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Encore mieux que les huîtres, le juteux business des huiles usagées sur l’île d’Oléron

Publié le

par Eve Chenu

Une denrée qui vaut de l’or.

Encore mieux que les huîtres, le juteux business des huiles usagées sur l’île d’Oléron

© Getty Images

Après la saison des huîtres, place à celle des… huiles usagées. Sur l’île d’Oléron, en Charente-Maritime, l’association Roule ma frite 17 collecte depuis quinze ans ce déchet issu de la restauration, convoité par l’industrie des biocarburants qui le rachète désormais à prix d’or.

L’organisme récupère chaque année plus de 100 tonnes d’huiles alimentaires usagées auprès d’environ 340 restaurateurs et collectivités locales de l’île ou du proche continent. Dans un entrepôt situé dans le bassin de Marennes, elle filtre ses “meilleures huiles” – les moins sales – et les valorise au profit de l’économie locale, sous forme de nettoyant pour coques de bateaux ostréicoles ou encore d’huile pour tronçonneuse. De l’écologie “pratique” visant à créer de “nouveaux métiers dans l’univers du recyclage et de l’économie circulaire”, explique le président de l’association et hôtelier-restaurateur Patrick Rosset.

Jadis jetées au tout à l’égout, elles polluaient les nappes phréatiques et altéraient le traitement biologique des stations d’épuration. “La Communauté de communes d’Oléron a économisé plusieurs milliers d’euros sur le curage des canalisations la première année”, plaisante Grégory Gendre, fondateur de l’association et ancien maire de Dolus-d’Oléron. L’autre partie de la collecte est revendue à des grossistes puis à de grandes raffineries qui l’utilisent pour produire du biocarburant contenu dans le diesel B7 ou B10 disponible à la pompe.

Une huile en or

Tout est bon à prendre, des huiles végétales aux graisses animales. Avec la flambée du prix de l’huile de tournesol, qui frôle les quatre euros le litre, Boris Rabillon, à Oléron, a décidé de basculer à l’huile de palme, moins chère, tandis que d’autres préfèrent se tourner vers la graisse de bœuf. En dix ans, cet appétissant marché a connu des périodes agitées et les compteurs ont explosé. “En 2015, le prix de rachat à la tonne oscillait entre 300 et 400 euros. Ni les Américains ni les Chinois ne recyclaient leurs huiles usagées, récupérées par des acteurs du biocarburant comme [les Français] Total ou Veolia”, raconte Grégory Gendre.

Pandémie de Covid-19 et guerre en Ukraine n’ont pas arrangé les choses : moins de frites, donc moins d’huile à la sortie et bim, la barre des 1 000 euros a été franchie”, poursuit-il. “Maintenant, c’est de l’or !”, lance Patrick Rosset, au point que l’huile usagée fait désormais l’objet de vols à répétition dans l’Hexagone.

Konbini food avec AFP

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