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Les témoignages s'accumulent contre les violences policières

Après un 1er mai très tendu, la CGT a diffusé une image ensanglantée, accusant la police de faire de la "répression". Ils ne sont pas les seuls à fustiger les violences policières qui émaillent les cortèges et marquent la Nuit debout depuis fin mars.

De nombreuses voix s'élèvent contre les violences policières qui émaillent les cortèges de manifestations contre la Loi travail et la Nuit debout (© CGT Publicis)

De nombreuses voix s'élèvent contre les violences policières qui émaillent les cortèges de manifestations contre la loi Travail et la Nuit debout. (© CGT Publicis)

Depuis les premières manifestations en opposition à la loi Travail de Myriam El Khomri fin mars, les preuves de violences policières ne manquent pas. Tant et si bien que le slogan "Tout le monde déteste la police" a résonné de nombreuses fois dans les rues en ce mois d'avril.

Aux témoignages de dérapages succèdent les vidéos amateur, qui se propagent à vitesse grand V sur les réseaux sociaux. Plus d'un mois après les premiers émois, lorsqu'un lycéen était, sans justification, frappé au visage par des CRS en pleine rue, de nombreuses voix s'élèvent pour critiquer la façon dont la police fait respecter la loi dans le contexte des mouvements sociaux à répétition.

Panique dans le métro

Dimanche 1er mai, après une fête du travail marquée par des cortèges sous tension, des Parisiens ont affirmé avoir été forcés à entrer dans la station de métro Jacques Bonsergent, poussés par les tirs de gaz lacrymogène des CRS. Un utilisateur de Twitter a filmé cette séquence de panique :

BuzzFeed a compilé une série de tweets racontant ces interventions policières. Très mobilisés sur Twitter, de nombreux internautes ont envoyé des photos montrant les affrontements entre jeunes et gardiens de la paix pas toujours apaisés, usant du hashtag #ViolencesPolicières pour les rassembler.

Les twittos témoignent notamment d'agents postés à l'entrée de plusieurs bouches de métro à la Nation, mettant en joue avec leurs flash-balls les passants qui tentaient de sortir dimanche 1er mai. Sans aucune explication.

"Après les violences, la répression"

Ce même 1er mai au soir, à l'issue de cette journée tendue, la CGT agaçait les syndicats policiers une fois de plus avec une affiche montrant une colonne de CRS, une mare de sang à leurs pieds.

"Après les violences policières, voici maintenant officiellement la répression ! L'heure est à la défense de la liberté d'expression et du droit de contestation au pays des droits de l'homme !", écrivait la branche des salariés de l'information et de la communication de la CGT, CGT Publicis, sur sa page Facebook.

Synergie-Officiers, syndicat de la police nationale, a jugé dès le lendemain que "cette campagne ignoble d'une violence inouïe constitue un encouragement à attenter à l'intégrité physique et à la vie des policiers". Cette affiche est la deuxième du genre, après la diffusion le 19 avril d'un visuel aux mêmes références sanguinolentes, visant une violence directement imputée à la police.

Flash-ball et LBD pointés du doigt

S'ils évitent de brocarder la violence de l'institution ou des individus, des intellectuels, avocats et responsables politiques signent une tribune dans Médiapart pointant les dégâts du flash-ball et de sa version plus puissante, le lanceur de balles de défense (LBD). Arguant de la violence de ces instruments, ils signent ce réquisitoire en tant que "citoyens" et "parents" contre ces "armes intermédiaires" et rappellent qu'en raison de leur usage par les forces de l'ordre, un étudiant a perdu un œil lors de la manifestation du 28 avril contre la loi El Khomri à Rennes.

Clémentine Autain, Étienne et Françoise Balibar, Laurent Binet, Olivier Besancenot, Rokhaya Diallo, Robert Guédiguian, Edwy Plenel, Jean-Luc Mélenchon, Aurélie Filippetti ou Annie Ernaux, entre autres, évoquent les mises en garde du Défenseur des droits à ce sujet :

"Le 16 juillet passé, le Défenseur des droits, Jacques Toubon, a recommandé 'd’interdire l’usage' du Flash-Ball superpro 'dans un contexte de manifestation'."

L'Action des chrétiens pour l'abolition de la torture (Acat) a recensé au moins 39 personnes grièvement blessées et une décédée par des tirs de lanceurs de balles de défense ces dix dernières années en France. Parmi ces blessés, on dénombre 21 individus éborgnés ou qui ont carrément perdu la vue. L'association précise que ces victimes sont souvent jeunes : une sur trois était mineure au moment des faits.

La crainte d'un décès

Dans le même journal, Noël Mamère signe un édito au vitriol contre la politique du ministère de l'Intérieur à l'égard des manifestants, et le maintien de l'état d'urgence hérité du 13 Novembre, parlant de "gouvernance irresponsable". Il prédit un nouveau drame à la Malik Oussekine et énumère les responsabilités du gouvernement et de la police dans les violences qui ont émaillé les cortèges dimanche 1er mai, mais aussi lorsque 130 lycéens étaient interpelés le 5 avril en amont d'une manifestation contre la loi Travail.

À lire -> Une tête de mort du Punisher sur la matraque d'un policier crée le malaise

"Les apprentis sorciers au pouvoir sont en train d’éduquer une génération à la violence", prétend le député écologiste après avoir insisté sur le trouble entretenu d'après lui par la police entre casseurs et manifestants :

"Le gouvernement prend prétexte de la présence d’une minorité organisée dans la mouvance dite 'autonome' pour agir avec une telle violence. Certes, cette minorité, décidée à en découdre avec la police, existe. Personne ne le nie. Mais ce n’est pas en multipliant les provocations à l’intérieur même des cortèges que l’on y mettra un terme. D’ailleurs, pourquoi ces manifestants, isolés par les forces de l’ordre en fin de manifestation, ne sont-ils pas massivement interpelés ?

Décompte des policiers blessés, mais pas des manifestants

À la télévision, le ton monte le 28 avril sur Canal+ lorsque l'opposant au projet de loi Xavier Mathieu prend à partie Victor Robert, présentateur du JT du Grand Journal, lui reprochant de compter les blessés parmi les policiers, mais pas parmi les manifestants. Le journaliste n'a fait que citer les chiffres communiqués par le ministère de l'Intérieur, qui annonçait 214 interpellations à la suite de la manifestation et 78 policiers blessés.

C'est une tradition : les policiers blessés sont dénombrés, mais pas les manifestants. Pourquoi ? "Si les gens ne viennent pas porter plainte, on ne peut pas avoir de chiffres", répond la préfecture lorsque Metronews pose la question. Or même les chiffres des plaintes sont introuvables d'après Anthony Caillé, secrétaire général de la CGT Police de Paris qui affirme en avoir fait la demande sans avoir jamais reçu de retour.

Il précise d'ailleurs que "comme lorsque la préfecture minimise le nombre de participants à une manifestation", la fiabilité des chiffres des policiers blessés est à prendre avec précaution.

Par Théo Chapuis, publié le 03/05/2016