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Review ton classique : Fight Club

Review ton classique : Fight Club

Image :

Prod DB © Fox 2000 Pictures – Art Linson / DR
FIGHT CLUB (FIGHT CLUB) de David Fincher 1999 USA / ALL
avec Brad Pitt
combat clandestin, cigarette, torse nu

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Par Antonin Gratien

Publié le

Retour sur une œuvre corrosive boudée en salles et clouée au pilori par les critiques, avant d’entrer au panthéon du 7e art.

De film “fasciste” et “débectant” à bijou cinématographique. Tel est l’étrange chemin de croix qu’a emprunté Fight Club (1999). En effet, aussi étonnant que cela puisse paraître aujourd’hui, l’iconique quatrième long-métrage de David Fincher n’a pas toujours fait l’unanimité. Tant s’en faut.
Lors de sa présentation en avant-première à la Mostra de Venise 1999, le film est hué. Les jours suivants, une presse outragée s’emploie à pourfendre cette œuvre jugée “immorale”. C’est que, avec Fight Club, Fincher livrait une satire violente aux interprétations multiples, brossant le portrait des ridicules et périls d’une société de consommation en plein boom. Mais de quoi parle-t-on exactement ?

Épopée anarchiste

Adapté du roman éponyme de Chuck Palahniuk, publié en 1996, le film nous entraîne aux côtés d’un narrateur particulièrement ankylosé, Jack. Campé par un Edward Norton que le public avait déjà vu briller dans American History X (1998), ce personnage neurasthénique tente de combler le vide sidéral de son existence par l’achat frénétique de mobilier. En vain. Les jours passent, et notre antihéros s’enfonce toujours plus dans une mélancolie sans objet.
Tout bascule lorsque, au retour d’un voyage d’affaires, il croise le chemin du charismatique Tyler Durden interprété par Brad Pitt – déjà renommé et déjà casté par David Fincher dans son premier grand succès : Seven (1995).
Afin de redonner du sens à leur quotidien et lutter contre les diktats d’une société consumériste incarnée par la quasi-omniprésence à l’image de produits Starbucks, les compères fondent un “fight-club”. Soit l’occasion de se mettre gratuitement sur la tronche à l’abri du regard de la société. Histoire de se sentir vivants, à nouveau.
Ces rendez-vous clandestins prennent bientôt une nouvelle tournure, alors que certains membres se regroupent en milice s’attaquant aux symboles d’un capitalisme triomphant. Après un twist final passé à la postérité, le film se clôture sur un savoureux moment de grâce, rythmé par l’éthéré Where Is My Mind des Pixies.
https://www.youtube.com/watch?v=11eBZd7zdbs

Une réception glaciale

Arrivée en grâce, et postérité

La déception est toutefois de courte durée. D’abord incomprise, l’œuvre trouve son public grâce au bouche-à-oreille suivant sa sortie DVD, en novembre 2000. Enrichie de commentaires audio, l’édition compte parmi les plus importantes ventes sur ce support jamais enregistrées par la 20th Century Fox (aujourd’hui rebaptisée 20th Century Studios). Au total, elle permet à la société en charge de la distribution du film d’encaisser plus de 10 millions de dollars de bénéfice.
Et la presse, elle aussi, tombe soudain sous le charme. Le même média américain Entertainment Weekly qui jugeait que le film s’appuyait sur “un principe idiot” à sa sortie tresse les lauriers du DVD en le qualifiant de “pur génie”. En 2008, le célèbre magazine britannique Empire classe Fight Club à la 10e place dans sa liste des 500 meilleurs films de tous les temps. C’est une consécration. Autre témoignage plus étonnant, mais non moins éloquent, de ce succès : plusieurs “fight clubs” improvisés fleurissent çà et là aux États-Unis dans les années 2000.
Depuis, l’aura du film qui aura marqué tout une génération reste intacte. Sa critique au vitriol du modèle consumériste reste d’une actualité criante. Et chacun sait que “la première règle du Fight Club est : il est interdit de parler du Fight Club”.