AccueilCinéma

Vincent Cassel : entretien avec un monstre du cinéma français

Publié le

par Louis Lepron

Présenté en compétition officielle, Juste la fin du monde voit la crème du cinéma français jouer des coudes autour d'une tablée dramatique. Parmi les acteurs de luxe, on trouve Vincent Cassel. On l'a rencontré dans les dédales du Festival de Cannes.

Au sixième étage du palais des Festivals, centre névralgique de Cannes en ce mois de mai, se déroule un drôle de cirque. Sur la terrasse, on croise Gaspard Ulliel, qui boit un verre de vin au soleil, et Nathalie Baye, qui répond aux questions de journalistes. Et puis il y a Xavier Dolan qui, pressé et stressé, semble chercher quelque chose entre ses gencives, cure-dents dans la main gauche, miroir dans celle de droite.

C’est normal : le casting de son film, Juste la fin du monde, est en promo. Les attachés de presse, feuilles entre les doigts, font signe aux journalistes : "Deux minutes et c'est à toi !" Les secondes sont comptées, l’objectif est que les noms des médias inscrits soient progressivement rayés de la liste.

Derrière un rideau noir, Vincent Cassel. Le regard bleu qui ne vous lâche pas, il sert la main de manière énergique, avec un grand sourire. Les mots qui viennent quand on le rencontre pour la première fois ? Avenant, hyperactif, dynamique, charismatique, intéressé.

Vincent Cassel en promo pour Juste la fin du monde, à Cannes (Crédit Image : Louis Lepron)

On est loin de l’image de son personnage d'Antoine dans Juste la fin du monde, un type violent, vulgaire et antipathique au possible. Avec quatre minutes à notre compteur, on a essayé d’en savoir plus sur son implication dans le dernier projet de Xavier Dolan.

Konbini | Vous avez presque trente ans de carrière derrière-vous : est-ce que vous cherchiez un certain danger en disant oui à Xavier Dolan, une forme de risque ?

Vincent Cassel | Non : c’est un mec talentueux, il possède une énergie folle, il a cette fougue, qui est peut-être aussi liée à son âge. Moi, je trouve ça très important de travailler avec des mecs comme ça qui arrivent et qui ont encore tellement faim. C’est d’ailleurs un peu comme ça que j’ai commencé et c’est comme ça que j’ai continué.

Pendant une grande partie de mes débuts, je n’ai travaillé qu’avec des mecs de mon âge, je refusais de travailler avec des cinéastes plus vieux. Quand mon père est décédé, j’ai commencé à travailler avec des mecs qui avaient son âge. Comme quoi, c’était lié. Par la suite, j’ai bossé avec beaucoup de mecs plus jeunes que moi, avec la clique de Kourtrajmé : Kim [Chapiron, ndlr], Romain [Gavras, ndlr].

L’important, après, c’est que les gens aient du talent. Et puis, il y a toujours quelque chose qui m’est apparu, c’est que dans les premiers films, dans la première partie d’une carrière, il y a quelque chose d’extrêmement instinctif. Moi, cette énergie me convient très très bien.

C’était quoi l’image que vous aviez de Xavier Dolan avant d’accepter le rôle?

J’ai découvert Xavier Dolan en interview. Je trouvais qu’il avait un charme fou, une énergie débordante, il avait truc qui donnait envie de le regarder : "Mais qui c’est ce mec qui débarque là-dedans avec cette assurance ?" Après j’ai vu ses films. Je ne m’étais pas mis dans la tête : "Oh, faut absolument que je travaille avec lui." Du coup, quand il m’a appelé, je savais qui il était. J’étais ravi.

À lire -> Juste la fin du monde : un Xavier Dolan grandiose

En 2002, à la sortie d’Irréversible de Gaspar Noé, vous disiez que vous n’aviez pas encore trouvé vos "limites". Vous les cherchez toujours ou vous pensez les avoir dépassées ?

Ça dépend, parce que tout ça c’est exponentiel. Il y a des endroits ou je sais que j’ai des limites, y en a d’autres où je ne sais pas encore. Des endroits dans lesquels je sais ce que j’ai pas envie de faire. Et puis il y a tout un autre aspect où j’essaie justement de me surprendre moi-même.

Vincent Cassel et Monica Bellucci dans <em>Irréversible</em> de Gaspar Noé.

C’était le cas sur le tournage de la fin de Juste la fin du monde ? Est-ce qu’il y avait cette spontanéité à laquelle vous tenez tant ? Ou alors tout était très construit autour de la pièce de théâtre de Jean-Luc Lagarce ?

La pièce de théâtre, je n’y ai jamais pensé comme un poids. En fait, là où je me rends compte que je continue d’avancer, c'est par ma capacité à m'adapter. Je me rends compte que plus on a confiance en soi, moins on a de problèmes pour s’adapter aux autres. Je le découvre, c’est pas un truc volontaire.

Je me rends aussi compte que maintenant il y a beaucoup de choses qui me vont. Avant, j’avais tendance à vouloir délimiter mon terrain, à vouloir m’affirmer, à dire "moi". Maintenant, je m’en fous un peu. C’est à dire que j’arrive sur le plateau, je vois comment ça se passe, et je m’adapte. Après je peux en tirer des conclusions, mais en tout cas je joue le jeu à 100 %.

Ce Dolan, c’était un tournage difficile ?

Y a pas de tournage difficile. Un tournage difficile c’est un tournage qui ne marche pas. Quand le processus créatif est fluide, ça peut être intense oui, mais c’est pas difficile. Difficile, c’est quand ça bloque.

Le casting de Juste la fin du monde est fort : vous n'avez pas eu peur qu’il y ait une bataille d’ego entre gros acteurs français ?

Mais non, mais il n’y a pas de gros acteurs français…

Un petit peu, quand même..
.

D’abord, Nathalie et moi on est les deux plus âgés de la bande. Ça reste des gens qui, dans l’esprit, sont très jeunes. Il n’y a pas de raison pour qu’il y ait des batailles d’ego sur un plateau. C’est complètement ridicule. On est là, c’est un truc d’équipe, il faut que ça se passe bien, c’est une fête, c’est un plaisir d’être là. Tous les gens sur le plateau, ce sont des personnes pour lesquelles j’ai de l’admiration.

J’étais ravi de travailler avec Gaspard, Marion, Nathalie. J’étais vraiment content. Quand les gens se sentent aimés, y a aucune raison qu'ils mettent leur ego en travers. En général, si les gens dressent leur ego, c’est parce qu’ils se sentent mal aimés.

À voir aussi sur konbini :