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On vous explique comment faire de la photo de rue (sans être cringe)

Publié le , modifié le

Par Konbini

La photographie de rue, ça peut se pratiquer mais sous certaines conditions seulement, dans le respect et la légalité.

On vous explique comment faire de la photo de rue (sans être cringe)

© Carlotta Films

Tout est parti d’un tweet de Léna Califano, publiant son cliché d’un couple de séniors, marchant de dos, dans les rues parisiennes. La légende disait : “Je les ai poursuivis comme une psychopathe pour avoir ma photo.” À cela, un bon nombre d’internautes a réagi, fustigeant les méthodes de la photographe ou lui apportant un soutien indéfectible “entre pro”, avec quelques conseils et exemples illustrés.

Car oui, la photographie de rue est un genre qui existe bien, qui se pratique, mais qui nécessite un encadrement sérieux et éthique. Alors, on vous a demandé quelles étaient vos astuces pour prendre les plus belles photos de rue sans passer pour un·e freak voyeur·se et irrespectueux·se. On a eu le droit à des “s’appeler Robert Doisneau”, des “hyperfocale au 28 ou 21 mm”, des “mets des bonnes pompes pour courir au cas où” ou des “ne pas le faire” car c’est un sujet clivant. Mais voici vos conseils les plus constructifs et intelligents.

Privilégiez les portraits de dos, en mouvement

Laissez-vous inspirer par le mouvement, par les silhouettes. C’est le conseil Johanna Tordjman, peintre qui crée des œuvres à partir de photographies qu’elle prend en amont. “Je ne contacte pas les modèles avant, je me laisse inspirer par l’instant”, nous décrit-elle.

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Le cas des portraits posés : parlez aux inconnu·e·s 

Un peu de politesse et d’humanité ne font pas de mal quand on veut faire des portraits posés ou s’immiscer dans la foule. Donc, allez à la rencontre de ces inconnu·e·s au lieu de les photographier sauvagement. Pour ça, il y a quelques techniques à avoir en tête.

Quand vous repérez un bon sujet à photographier, trouvez une accroche et approchez-le. Demandez-lui par exemple de photographier un détail de sa tenue pour établir un premier contact et tester votre alchimie mutuelle. S’il est réceptif, proposez de lui tirer le portrait. C’est moins intimidant d’approcher la personne avec cette transition plutôt que de lui réclamer d’emblée un portrait de face. Ayant établi un contact bienveillant avec vous, elle pourra plus gentiment refuser ou accepter. Johanna Tordjman nous donne un exemple :

“Je vais prendre l’exemple d’Armando, un pêcheur rencontré à New York. J’ai été appelée par son énergie et sa tête souriante. Il était en train de nettoyer un énorme poisson qu’il venait de pêcher. J’ai pris des premiers shots de très loin, dont je n’allais rien faire publiquement. Je me suis approchée de lui et je lui ai demandé si je pouvais prendre ses mains en photo, en train de nettoyer son poisson, je trouvais ça moins intrusif.

Une fois que j’ai eu son accord et qu’il avait l’air heureux de me partager sa fierté car le poisson était ÉNORME, je lui ai raconté que j’étais peintre et que je voyageais pour aller à la rencontre des autres. Je lui ai demandé si je pouvais le photographier en entier, et il m’a demandé s’il pouvait brandir fièrement son trophée. On fait nos quelques photos, on échange quelques mots et je lui pose la question que je pose à tout le monde : quel souvenir veut-il qu’on garde de lui ? Sa réponse : Qu’il est le meilleur pêcheur du monde”, explique la peintre.

Lors de voyages à l’étranger, le langage peut être corporel, aidez-vous des sourires, de Google Traduction et des gestes, si vous ne maîtrisez pas la langue. N’abusez pas de l’autorisation de vos sujets : deux ou trois photos, c’est OK, mais une rafale de 50 photos, non.

La discrétion est votre amie

Que ce soient des silhouettes, des foules, le mieux est de rester furtif·ve et discret·ète, de vous fondre dans la masse, de rester loin de votre sujet. Ce conseil nous a été donné par Icham : “Je vois un sujet intéressant, j’anticipe, je lève l’appareil, la personne passe, il faut garder la posture quelques secondes.”

Attention au droit à l’image cependant, insiste le photographe Hugo Lecrux, qui pose problème dès lors qu’on souhaite exploiter ces photos publiquement. C’est toujours mieux d’avoir ses sujets de dos, non reconnaissables, ou d’obtenir une autorisation (écrite, de préférence), mais sur le terrain, on sait, c’est compliqué à gérer. Les méthodes de Bruce Gilden et Martin Parr, qui vous envoient leur flash à la gueule et profitent de votre égarement, c’est pas fou.

Respectez la dignité de vos sujets

On ne photographie pas des enfants sans l’autorisation de leurs parents. On ne photographie pas des personnes en situation de vulnérabilité. On respecte la dignité des autres et leur vie privée.

Prendre de la hauteur

Quoi de mieux que de prendre un peu de hauteur. Pas besoin d’un rooftop, il suffit de profiter du balcon d’un·e pote ou de la fenêtre de votre chambre, qui donne sur la rue. Dans cet angle, les visages de vos sujets ne seront pas à découvert.

Les terrasses, le bon plan

C’est la technique employée par Lucas Fiaschi : “Tu te mets en terrasse, tu choisis une zone et fais tes réglages en fonction de cette zone. Après, tu n’as plus qu’à shooter tout ce qui passe dans cette zone.” Sans bouger d’un poil, en ayant juste à activer le bouton. Plus qu’à trouver un spot avec une belle lumière. 

Le confort réside dans le boîtier

La photojournaliste Laure Playoust nous indique qu’“avoir un boîtier où tu peux incliner l’écran” est très pratique, pour rester libre de ses mouvements. “Comme ça, tu gardes l’appareil à ta hauteur, tu vois dans l’écran, la personne croit que tu bricoles des réglages. Et ça fait des angles assez cool”, nous dit-elle en rappelant les frontières éthiques et propres au droit à l’image.

Préparez tous vos réglages

C’est un gain de temps précieux, et vous ne passez pas pour un·e amateur·rice si on vous donne l’autorisation. Tout doit être prêt à l’emploi, ajoute Laure Playoust.

Utilisez vos potes

Les ami·e·s, on les trouve dans les bons moments, comme les pires. Parfois, on peut les utiliser pour faire diversion. “Emmenez un·e pote” lors de vos escapades photo en extérieur, poursuit la photographe Laure Playoust. Mettez votre pote dans votre cadre, faites comme si c’était l’objet de votre attention… et shootez tout autour. Vous pouvez aussi l’utiliser “comme cadre dans le cadre, flou en premier plan mais il faut des ami·e·s patient·e·s”.

Astuces bonus : on vous conseille de jeter un œil au fil Twitter d’Adrian Skenderovic, pour davantage de tips de grands noms de la photo, de Joel Meyerowitz à Garry Winogrand.