Depuis près d’un an, je travaille sur le tome 2 de ma saga de fantasy jeunesse nommée Tardigrade. Et je dois l’avouer, je galère à avancer. Non pas parce que je manque d’inspiration, mais plutôt parce que je manque de temps et d’énergie. Je travaille à plein temps, je fais du sport, je vois mes amis et ma famille, alors quand enfin j’ai du temps libre, je préfère reposer mon cerveau en jouant aux jeux vidéo que me pencher sur mon manuscrit.
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Au printemps 2025, la maison d’édition Au Diable Vauvert m’a gentiment invité dans sa résidence d’écriture située dans le sud de la France, près de Nîmes, dans le petit village de Vauvert, dans les marécages de la Camargue, là où il y a des chevaux et des taureaux qui gambadent. Avec le rythme que j’ai à Paris, je me suis dit que c’était l’occasion de m’isoler pour, pourquoi pas, avancer sur mon manuscrit. Spoil : j’ai quasiment terminé une v1. Il n’y a pas de secret : pour écrire un livre, il faut s’isoler.
S’éloigner de l’autre pour se rapprocher de soi
« Il n’y a pas de secret quoi, il n’y a pas de secret, il y a une vérité simple, sobre, crue. Alain, La Horde du Contrevent, tu la réussiras uniquement si tu t’isoles. Si tu t’isoles. »
Mon prénom c’est François, pas Alain. Ces mots, ce sont ceux de l’écrivain Alain Damasio, l’auteur de La Horde du Contrevent, Les Furtifs et plus récemment Vallée du silicium. Ces mots, Alain se les est auto-enregistrés lors de son séjour en Corse pour écrire son futur best-seller. Pour moi, ils ont une valeur biblique. L’objectif de l’isolement est simple : s’éloigner des autres. D’abord géographiquement et ensuite virtuellement. On se cache en campagne, on coupe ces avaleurs de temps que sont TikTok et Instagram, on garde Whatsapp pour discuter ou simplement rassurer nos proches. Et on se concentre.
La tâche est simple et pourtant il faut s’organiser. Il faut savoir ce qu’on vient faire pendant un séjour d’isolement : bâtir un univers et les fondations d’une histoire ? Avancer au maximum sur le déroulé du roman pour en sortir une première version ? Peaufiner certains passages et terminer une bonne fois pour toutes le livre ? Si on débute un séjour en pensant qu’on se laissera les premiers jours pour réfléchir à ce qu’on veut faire, alors c’est déjà du temps perdu. Bien réussir un isolement, ça demande de la préparation.
Pendant l’isolement, l’esprit bouillonne mais pas le corps. Alors il faut bouger. Je peux conseiller le yoga, le renforcement musculaire ou quelques mouvements de callisthénie, mais le mieux reste et restera à jamais la marche. La marche fait du bien au corps et permet en même temps de penser son livre, son histoire. On imagine des scènes, on crée des dialogues, c’est un peu une réunion de travail, mais sans collègue pour s’embrouiller. Aussi, si le pollen n’est pas votre ennemi, la nature vous apaise et améliore le moral.
Se rapprocher de soi pour s’élever
Au début, je voulais titrer ce paragraphe par « s’auto-pénétrer », mais ça me semblait aussi bancal spirituellement que physiquement. Alors j’ai préféré ce titre plus pompeux mais réaliste. Il y a un élément dans l’isolement qui dépasse la simple solitude. C’est quelque chose de plus grand, plus intense, quelque chose qui nous dépasse mais qui en même temps nous dessine et nous forge. Ça ne porte aucun nom, mais j’aime appeler cet état le « flow ».
Dans cet état, l’écriture devient tout aussi automatique qu’efficace. On a l’impression de ne faire qu’un avec son texte, ce qui produit une scène ou un chapitre mémorable, quelque chose de transcendant qui nous fait penser qu’on est arrivé sur Terre pour lier ces mots précis entre eux à ce moment précis de notre vie. Habité par notre écriture, on en pleure, on en rit, on en crie de rage mais on en ressort grandi. Et il faut avouer que cet état est particulièrement jouissif.
Je vous révèle un autre secret : atteindre cet état lorsqu’on n’est pas isolé de tout est très très très (très) difficile. Alors faites-le. Qu’importe la durée, une semaine, deux semaines ou un mois, l’important, c’est de partir. Ce n’est pas un séjour où vous allez voir vos amis, ce n’est pas un voyage, ce n’est pas du tourisme, c’est de l’isolement. Et c’est diablement efficace.












