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"J’ai vite su qu’il était important que la vie soit une fête" : Olivia Côte, une actrice foldingue à suivre

Publié le

par Lucille Bion

Imprévisible et inclassable, Olivia Côte rayonne dans deux films ce mois-ci, Larguées et La Fête des mères. L’occasion de passer cet ovni chaleureux au scanner.

(© 74 Films/LGM/Ken Group)

Elle a déjà une belle carrière mais reste presque inconnue du public mainstream. Olivia Côte est ce genre d’actrice dont on connaît le visage, mais pas forcément le nom. Pourtant, du haut de ses quarante ans, elle a déjà 20 ans de carrière dans le spectacle.

Les Gazelles, Elle l’adore, Scènes de Ménages, L’Effet aquatique Cette grande blonde commence à accumuler les projets. Ce mois-ci, elle est à l’affiche de La Fête des mères (qui sort aujourd’hui) et de la comédie rafraîchissante Larguées aux côtés de Camille Cottin et Miou-Miou.

Grande gueule libre et féministe dans l’un, elle est priée de jouer la bébête de service dans l’autre. Surfant ainsi, et avec justesse, sur ces multiples visages, Olivia Côte méritait bien de passer un interrogatoire. Histoire de comprendre qui est cet électron libre.

"Quand tu es enfant, tu peux te mettre par terre, poser plein de questions aux gens et devenir la meilleure amie de quelqu’un en deux minutes. Quand t’es adulte, tu ne peux plus faire ça. "

(© Calt Productions)

Moins sérieuse qu’elle ne pouvait le laisser penser, la comédienne commence à raconter son histoire au bout du fil, laissant régulièrement échapper un rire malicieux : son été en Bretagne, sa mère institutrice et puis son père, un ancien danseur classique qui lui permet de faire le grand écart entre les banalités protocolaires et sa passion :

"J’ai passé mon enfance dans des cours d’école et le samedi soir devant des ballets classiques à l’Opéra. Je pense que j’ai su assez vite que c’était important que la vie soit un peu une fête. Que les gens autour de nous puissent rire, qu’on soit dans des rapports intimes. Dès que j’étais dans des dîners avec d’autres adultes que mes parents, je les trouvais assez ennuyeux. Ma mère est plus sérieuse que mon père : lui, il est tellement original, drôle. Dès que je vais faire des boutiques avec lui, c’est un one-man show. Je pense qu’il m’a vraiment appris à donner de la liberté à mon quotidien."

Du social au cinéma

Une fois le bac en poche, elle termine ses études d’histoire de l’art et part bosser dans des lycées de zones difficiles pour renforcer le français des jeunes, enfants d’immigrés. Freinée par ses 22 ans, âge durant lequel les épaules ne sont pas assez solides, elle abandonne ce combat pour écrire des pièces de théâtre.

La première ? Vu de la Lune on est tous bleu. Une pièce qui raconte la difficulté de quitter l’enfance, d’accepter d’être adulte. Forcément inspirée par ses émotions, l’image des adultes qui l’entouraient et certains codes communautaires, elle souligne le manque de spontanéité et de poésie dont font preuve les hommes.

Forte de cette première expérience théâtrale, elle rentre au Théâtre national de Strasbourg à 24 ans pour devenir metteure en scène. Ses trois ans de formation lui permettent de se faire un réseau et de monter une troupe avec laquelle elle tournera dans des cabarets.

Vous les Femmes, la série au succès mondial

(Judith Siboni et Olivia Côte. © Teva)

Mais c’est son amitié avec Judith Siboni qui lui permet de s’évader à travers la création. BFF depuis l’adolescence, elles ont batti à quatre mains un empire repris depuis, par Teva et la BBC. Leur série à tonalité ironique, intitulée Vous les femmes, n’est peut-être pas très populaire en France mais – promet-elle –, est très réputée aux quatre coins du monde :

"C’était la première fois que je rencontrais une fille comme ça qui, à 13 ans avait envie de continuer à rigoler, à jouer comme des petits, à grimper dans les arbres… à rire quoi. Mon truc à cet âge, c’était pas le flirt et la drague. Toutes les deux, on passait nos heures de cantine à imiter des animaux ou des personnages dans le gymnase du collège. On était deux enfants en continuité, pas attardés (je déteste ce mot). Et à 30 ans, on avait toujours envie de se poiler donc on a lancé Vous les femmes. Pendant 10 ans et 5 saisons, c’est passé sur Teva, en Angleterre sur la BBC, en Italie, en Allemagne, aux Philippines…"

Actrice en construction

Depuis, la Parisienne s’est lancée, déterminée, dans sa carrière d’actrice. Son premier casting ? Elle peine à s’en souvenir mais se rappelle une allure qu’elle juge aujourd’hui ridicule :

"Je sais juste que c’est pas un bon souvenir. Je me revois tétanisée. En talons, trop maquillée à me dire qu’il faut que je me tienne bien, que je ne sois pas trop moche. Maintenant, je ne me pose plus du tout ces questions-là : j’en ai plus rien à fiche."

Sur la longue route qui l’a menée au grand écran, Olivia Côte a notamment croisé le chemin de Julia Ducournau qui vient d’exploser avec Grave. À l’époque en 2012, cette dernière préparait avec Virgile Bramly un téléfilm pour Canal +, Mange. C’est sur le tournage qu’Olivia Côte a fait la connaissance de Camille Cottin, la future Connasse de la chaîne cryptée :

"Le tournage n’a duré qu’un jour. On était comme deux débiles à mater la beauté de Julia. Deux petites poules en admiration devant cette femme qui était extrêmement calme. Un souvenir de beauté et de douceur. Elle avait l’air comme un poisson dans l’eau."

Six ans plus tard, les deux amies se retrouvent donc dans Larguées, à enchaîner les blagues parfois débiles mais toujours revigorantes. Bientôt, notre petit coup de cœur sera à l’affiche du nouveau film de Jeanne Herry, Pupille avec Sandrine Kiberlain, Gilles Lellouche, Élodie Bouchez, Miou-Miou et Stéfi Celma. Jeanne Herry, fille de Miou-Miou et Julien Clerc, est notamment connue pour avoir écrit et réalisé quelques épisodes de Dix pour cent et surtout Elle l’adore, dans lesquels Olivia Côte a décroché de petits rôles.

À en lire sa filmographie croissante, notre actrice loufoque et lumineuse commence sérieusement à s’incruster dans le paysage français grâce à ses multiples talents : l’acting, l’écriture et surtout… la fantaisie.

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