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Une artiste enchaîne les dates Tinder et s’en inspire pour créer des œuvres désenchantées

Publié le , modifié le

Par Pauline Allione

Un match, 24 heures et au revoir : pour explorer les limites des applis de rencontre, l’artiste Noemi Iglesias a rencontré un inconnu par jour.

Une artiste enchaîne les dates Tinder et s’en inspire pour créer des œuvres désenchantées

© Noemi Iglesias

Peut-être avez-vous déjà vu l’épisode “Hang the DJ” de Black Mirror, dans lequel les protagonistes laissent une appli de rencontre dicter leurs relations, du plat qu’ils commandent lors du premier date au temps passé avec la personne, jusqu’à trouver le match parfait – selon l’application, du moins. Indépendamment de la série Netflix, Noemi Iglesias a mené une expérience similaire, prenant pour terrain d’études ses relations affectives et amoureuses.

Pour son projet Quarantine, l’artiste espagnole s’est livrée à une performance durant quarante jours. L’idée : dater une personne par jour pendant toute la durée de son expérimentation. Inspirée par la solitude qu’elle a découverte à Taïwan au cours de son master de céramique, où ses interactions sociales étaient particulièrement limitées, l’artiste a mis en place un protocole strict pour faire de nouvelles rencontres et pousser la logique du dating à son paroxysme.

Quarantine. (© Noemi Iglesias)

Un match, 24 heures et au revoir

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“J’ai téléchargé l’application et créé un profil qui serait actif pendant quarante jours. À cette époque, j’utilisais l’interface de Tinder pour organiser quarante rendez-vous avec quarante utilisateurs différents. Chaque date pourrait avoir une durée maximale de 24 heures”, pose Noemi Iglesias, qui n’avait jamais été sur une application de dating avant Quarantine.

Celle-ci a offert une rose à chacun de ses dates et s’en sont suivies des rencontres diverses. Après les 24 heures accordées à chaque personne, l’artiste supprimait le match sans préavis, court-circuitant toute possibilité de la recontacter. À la fin des quarante jours, Noemi Iglesias a mis fin à sa performance en effaçant son profil Tinder.

Des fleurs de porcelaine fanées 

Quarantine. (© Noemi Iglesias)

Suite à cette expérience “émotionnellement intense”, l’artiste a créé des fleurs de porcelaines fanées et noircies avec lesquelles elle a rempli des masques à gaz. “Les fleurs de porcelaines font référence à la marchandisation de l’amour et à la façon dont les schémas émotionnels sont socialement assumés comme des icônes commerciales dans la production d’une utopie romantique. Les expériences sentimentales sont présentées à travers des produits manufacturés par une industrie, transformant les schémas émotionnels en stratégies consuméristes”, détaille Noemi Iglesias.

Logiquement, celle-ci a créé de nombreux masques au romantisme fané, renvoyant l’image d’une production en série aux allures apocalyptiques. Ses œuvres fragiles à la noirceur assumée font explicitement référence aux expériences sentimentales proposées par les entreprises qui nous vendent leurs algorithmes et promesses relationnelles et évoquent au passage une sorte de mort de l’amour, vidé par la logique capitaliste.

Quarantine. (© Noemi Iglesias)

Quarantine. (© Noemi Iglesias)

Quarantine. (© Noemi Iglesias)

Quarantine. (© Noemi Iglesias)

Quarantine. (© Noemi Iglesias)