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Pourquoi Andor est le meilleur spin-off Star Wars depuis Rogue One

Publié le , modifié le

Par Adrien Delage

Une série Star Wars plus sombre et plus adulte, qui décortique le système fasciste de l’Empire comme jamais vu dans la saga auparavant. Attention, spoilers.

Pourquoi Andor est le meilleur spin-off Star Wars depuis Rogue One

© Disney+

Avec The Mandalorian lancée en novembre 2019, Disney assurait aux fans que le renouveau de Star Wars se déroulerait sur le petit écran. Désormais, le studio américain compte capitaliser sur sa plateforme Disney+ avec des séries inédites, après avoir temporairement abandonné le cinéma suite aux critiques très clivantes sur la dernière trilogie. Ces œuvres dérivées sont centrées sur des personnages et des temporalités qui viennent combler un peu plus la déjà très étendue saga Skywalker et jouer la carte du fan-service.

Mais la hype est un peu retombée ces derniers mois à la suite de quelques désillusions, dont la mini-série Obi-Wan Kenobi, pas à la hauteur de ses ambitions, et Le Livre de Boba Fett, un spin-off plutôt fade qui s’apparentait officieusement comme la saison 2.5 de The Mandalorian.

Oui mais voilà, Disney et Lucasfilm ont encore des surprises en réserve dans leur fourreau de sabre laser avant de relancer la franchise au cinéma avec une nouvelle saga. Des séries, il y en a encore beaucoup de prévu, dont certaines, il faut le dire, nous paraissent assez anecdotiques. Par (contre-)exemple, à tout hasard, l’arrivée d’Andor, prequel du spin-off de Rogue One (vous suivez ?), sur la plateforme pour une rare saison de douze épisodes qui n’attirait guère la hype des fans.

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En fin de compte, on est heureux de vous dire qu’on s’est royalement plantés. Parce que derrière son air dérisoire, Andor est non seulement une excellente série Star Wars mais aussi une vraie bonne série tout court, et peut-être l’œuvre la plus audacieuse de la saga depuis… Rogue One.

Évidemment, on y retrouve Cassian Andor (Diego Luna) cinq ans avant la mission suicide sur Scarif. À cette époque, Cassian n’est ni capitaine ni même proche de toute forme de rébellion. C’est un mercenaire solitaire en quête de vengeance contre l’Empire qui a massacré son peuple sur la planète Kenari.

Mais sa vie bascule le jour où Luthen Rael (Stellan Skarsgård), un homme mystérieux qui se fait passer pour un antiquaire de Coruscant, lui propose de devenir espion pour une organisation révoltée, qui deviendra plus tard l’Alliance rebelle. De voleur taciturne à héros sacrifié de la galaxie, le voyage de Cassian Andor déconstruit le monomythe de Campbell comme on ne pensait jamais le voir dans l’œuvre de George Lucas.

Le plus beau des Star Wars

© Disney+

Je ne sais pas pour vous, mais le plan final apocalyptique de Rogue One continue de me hanter et de me fasciner encore aujourd’hui par sa beauté et cette vision de destruction massive complètement nouvelle dans la saga. Pourtant, cette série de films dérivés rapidement annulée (pas merci, Solo) et rassemblée sous l’intitulé A Star Wars Story me faisait craindre le pire. Mais il faut reconnaître que le long-métrage de Gareth Edwards est l’une des plus belles réussites de cette nouvelle ère Star Wars, autant dans sa direction artistique que dans ses thématiques plus sombres, voire carrément nihilistes.

Tony Gilroy, le créateur et showrunner d’Andor, l’a bien compris. La série dédiée au rebelle incarné par Diego Luna s’inscrit dans la continuité de Rogue One en revenant sur les prémices de l’Alliance rebelle. Ici, pas de Jedi, de connexion à la Force ou d’affrontements épiques entre le bien et le mal.

Andor parle des petites gens, à travers un thriller d’espionnage bien mené et écrit dans un esprit “street level” où les batailles spatiales et les guerres intergalactiques sont relayées au second plan. Visuellement, la série tranche franchement avec l’aspect coloré, voire aseptisé, des productions Disney et Lucasfilm habituelles pour une vision plus froide et terne de Star Wars.

© Disney+

Et paradoxalement, Andor propose une esthétique sobre et soignée, presque granuleuse par moments. Le gris est au cœur des plans de la série, comme le signe du désespoir qui rôde au sein de la galaxie. Il n’y a rien d’éblouissant, car les personnages apprennent à vivre dans une société autoritaire et répressive, quasi réaliste si on omet les éléments de science-fiction.

Le point de vue de Cassian nous permet de découvrir l’Empire sous un nouveau jour, celui plus microsocial et organique d’œuvres culte comme 1984 et Blade Runner. Sérieusement, Andor est tellement différente visuellement des autres productions de la saga qu’on oublie parfois que l’action se déroule dans l’univers de Star Wars.

Pourtant, la série nous fait voyager, parfois sur des planètes inédites, mais le bestiaire, les décors et certains éléments emblématiques de la franchise sont absents (tout comme les partitions culte de John Williams). Pourquoi ? Tout simplement parce qu’Andor est avant tout une série de personnages, comme une introspection d’un peuple en proie à la terreur derrière ce titre méta et lourd de sens face à notre réalité.

Cassian porte le poids de l’Alliance rebelle et du chemin vers la victoire sur ses épaules, comme nous le découvrirons dans Rogue One avec le sacrifice ultime de Jyn Erso et ses compagnons de route. On n’a pas peur de le dire, Andor est une belle série de science-fiction avant d’être une série Star Wars, et elle apporte beaucoup de fraîcheur et d’audace dans un univers qui a tendance à tourner en boucle et présenter une version très manichéenne du monomythe.

Une série plus sombre et mature

© Disney+

Quelque part, Andor est l’incarnation de “l’anti-Star Wars“. C’est une question qu’on peut se poser légitimement sur plusieurs points. D’abord, parce que Tony Gilroy l’a reconnu, il n’est pas un grand fan de la saga même s’il a accepté de bosser dessus à plusieurs reprises. Déjà à l’époque de Rogue One, où il a participé aux reshoots, il ne voulait pas entendre parler des références à Un nouvel espoir et encore moins d’une apparition de Dark Vador.

Tony Gilroy est un anticonformiste dans le sens où il n’aime pas la nostalgie et encore moins suivre un cahier des charges rempli de fan-service imposé par un gros studio comme Disney. Il a clairement profité d’Andor pour faire passer ce message, si bien qu’après douze épisodes et en attendant impatiemment la saison 2, on se demande encore comment la firme de Mickey a accepté de diffuser une œuvre aussi frontale et politique.

Évidemment, avant d’être une grande histoire de famille et de déconstruction du mythe œdipien, Star Wars est, depuis sa trilogie originale, une œuvre politique. George Lucas en personne la décrit comme une allégorie de la révolution américaine et de la guerre du Viêt Nam, où les États-Unis jouent à la fois le rôle des Rebelles et de l’Empire.

De ce constat, Tony Gilroy a choisi de pousser les curseurs encore plus loin avec une série très contemporaine et viscéralement antifa, qui s’attaque aux violences policières, au système carcéral américain et à la notion de pleins pouvoirs entre les mains d’un gouvernement. On pense surtout à la deuxième partie de la saison, qui pioche ses inspirations dans des œuvres satiriques comme Metropolis de Fritz Lang et Les Temps modernes de Charlie Chaplin, dans une vision spatiale mais clairement anticapitaliste de l’état actuel du monde.

La série est violente et frontale sans pour autant être sanglante (on reste quand même chez Disney, rassurez-vous) mais nous fait bien ressentir la sensation de désespoir, comme un écho à l’épisode IV mythique et son titre ô combien emblématique. Oui, il y a des morts et les actions de nos héros pèsent dans la balance, mais tout cela se passe sans jamais tomber dans le cliché de l’héroïsme pur.

Cassian est présenté davantage comme un antihéros dont la fin justifie les moyens, à des années-lumière des philosophies Jedi et de la République, plus manichéennes. Dans ce sens-là, la série se rapproche de The Mandalorian et la culture réprimée du chasseur de primes Din Djarin, lui aussi un antihéros sur la voie de la rédemption.

© Disney+

Pour autant, Gilroy et ses scénaristes parviennent à humaniser l’Empire de façon surprenante, comme si on découvrait le régime sous un nouveau jour, celui des petites mains comme Syril Karn (Kyle Soller) et la sénatrice Mon Mothma (Genevieve O’Reilly, impériale), piégés dans un entonnoir autoritaire qui les dépasse, où ils se retrouvent eux-mêmes privés de libre arbitre. C’est brillant, extrêmement bien raconté et écrit, jalonné de sous-textes pertinents et modernes à analyser et comparer à notre propre réalité, tout en restant une série haletante et très divertissante.

Alors, Andor est-elle la meilleure série Star Wars ? Personnellement, j’ai du mal à l’admettre car mon cœur penche émotionnellement vers The Mandalorian et son duo adorable et émouvant, qui a la nostalgie, un contexte difficile (la pandémie), un architecte de renom adoubé par les fans (Dave Filoni) et le retour de la magie enfantine de Star Wars pour sortir du lot.

Mais d’un point de vue analytique et “cérébral”, Andor est une excellente série qui parvient à dépasser le cadre divertissant et les limites family friendly de la cage dorée Disney. Alors, on se permet au moins de dire que la série de Tony Gilroy est l’une des meilleures de l’année et qu’elle fera date dans le monde fascinant de la guerre des étoiles.

La première saison d’Andor est disponible en intégralité sur Disney+.