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Les téléchargements légaux en chute libre face au streaming en 2015

Publié le

par Théo Chapuis

Le téléchargement perd peu à peu du terrain face au streaming, qui effectue un bond phénoménal. Les revenus de l'industrie de la musique se diversifient.

Les temps changent, les tendances d'écoute aussi (Crédits image : Hernan Pinera/Flickr)

Pour écouter, qui a dit qu'il fallait nécessairement posséder ? Selon des chiffres émis par l'institut Nielsen, le marché du téléchargement (légal) s'est considérablement affaissé par rapport à l'année dernière. Entre janvier et septembre 2015, les téléchargements légaux se sont réduits de près de 100 millions d'unités par rapport à la même période en 2014. En valeurs absolues, ce marché est passé de 850 millions de téléchargements à 755 millions cette année – ce qui fait craindre aux experts un déficit de 120 à 130 millions de téléchargements sur l'année totale.

Ces résultats sont à surveiller en parallèle avec les excellents chiffres du streaming : alors que 118 milliards de chansons étaient écoutées en streaming les neuf premiers mois de 2014, leur nombre a bondi pour atteindre 232 milliards sur la même période en 2015. Sans annoncer de données chiffrées, NME, qui a consulté les résultats de Nielsen, déclare que les téléchargements d'albums entiers "restent au même niveau" en dépit du succès des services de streaming.

Pour rappel, l'offre de services de streaming s'est considérablement étoffée en 2015 avec l'apparition de deux poids lourds dans le terrain de chasse des géants Spotify, Deezer, Pandora et consorts. Appuyé par une armée de pop stars, Jay Z lançait son propre service de streaming : Tidal. Peu après suivait la plateforme de la marque à la pomme : Apple Music. Malgré des résultats pas encore au rendez-vous, ces deux nouveaux venus ont montré que la tendance était à la curation de musique dans le secteur du streaming.

Le streaming payant à la rescousse de l'industrie musicale

Et en France ? Selon OÜI FM, le streaming par abonnement représente aujourd’hui plus du quart du chiffre d’affaires de la filière musicale, contre moins de 5% en 2008. Le Snep annonce que sur les six premiers mois de l'année, Internet représentait 43% environ de l'ensemble du marché français de la musique. En 2014, c'était 35%. Et ce en grande partie en raison du développement du streaming payant, qui a bondi de +65,9%.

Pourtant, en termes d'espèces sonnantes et trébuchantes, le streaming cherche toujours son décollage. Un rapport de la Recording Industry Association of America (RIAA), l’organisation des professionnels américains du disque, révélait la semaine dernière que sur les six premiers mois de 2015, la vente de ces bons vieux vinyles rapportait davantage que les revenus liés à la publicité sur les plateformes de streaming.

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L'industrie de la musique continue-t-elle donc sa chute ? Pas pour Joshua Friedlander, analyste de données, qui tempère auprès de Digiday :

On peut être plus optimiste qu'on l'a été par le passé. Les deux tiers du marché sont toujours occupés par les ventes physiques. Avant, c'était un modèle monolithique, désormais c'est un mélange de tout, les revenus sont plus divers et permettent des sources de revenus plus stables. [...]

C'est surtout grâce au bouche-à-oreille que les services de streaming ont grossi. Il n'y a jamais eu de gigantesque campagne publicitaire de la part de Spotify. Et lorsqu'un concurrent comme Apple se lance dans le jeu, cela génère forcément un tout autre niveau de conscience.

Rappelons toutefois que selon le Snep le chiffre d'affaires du marché de la musique enregistrée a baissé de 65 % depuis 2002. Le relai de croissance que constitue le streaming est donc le créneau à ne pas manquer... reste à monétiser les écoutes. Dans La Nouvelle République, Sylvain Dejean, maître de conférences à l'université de La Rochelle spécialisé dans l'économie numérique, rappelle la condition sine qua none :

Tout l'enjeu pour les plateformes de streaming est de déterminer comment faire basculer les consommateurs dans un modèle payant.

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