Le style Warhol est reconnaissable entre mille. Devenu le symbole d’une société de consommation où les produits sont reproductibles avant toute chose, c’est notamment 32 canettes de soupe Campbell peintes à la main et sérigraphiées sur des toiles de 51 x 41 cm. Un diptyque de Marilyn – qui aurait fêté ses 100 ans cette année – qui emprunte autant à l’esthétique de la photo de célébrité qu’à celle du design de publicité. Mais Andy Warhol (1928-1987), c’est aussi d’autres œuvres, plus confidentielles, moins connues du grand public, ou rarement montrées. À Landerneau, en Bretagne, le Fonds Hélène & Édouard Leclerc pour la culture, installé dans l’ancien couvent des Capucins, consacre une grande rétrospective à l’artiste. Et s’attarde autant sur ses œuvres incontournables que sur ses toiles plus discrètes.
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Dès ce 6 juin et jusqu’au 24 janvier 2027, l’exposition « WARHOL » est le fruit du travail de curation d’Amber Morgan, commissaire d’exposition et directrice des collections et expositions du The Andy Warhol Museum de Pittsburgh. En partenariat avec le musée, situé dans la ville natale de Warhol, le Fonds Hélène & Édouard Leclerc réunit 200 œuvres, incluant des peintures, sérigraphies, objets, dessins, mais aussi des films et archives.

Andy Warhol in Gristedes Supermarket. New York City, 1964. (©Bob Adelman)
Michel-Édouard Leclerc : « Ses premières œuvres, devenues iconiques, le rendent immédiatement et internationalement célèbre. Inspirées des images et des objets du quotidien qu’il introduit dans le champ de l’art : canettes de Coca-Cola, paquets de lessive Brillo et boîtes de soupe Campbell, elles bousculent les codes. L’art devient populaire. De là à penser que c’est dans les rayons d’un supermarché que cet artiste génial a eu l’inspiration qui l’a conduit à transformer et influencer durablement notre culture… Il n’en fallait pas moins pour nous lancer dans ce projet et nous attaquer au mythe ! »
De la pub à l’art
L’exposition retrace ainsi le parcours de l’artiste, de sa naissance en Pennsylvanie, de parents slovaques, sous le nom d’Andrew Warhola, à la constitution de sa vision d’artiste, en passant par ses années dans l’illustration publicitaire. Au cours de l’exposition, un thème se dessine : une vision du rêve américain, et toutes les illusions en carton-pâte que fait miroiter le mythe.
D’abord graphiste publicitaire dans l’Amérique d’après-guerre, Warhol s’oriente ensuite vers les beaux-arts, puis vers le pop art, étroitement lié à la société de consommation. Il contribue rapidement à flouter les frontières entre les beaux-arts, productions commerciales et objets de l’ordinaire. Le 9 juillet 1962, il fait ainsi entrer ses 32 soupes Campbell à la Galerie Ferus, à Los Angeles. « Un jour, tous les grands magasins deviendront des musées et tous les musées deviendront des grands magasins. » À travers ses portraits saturés de couleurs vives, ses sujets (Natalie Wood, Warren Beatty, Grace Kelly…) deviennent eux aussi des produits de consommation, tandis que l’artiste s’évertue à représenter ses modèles sous un jour positif.

Andy Warhol,Coca-Cola [2],1961. (©The Andy Warhol Foundation for the Visual Arts Inc ; Adagp Paris 2026)
L’Amérique vue par Warhol
Nostalgique d’une Amérique pleine de rêve, Warhol prend aussi pour sujet les motifs les plus reconnaissables des États-Unis : la statue de la Liberté, le dollar… autant de symboles d’un rêve américain pétri d’illusions.
Dans son ouvrage America (1985), édité par Harper & Rowe, l’artiste déplorait : « Ce qui me manque, c’est l’époque où l’Amérique avait de grands rêves pour l’avenir. Chaque année apportait une découverte scientifique ou une invention, et tout le monde pensait que le futur serait encore plus merveilleux. Cela nous enthousiasmait pour l’Amérique, parce que nous étions ceux qui menaient le monde avec ces inventions fantastiques et ces découvertes scientifiques. Nous allions être les premiers à atteindre le futur. Aujourd’hui, on dirait que plus personne n’a de grands espoirs pour l’avenir. Nous semblons tous penser que le monde sera simplement le même qu’aujourd’hui, mais en pire. »
Rendez-vous à Landerneau pour une immersion dans l’œuvre de Warhol et une relecture du mythe américain à l’aune des toiles du pape du pop art. Avec un peu de cynisme, mais aussi une dose d’espoir.

Andy Warhol, Dollar sign, 1981. MAMAC Nice. (© The Andy Warhol Foundation for the Visual Arts, Inc. / Adagp, Paris 2026)
L’exposition « WARHOL » est visible au Fonds Hélène & Édouard Leclerc pour la culture, à Landerneau, jusqu’au 24 janvier 2027.
Konbini, partenaire du Fonds Hélène & Édouard Leclerc pour la culture.












