Lords of Dogtown.

Le skate en 5 films indispensables

Alors que "90's" va sortir dans les salles françaises, on s'est penché sur 5 longs-métrages skate indispensables.

Les vrais bons films sur le skate, ça se compte sur les doigts d’une main. De sa naissance en Californie après la Seconde Guerre mondiale à son arrivée prochaine aux Jeux olympiques de Tokyo en 2020, ce qui est avant tout un mode de vie et une culture à part entière, aux réflexes et critères particuliers, n’a eu que peu de retranscriptions dans le septième art.

Alors que Jonah Hill sort son tout premier film, abordant son adolescence à travers la culture skate californienne du milieu des années 1990, on s’est penché sur le meilleur du skate au cinéma. Car si la planche à roulettes a bien une particularité dans les salles obscures, c’est une intrication évidente avec la réalité, à travers une forme documentaire qui revient sur de grandes périodes de la vie de la culture comme de ses pratiquants.

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Les Seigneurs de Dogtown : le skate à la racine

Impossible de le rater. Dans les années 2000, il y avait deux types de seigneurs au cinéma : ceux de J.R.R. Tolkien, adaptés au cinéma par Peter Jackson à travers sa trilogie, et ceux de Catherine Hardwicke. Dans Les Seigneurs de Dogtown, ils se nomment Stacy Peralta, Tony Alva, Skip Engblom et feu Jay Adams, et faisaient partie d’une jeunesse californienne qui s’ennuyait du bitume et des étés chauds de Los Angeles.

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On est en 1975 et la Californie fait face à une canicule sans précédent. Contraints, de nombreux habitants de la Cité des anges doivent vider leur piscine. Une aubaine pour les Z-Boys après leur session surf près de Santa Monica. Les piscines, vidées de leur eau, se transforment en un terrain de jeu qui va révolutionner la pratique, le relief comme l’ensemble des tricks skate. Une nouvelle manière de rider est née, et plus rien ne sera jamais comme avant.

Wassup Rockers : le skate façon Larry Clark

Si Les Seigneurs de Dogtown avait eu une suite cinématographique comme Hollywood sait si bien les faire, il faudrait se tourner vers la filmographie de Larry Clark. Et si Kids était la face A de la carte de visite du cinéaste américain, on y trouverait au dos un film-documentaire au doux de nom de Wassup Rockers.

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En 2006, le réalisateur américain ramène ainsi le spectateur dans les faubourgs de Los Angeles. On y suit des jeunes skaters latinos, au sein du ghetto noir de South Central, se balader du côté des quartiers huppés de Beverly Hills. Dix ans après Kids, Larry Clark se renouvelle et nous offre une autre manière de voir le skate : comme une sous-culture n’ayant aucune frontière, sans tomber dans les méandres d’un message politique ordinaire et attendu, tant sa vision de documentariste vient prendre possession de la fiction.

The Skate Kitchen : le skate politique

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Le skate change, s’adapte, et évolue constamment : c’est, peu ou prou, le message de Skate Kitchen, un film-documentaire réalisé par Crystal Moselle qui tourne autour d’une bande de skateuses formant un collectif du même nom, The Skate Kitchen.

Fondé par Rachelle Vinberg, Dede Lovelace, Nina Moran, Ajani Russell et Kabrina Adams, il incarne à la perfection l’émergence et une plus grande visibilité des femmes dans un milieu jusque-là considéré comme masculin, à l’instar, finalement, du milieu du septième art.

Dans un entretien pour Highsnobiety, Crystal Moselle précisait sa ligne directrice : "J’avais juste envie de montrer, sans essayer de dramatiser les choses, la façon dont elles vivent leur quotidien de skateuses, précisément avec ce genre de moments vécus".

À l’image de Lizzie Armanto qui faisait la couverture de Transworld Skateboarding, The Skate Kitchen dépeint des femmes qui se cherchent, tombent, se font mal et se relèvent aussi vite sans aucune forme d’appréhension, que ce soit derrière comme devant la caméra.

Il en résulte un long-métrage lumineux qui nous immerge beaucoup plus intimement et profondément au cœur des relations unissant ce groupe de jeunes femmes inspirantes, dépeignant au passage un tableau aussi beau que touchant de la jeunesse new-yorkaise.

Minding the Gap : le skate comme construction

Minding the Gap est une vraie surprise. Une surprise cinématographique qui aura marqué l’édition 2018 de Sundance, faisant de ce long-métrage à la fois celui qui a été le mieux noté par l’ensemble des critiques et, surtout, le meilleur documentaire du festival américain créé par Robert Redford – il a en effet été récompensé par un “Documentary Special Jury Award for Breakthrough Filmmaking”. Et s’il y a bien quelqu’un dont il faut retenir le nom, c’est Bing Liu, son réalisateur, comonteur, coproducteur qui fait aussi partie des personnes montrées à l’écran.

Car Bing Liu a créé l’impossible : à la manière d’un Richard Linklater qui s’était penché, fiction à l’appui, sur une famille pendant près de 12 ans (Boyhood), ce réalisateur américain a passé plus de 10 ans à suivre sa bande de potes, dans la ville où il a grandi, Rockford, dans l’Illinois.

Et plus précisément 12 années, pendant lesquelles il vient évoquer, avec du skate en arrière-plan, comment les espoirs peuvent s’évanouir, comment les enfants d’alors deviennent des adultes aux rêves brisés. On croise ainsi Zack, du haut de ses 23 ans, remettant en cause son couple, alors qu’il vient d’avoir un enfant. Ou encore Keire, 17 ans, qui essaie tant bien que mal de se remettre de la mort de son père. À travers le skate, le septième art et le médium du documentaire, Bing Liu laisse un message : il vaut mieux parfois avoir les yeux grands ouverts et observer que d’essayer de comprendre. Minding the Gap en est la preuve.

90’s : le skate nostalgique

Si Les Seigneurs de Dogtown retranscrivait de manière habile l’émergence comme les enjeux de l’évolution du skate dans le milieu des années 70, 90’s de Jonah Hill s’efforce de poser la caméra. De suivre tranquillement le quotidien joyeux, alcoolisé, euphorique et surtout créatif d’une bande de skaters californiens, entre une soirée, le skateshop du coin, les spots de skate rapidement dégagés par les flics, alertés par les riverains.

En tête d’affiche, on trouve avant tout Sunny Suljic, aka Stevie, puis surnommé "Sunburn" par sa nouvelle team de potes dans le film. Révélé dans Mise à mort du cerf sacré de Yorgos Lanthimos, le jeune acteur transperce l’écran, par sa naïveté, son rapport enthousiaste à une culture skate qui agit en lui comme une ouverture au monde, a contrario de sa vie qu’il mène avec sa mère et son grand frère.

À travers une superbe photographie, une soundtrack authentiquement nostalgique (de Nirvana au Wu-Tang) affiliée à une bande-originale sublime (merci Trent Reznor et Atticus Ross) et des acteurs-skateurs convaincants, Jonah Hill impressionne et produit un film clé dans l’univers du skate. Pour tous les enfants des années 1990 qui ont désormais la trentaine passée, il fallait bien 90’s.

Par Louis Lepron, publié le 23/04/2019

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