Violences policières : réclamation collective retentissante auprès du Défenseur des droits

Entre 66 et 68 personnes ont porté un dossier de réclamation collectif auprès du Défenseur des droits pour enquêter sur les violences policières dont elles estiment avoir été victimes lors de manifestations contre la loi El Khomri.

De nombreuses voix s'élèvent contre les violences policières qui émaillent les cortèges de manifestations contre la Loi travail et la Nuit debout (© CGT Publicis)

De nombreuses voix se sont élevées contre les violences policières qui ont émaillé les cortèges de manifestations contre la loi Travail et pendant la Nuit debout. À la veille d'une nouvelle manifestation, la saisine du Défenseur des droits sert d'avertissement aux forces de l'ordre. (© CGT Publicis)

Lors des manifestations du printemps dernier contre la loi Travail, c'est souvent la violence qui faisait la une. Violence de certains manifestants d'une part, mais surtout des forces de l'ordre, dont nous avons relevé les multiples bévues, ici-même.

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Mercredi 14 septembre, à la veille d'une nouvelle journée de manifestation aux allures de rentrée de la contestation, un groupe nommé Défense collective rend publique une saisine collective du Défenseur des droits, Jacques Toubon, effectuée le 19 juillet. Au total, il lui adresse entre 66 (d'après Le Monde) et 68 (d'après l'AFP) réclamations individuelles portant sur des violences policières, dans l'espoir d'enquêter.

"Alors que l'état d'urgence reste en vigueur, notre collectif, et bien d'autres, entend rendre visible une situation extrêmement répressive qui est en train de se normaliser", annonce un communiqué du collectif Stop aux violences policières, émanant de Défense collective.

Comme le note Le Monde, c'est la première fois qu'une démarche collective voit le jour. Elle pointe du doigt majoritairement un usage disproportionné de la force et l'utilisation non réglementaire de certaines armes qui ont occasionné de multiples fractures, brûlures et contusions.

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"La volonté d'humilier"

Dans les pages de Konbini, vous avez pu juger du climat délétère entre manifestants et gardiens de la paix chargés de faire régner l'ordre. Ainsi Adan, jeune lycéen de 15 ans tabassé par des policiers ; cette jeune femme mise à terre d'un coup de pied par un CRS en armure ; plus grave encore, Romain D., journaliste indépendant grièvement blessé par une grenade de désencerclement, manifestement lancée à l'aveugle par un agent de la compagnie de sécurisation et d’intervention (CSI).

Bien sûr, ce n'est pas tout. Dans le dossier déposé par l'association, on découvre d'autres témoignages de manifestants qui n'estiment pas avoir représenté de menace pour les forces de l'ordre. Et pourtant, coups de matraque délivrés au jugé, gaz lacrymogène projeté directement dans les yeux, jet de grenade dans le tibia, balle de défense au visage, journalistes chargés indifféremment des manifestants... Ces nombreux témoignages sont corroborés par des dossiers médicaux qui prouvent les blessures.

Au Monde, l'avocat Raphaël Kempf confirme le sentiment d'un abus de pouvoir ressenti par de nombreux manifestants qui s'estiment injustement violentés par la police : "On a vraiment le sentiment d’un usage quasi systématique de la violence, avec souvent la volonté d’humilier." On se rappelle à ce propos de ce policier avec le logo du "Punisher" sur sa matraque. Un personnage de la franchise de comics Marvel qui incarne la vengeance, pas la justice.

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Cazeneuve botte en touche

Interrogé à ce sujet au micro de France Inter mercredi matin, Bernard Cazeneuve est resté droit dans ses bottes, assurant qu'il y a eu "des sanctions [...] très significatives". Le premier flic de France a poursuivi sur l'air bien connu du classique "circulez, y'a rien à voir" :

"À chaque fois qu'il y a des policiers dont les agissements ne sont pas conformes à ce que sont les principes de droit et l'usage proportionné de la force, il y a systématiquement des sanctions."

Ce n'est pas ce que semble penser le collectif, qui a préféré organiser sa plainte auprès du Défenseur des droits, et non pas de la police des police, par souci d'indépendance.

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Alors que le ministre de l'Intérieur n'était pas en mesure d'estimer le nombre de policiers qui ont écopé de sanctions à l'antenne, il a déclaré qu'il communiquerait un chiffre "dans les heures qui viennent". On attend toujours.

Par Théo Chapuis, publié le 14/09/2016

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