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Pourquoi des militants écologistes collent-ils leur corps à de célèbres tableaux ?

Publié le

par Donnia Ghezlane-Lala

Scandale à la National Gallery et à la Royal Academy : deux militants écologistes ont attaché leur corps à des peintures exposées de grands maîtres.

Pourquoi des militants écologistes collent-ils leur corps à de célèbres tableaux ?

© Carlos Jasso/AFP

À Londres, des militant·e·s écologistes du mouvement Just Stop Oil ont recouvert un tableau de la National Gallery d’une image représentant un paysage bucolique massacré par les énergies fossiles, avant de se coller au cadre de l’œuvre.

Les deux membres de l’organisation, qui milite pour l’arrêt immédiat de tout nouveau projet pétrolier ou gazier, ont visé un tableau du peintre britannique John Constable, La Charrette de foin (1821), représentant une charrette dans la campagne anglaise franchissant un cours d’eau.

Avant de se coller à son cadre, le duo a recouvert l’œuvre d’une version “réimaginée”, avec une route à la place de la rivière et des avions de ligne dans le ciel. “Une scène cauchemardesque qui montre comment le pétrole va détruire nos campagnes”, a expliqué Just Stop Oil dans un communiqué.

© Carlos Jasso/AFP

“Nous pouvons dire adieu aux terres vertes et plaisantes d’Angleterre”

Citée dans le communiqué de presse, Hannah Hunt, 23 ans et étudiante en psychologie à Brighton, a affirmé se mobiliser en raison des “quarante nouveaux projets d’énergies fossiles du gouvernement”, un chiffre fréquemment cité par les associations environnementales.

“Nous pouvons dire adieu aux ‘terres vertes et plaisantes d’Angleterre’ vu que la poursuite de l’extraction du pétrole entraînera des pertes de récoltes généralisées, ce qui signifie que nous devrons nous battre pour la nourriture”, a affirmé Mme Hunt en référence à un célèbre poème de William Blake.

“Cette peinture fait partie de notre patrimoine mais ce n’est pas plus important que les 3,5 milliards d’hommes, de femmes et d’enfants qui sont déjà en danger en raison de la crise climatique”, a affirmé Eben Lazarus, 22 ans et étudiant en musique. Les deux militant·e·s n’ont pas été arrêté·e·s, a indiqué à l’AFP la police de Londres.

© Carlos Jasso/AFP

Fin juin, un rapport indépendant a pointé les “défaillances majeures” dans la stratégie de Londres pour atteindre ses objectifs climatiques, alors que le pays s’est engagé à atteindre la neutralité carbone en 2050. Depuis le début de la guerre en Ukraine, le gouvernement a revu sa stratégie énergétique, avec un renforcement du nucléaire, de l’éolien, du solaire, mais aussi des énergies fossiles en mer du Nord, pour accroître la sécurité de son approvisionnement.

D’autres actions militantes similaires ont eu lieu cette semaine

Just Stop Oil a mené plusieurs actions similaires la semaine dernière avec des militant·e·s se collant aux cadres de célèbres tableaux à Londres, à Manchester ou encore à Glasgow. Avant la National Gallery, des militant·e·s ont également collé leurs mains au cadre d’un tableau de la Royal Academy représentant la Cène et déversé de la peinture dans le musée pour demander l’arrêt immédiat de tout nouveau projet pétrolier ou gazier.

© Carlos Jasso/AFP

L’œuvre ciblée dans cette institution londonienne, attribuée à Giampietrino, est une copie grandeur nature du célèbre tableau de Léonard de Vinci. Elle dépeint la scène biblique dans laquelle Jésus annonce que l’un de ses douze apôtres le trahira.

“Quand j’enseignais, j’amenais mes élèves dans de grandes institutions comme la Royal Academy. Mais maintenant, il semble injuste d’attendre d’eux qu’ils respectent notre culture alors que leur gouvernement est déterminé à détruire leur avenir en autorisant de nouveaux projets pétroliers et gaziers”, a déclaré une militante et ancienne institutrice, Lucy Porter, 47 ans, citée dans un communiqué de Just Stop Oil.

Jessica Agar, une autre militante et étudiante en art de 21 ans a affirmé : “Il n’y a pas de place pour que je poursuive ma vocation d’artiste dans un monde où je n’ai pas d’avenir.” C’était la cinquième fois en une semaine que des militant·e·s de l’organisation menaient une action de ce type dans une institution culturelle.

Konbini arts avec AFP.

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