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Et si le "First Kiss" LGBT était le plus authentique ?

Publié le

par François Oulac

La publicité "First Kiss" a fait l'objet d'un nouveau détournement jeudi, dans lequel des personnes homophobes enlacent des gays et lesbiennes. Un bel exemple de ce qu'aurait pu être la vidéo originale, sans visée purement commerciale. Disclaimer : cette analyse n'engage que moi.

S'il est un contenu qui n'en finit plus de faire "buzzer" les internets depuis la semaine dernière, c'est bien la vidéo "First Kiss". Exposition inespérée pour la chanteuse Soko, parodies, la mécanique virale a fonctionné à plein régime pour cette vidéo réalisée par Tatia Pllieva. Malgré le fait qu'on ait appris, peu après sa mise en ligne, qu'il s'agissait d'un spot publicitaire pour la marque de vêtements Wren.

Aujourd'hui jeudi, un nouveau détournement a été effectué, cette fois par The Gay Women Channel, une chaîne YouTube pro-LGBT. On y voit des personnes se revendiquant homophobes faire un câlin à des gays et lesbiennes.

Ou comment se rendre compte que tous les humains se ressemblent, par-delà les différences d'orientation sexuelle.

Pourquoi évoquer cette énième parodie d'un clip dont la hype commence déjà à retomber ? Parce qu'à mon avis, celle-ci a du sens, contrairement à "First Kiss", qui n'est qu'un bel exemple d'emballement du Net et de démagogie de la communication virale.

Vrais-faux baisers

Le succès de "First Kiss" pose un problème : celui de l'ingérence de la communication dans l'art (ou vice-versa). Les protagonistes sont beaux, bien sapés, timides à l'idée de s'embrasser pour la première fois. Et il est vrai qu'ils ne se connaissaient vraiment pas avant l'expérience. Mais cette vidéo, si touchante et aux réelles influences artistiques, aurait-elle été reçue de la même manière si les internautes avaient su dès le début qu'il s'agissait d'un film à visée commerciale ? Simple donnée de recadrage pour certains, vrai problème d'interprétation de l'image pour d'autres.

On ne peut nier l'originalité de "First Kiss" ni son esthétisme (et la qualité de sa musique). Mais il ne faut pas oublier que l'origine de cette vidéo, révélée en différé, joue un rôle sur sa perception. En ce sens, "First Kiss" appartient à une longue lignée de baisers romancés dans la culture pop puis démythifiés. Le Baiser de l'Hotel de Ville de Robert Doisneau ? Des comédiens mis en scène. Le Baiser de Times Square d'Alfred Eisenstaedt ? Une agression sexuelle.

"Le baiser de l'Hôtel de Ville" (1950, Robert Doisneau)

Il s'agit simplement de rappeler ici que l'absence de contextualisation d'une œuvre peut créer, au choix, un décalage, un malentendu voire une déception vis-à-vis de cette dernière. Vous l'aurez compris, je trouvais "First Kiss" trop kikou au début, puis je me suis senti trahi par ces salauds de publicitaires qui ont joué avec mon cœur.

Merci Vice

Alors certes, "First Kiss" n'est pas exactement une abomination engendrée par des pourritures capitalistes pour nous faire consommer des chiffons. Mais ce n'est pas exactement non plus la démarche artistique que j'imaginais au départ : capter un vrai moment d'intimité humaine pour créer une émotion.

C'est pourquoi ce détournement LGBT, ou encore cette version proposée par Vice où de "vraies" personnes s'embrassent pour la première fois, constituent finalement ce qu'aurait pu être la vidéo de Tatia Pllieva. Ou ce qu'elle aurait être. Question de point de vue.

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