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Les Grammy Awards sont-ils de plus en plus à côté de la plaque ?

Publié le

par Aurélien Chapuis

Les nominations des Grammy Awards 2020 ont fait naître de nombreuses polémiques, notamment sur l'absence de The Weeknd.

Mardi 24 novembre, l’académie des Grammy Awards a publié ses nominations par catégorie pour l’année 2020 et elles ont tout de suite donné lieu à de nombreuses polémiques. Depuis plusieurs éditions déjà, cette cérémonie est remise en question et boycottée par des artistes importants comme Childish Gambino, J. Cole ou Kendrick Lamar.

Le manque de diversité est très souvent pointé du doigt, dans l’équité homme-femme, tout comme dans la représentation des minorités. Même si quelques avancées un peu maladroites se sont présentées aux cérémonies de 2019 et 2020, chaque édition se retrouve au centre de nombreuses critiques. Et celle qui va se tenir le 31 janvier 2021 sur CBS ne fait pas exception.

The Weeknd est le premier à exprimer sa colère. Alors qu’il comptait parmi les favoris, l’artiste n’a reçu aucune nomination pour son dernier album, After Hours, qui a pourtant rencontré un succès autant public que critique. "Un choc", selon le magazine Rolling Stone. Ayant été lauréat de plusieurs Grammy Awards dans le passé, Abel Tesfaye ne comprend pas cet oubli. Il crie au complot, à la corruption, et réclame plus de transparence de la part de l’institution. Selon lui, il est victime d’un conflit d’intérêts, car son show de la mi-temps du Super Bowl se tiendra à seulement une semaine d’intervalle de la cérémonie des Grammy.

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Et si Beyoncé, Taylor Swift et Dua Lipa sont les trois artistes en tête des nominations pour cette 63e édition, les femmes sont toujours sous-représentées dans la catégorie Meilleur album R’n’B. Un point souligné par Teyana Taylor avec une phrase cinglante déjà classique :

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En effet, aucune femme n’était nommée dans cette catégorie, alors même que Summer Walker, Brandy, Teyana Taylor ou Kehlani ont marqué l’année avec des albums forts. Les votants de l’académie ont aussi occulté certains des plus grands succès rap de l’année, comme Lil Uzi Vert, Lil Baby, Aminé ou Roddy Ricch, complètement absents ou rangés dans des catégories peu gratifiantes. 

Cette nouvelle édition des Grammy Awards semble une nouvelle fois marquer un certain manque de reconnaissance envers la culture afro-américaine dans la musique. L’organisation des catégories et les choix dans leur ensemble ne sont pas représentatifs de la culture actuelle ni de son évolution. Alors que l’impact des Grammy Awards reste important dans l’inconscient collectif, ces oublis sont sources de toutes les polémiques dans une année marquée par le mouvement Black Lives Matter.

Il y a plus de 30 ans déjà, pour la première édition qui présentait une catégorie rap, le choix de Fresh Prince & DJ Jazzy Jeff avait fait polémique. Le boycott avait été alors sans appel tellement le décalage entre le développement exponentiel du rap à l’époque et les nominations poussiéreuses des Grammy Awards faisait office de gouffre.

Et ce dénigrement n’est pas uniquement présent avec l’avènement du rap. Little Richard l’évoquait déjà en 1988 sur la scène des Grammy Awards en remettant une récompense ; il rappelle qu’il n’a jamais été représenté à sa juste valeur dans les catégories rock, alors que tous ses copieurs ont récupéré les trophées.

L’académie est lente et difficile à faire évoluer. Mais le fossé se transforme en abysse. Ainsi la catégorie Meilleur album rap cette année ne comprend quasiment que des hommes de plus de 40 ans avec un style très largement classique, voire académique : Jay Electronica (avec Jay-Z sur la plupart des titres), Nas, Freddie Gibbs produit par Alchemist, Royce Da 5’9". On se croirait en 2002, voire dans les années 1990 pour certains. Aucune femme dans cette catégorie, aucun artiste émergent.

Même si les albums sont très bons au demeurant et que cette sélection met en avant des projets construits et indépendants que nous avons vraiment aimé, ce conservatisme de façade attire les railleries de nombreux artistes aux succès critiques et populaires. Ils ne comprennent plus pourquoi les Grammy Awards ont autant d’aura dans l’industrie musicale.

Ces critiques constantes sont très egocentrées et ambiguës car elles se présentent très souvent sous la forme suivante : "Pourquoi je ne suis pas nommé ?" Mais ces polémiques soulèvent toujours, année après année, l’énorme problème d’une musique en évolution constante, destinée à un public théoriquement très jeune, mais jugée par des votants des Grammy Awards vieillissants et plutôt fermés aux usages actuels de la musique. 

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