espagne, pays où les traditions catholiques restent très présentes — et singulièrement à Séville, considérée comme la “capitale” de ces défilés religieux.