« Mettre en avant les producteurs ». Une phrase entendue depuis des années qui semble enfin trouver sa place dans les calendriers promotionnels et auprès du public. Trop souvent dans l’ombre et délaissés malgré une importance capitale dans la réussite d’un morceau, chaque mois depuis ce début d’année, un producteur phare en France se démarque avec un projet, un événement ou une initiative. 2025, charnière pour les producteurs ?
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Alors que l’on squattait gentiment le studio de Tarik Azzouz à l’approche de la sortie de son tout premier projet, Chaque jour, on comprend que cette année, il se passe quelque chose chez les producteurs français. Une dynamique, un vent favorable, une envie de faire bouger les choses. Et en même temps, on adore ça, ces projets généreux, où on peut retrouver des collaborations impromptues et des tracklists plus qu’alléchantes (Grand Casino de 99 et Wolfkid, La Cassette (Vol. 1 & 2), Ravaru de High Klassified). Quelques mois avant notre rencontre avec le grammyphié Tarik Azzouz, toute fin 2024, Lyele dévoile BAKED, un projet de 14 titres rassemblant toutes ses inspirations, ses aspirations et son travail, le tout avec des invités de taille venus sublimer ses productions. Celui qui a notamment travaillé avec La Fève ou encore Tiakola nous parlait lui-même d’un statut de producteur en pleine évolution :
« D’une manière générale en France (…) les gens sont beaucoup plus sensibles aux mots et aux artistes qu’à la musique. J’ai l’impression qu’on sacralise pas trop la musique des fois, comme si nous, les compositeurs, on faisait un bruit de fond pour que les artistes s’expriment. Même si je trouve que c’est en train de changer. On entend de plus en plus parler de prods mais ce serait bien que ça évolue encore. »
Quelques mois plus tard, le 4 avril 2025, il semble être entendu et DVM annonce une soirée dédiée à Lyele. Au-delà de montrer que l’image des beatmakers est en plein essor, le producteur se positionne en fédérateur avec un plateau garni d’artistes venus jouer morceaux et exclusivités : Kay The Prodigy, Nono La Grinta, La Fève, Jolagreen23, J9ueve et plus encore.
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Mais cela ne s’arrête pas là. Cet été, le festival Yardland propose dans sa programmation plusieurs créneaux réservés aux producteurs. Lyele et Tarik Azzouz se partageront une scène et un show qui risque d’être plein de surprises lui aussi : le « Tarik Azzouz & Lyele Live Show ». Ghost Killer Track, qui a dévoilé un nouveau projet multi-artistes en début 2025, Slimer Alchemist 3, sera lui aussi sur scène. Un bon moyen de faire vivre leurs projets, de continuer de faire découvrir leur musique évidemment mais aussi dans cette ambition de confirmer la mise en avant des producteurs, de leur nom, de leur visage, comme les artistes à part entière qu’ils sont déjà.
Merci DJ Mehdi, merci Ikaz, merci Binks Beatz
Si la quête est toujours en cours et qu’il reste du terrain à gagner, ce début d’année 2025 est facilité par les combats précédents. Dans le sillage d’Ikaz Boi, Freakey!, Binks Beatz ou Kosei outre-mesure les producteurs peuvent évoluer plus sereinement, on va dire qu’il n’est plus nécessaire d’enfoncer toutes les portes pour entrer (encore faut-il trouver la clé). En cumulant les crédits de plus en plus mis en avant sur les plateformes, les projets communs entiers ou la présence d’esprit d’artistes tels que La Fève qui n’hésite pas à donner à certains titres le nom des producteurs (« LYELE OUTRO », « TARIK INTERLUDE »), cela donne autant de petites choses finalement pas si anodines que ça, et faisant avancer le mouvement dans sa globalité.
Le documentaire autour de la carrière de DJ Mehdi a également permis de légitimer le débat qui n’en est pas vraiment un au final, rendant le rôle des producteurs plus visible aux yeux du public, et ça, c’est Lyele qui l’observe :
« Le documentaire de DJ Mehdi, il a grave ouvert les oreilles et les yeux des gens sur le métier de producteur. C’est pour ça qu’il a eu autant de succès, je pense. Il y a plein de proches à moi qui voient ce que je fais depuis des années et qui m’ont dit, après la diffusion du documentaire, “ok ça y est je comprends ce que tu fais maintenant”, donc c’est lourd. »
Aller chercher plus loin ?
L’année 2025 restera d’ores et déjà une année importante pour la reconnaissance des producteurs aux yeux du plus grand nombre. Mais est-il possible, et nécessaire, d’aller chercher encore plus loin ? À l’image du projet de Tarik Azzouz, vraiment événement rap français au moment de sa sortie, ces mixtapes grandissent, se multiplient, prennent de l’importance dans le paysage musical et surtout, le public est réceptif. La prochaine étape réside peut-être dans la sortie d’un projet multi-artiste référence en France afin d’asseoir l’exercice. Jusqu’ici, aucun n’a vraiment fracassé le plafond de verre ou reçu les critiques unanimes attendues, preuve de la difficulté de la création d’un projet du genre, sorte d’immense mixtape qu’il faut réussir à driver d’une main ferme et avec une vision précise.
Sans jouer les devins, une partie de l’avenir se trouve également dans les projets communs. Des projets qui privilégient une entente avec un seul artiste, et ce afin de canaliser l’énergie autour d’une voix, un style. Ils sont aussi de plus en plus nombreux comme les plus confidentiels mais très bons Dernier Train de 63OG et le collectif 75ERA et le 7 titres HUSTLE ERA du rappeur S-Tee avec le duo de producteurs Bricksy & 3g. Projet commun et album de producteur ne sont pour autant pas incompatibles et servent alors de cartes à dégainer pour varier les approches, avec toujours une ambition, faire reconnaître le travail et l’importance des artistes beatmakers dans le rap français.












