Avec ses dessins colorés, Cécile Dormeau décomplexe le corps des femmes

Du haut de ses 27 ans, Cécile Dormeau dézingue le diktat d'un corps féminin idéal et célèbre la diversité de la femme, sous toutes ses formes et ses couleurs. Rencontre avec une artiste qui fait du bien.

© Cécile Dormeau

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Comme nombre d'entre nous, Cécile Dormeau réalise ses premiers dessins pendant l'enfance, en peuplant des feuilles blanches de mondes imaginaires faits "de maisons, de soleils et d'animaux". C'est à l'adolescence que son dessein, celui de "dédramatiser l'image [des femmes]", comme elle nous le dira, se précise réellement. "Je faisais pas mal d’autoportraits sur mes propres complexes et ceux des autres filles autour de moi, nous raconte l'artiste. Cette thématique de la haine de soi, et de son corps, revenait assez souvent, et plus tard, j’ai décidé d’axer ces dessins sur l’acceptation de soi."

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Depuis, la jeune femme originaire de banlieue parisienne ne s'est jamais arrêtée de tacler, non sans humour, toutes les "imperfections" (un terme qu'elle prend bien soin d'enrober de guillemets) dont se plaint son entourage féminin. Elle s'est inspirée des conversations entretenues avec ses sœurs ou par un selfie posté sur Instagram par une amie. Son Tumblr regorge de dessins drôles, colorés et parfois animés qui donnent à voir une multitude de filles (qu'elles soient tatouées, poilues ou boutonneuses), redéfinissant l'image du corps féminin et brisant le stéréotype de la "femme parfaite", véhiculé par les marques et les médias. La jeune Française poursuit :

"[...] J’ai commencé à faire ces illustrations quand je me suis rendue compte à quel point mes amies, mes sœurs (et moi-même) nous plaignions constamment de ce qui n’allait pas dans nos corps. La beauté n’est pas du tout une question de morphologie, et c’est complètement normal d’avoir des 'imperfections'. On ne voit jamais de femmes avec des bourrelets, des poils ou des vergetures dans les médias, donc on a tendance à penser qu’on est horrible si on en a. Je voulais juste dessiner les filles comme elles sont.

Les critiques qu’on peut recevoir sur notre physique peuvent être hyper agressives et très blessantes, et j’aimerais que mes illustrations soient comme une sorte de câlin virtuel pour dire aux gens qu’ils ne sont pas seuls à lutter contre leurs problèmes et leur manque de confiance en eux. J'ai envie de leur dire qu’ils sont très biens tels qu’ils sont, avec leurs défauts et leurs qualités. Si les gens arrivent à se reconnaître dans mes illustrations et à en rire, ça peut peut-être les aider à s’accepter plus facilement, à dédramatiser leur image et à se questionner sur ce que la société attend de nous."

© Cécile Dormeau

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"Être fier de ses petites victoires"

Mais Cécile Dormeau ne fait pas que dans le paraître, puisqu'elle aborde également le sujet des émotions négatives et de la dépression, dont elle a elle-même été atteinte il y a quelques années. "Avec les réseaux sociaux, on veut montrer une image de soi toujours heureuse, positive et brillante, sans jamais un seul nuage, constate-t-elle. Mais là aussi : c’est normal d’être parfois triste, déprimé ou énervé, et il n'y a pas à se sentir coupable de ça. On ne peut pas toujours tout contrôler, il faut accepter et s’autoriser à aller mal de temps en temps."

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D'ailleurs, l'un des dessins dont elle est la plus fière évoque la dépression. Intitulé "Congrats for your Shower", il invite les personnes déprimées à être fières de "leur petites victoires""Je souffrais de dépression lorsque j’ai dessiné l’illustration 'Congrats for your Shower', commence-t-elle. Quand on est déprimé, les gens autour de nous nous disent de nous bouger le cul et de faire des efforts car on a tout pour être heureux. Sauf que ce genre de discours n’aide pas du tout." Elle poursuit :

"Dans ces moments-là, chaque petite chose semble impossible à faire, même les choses basiques comme s’habiller, nettoyer son appartement ou prendre une douche. Avec ce dessin, je voulais dire aux gens déprimés d’être moins durs avec eux-mêmes, et d’être fiers de leurs petites victoires, étape par étape.

Après avoir publié ce dessin, j’ai reçu beaucoup de messages, qui m’ont touchée. Les gens m’ont remerciée en me disant qu’ils se reconnaissaient, qu’ils se sentaient moins seuls et que cela les encourageaient. [...]"

© Cécile Dormeau

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"Féministe" ?

En plus d'inviter les femmes (et les êtres humains en général) à accepter leurs corps et leurs émotions, Cécile Dormeau dénonce également le harcèlement sexuel. Un véritable fléau, notamment en France où une femme sur deux préfère porter un pantalon dans les transports en commun, et que notre artiste aborde pourtant avec beaucoup d'humour. "Je pense que c’est hyper important de trouver de l’humour dans des sujets aussi complexes, analyse-t-elle justement. Rire de ce qui nous fait peur, de ce qui nous fait mal, ou de ce qui nous oppresse est pour moi la meilleure façon de se valoriser, de prendre confiance, et aussi de rendre les gens plus conscients de certains problèmes."

© Cécile Dormeau

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Avec son travail d'illustration, il va sans dire que Cécile Dormeau s'inscrit dans ce que nombreux ont nommé "la quatrième vague féministe", portée par des figures comme Lena Dunham ou Chimamanda Ngozi Adichie qui, grâce à leur discours et leur visibilité, exhortent la société à sortir de son carcan sexiste, tout en encourageant les femmes à s'accepter telles qu'elles sont.

Pour autant, l'illustratrice n'est pas une adepte du terme "féministe", une "étiquette" qui n'a pas de raison d'être selon elle. "J’avais bien aimé la réponse de Maisie William quand on lui avait demandé si elle se considérait comme féministe, commente l'illustratrice. Elle avait répondu : 'J'ai l'impression qu'on devrait arrêter d'appeler les féministes des 'féministes' et, à la place, nommer ceux qui ne le sont pas des 'sexistes' - tous les autres sont simplement humains. On est soit une personne normale soit une personne sexiste. Les étiquettes sont pour les mauvaises personnes'. Le féminisme, c’est l’égalité entre les hommes et les femmes alors pourquoi coller une étiquette sur quelque chose de normal." 

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Retrouvez plus d'illustrations de Cécile Dormeau sur son site ou son compte Instagram.

Par Naomi Clément, publié le 25/10/2016

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