Il y a 130 ans, Vincent van Gogh se plaignait de son confinement dans ses lettres

Il y a 130 ans, Vincent van Gogh se plaignait de son confinement dans ses lettres

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© Vincent van Gogh

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Par Lise Lanot

Publié

On a tous quelque chose en nous de Van Gogh.

Vincent van Gogh a légué au monde deux trésors : sa riche œuvre picturale (des milliers de toiles et dessins) et une épaisse correspondance, permettant de plonger dans l’esprit d’un personnage mystérieux, solitaire et connu – entre autres – pour s’être coupé un morceau d’oreille avant de se suicider à l’âge de 37 ans. L’artiste aurait envoyé plus de 2 000 lettres au long de sa courte vie, dont au moins 650 adressées à son frère Théo. Des 825 lettres toujours existantes aujourd’hui, 789 sont conservées au musée Van Gogh d’Amsterdam.

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Habituellement maintenues à l’écart des dangers de la lumière et de l’air ambiant (et donc des regards), elles sont actuellement présentées au public dans le cadre de « ‘Your Loving Vincent’: Van Gogh’s Greatest Letters » (« ‘Ton cher Vincent’ : les plus belles lettres de Van Gogh »), une exposition dédiée à la correspondance du peintre. Ces lettres trouvent un écho dans notre actualité puisque The Art Newspaper note qu’en 1889, l’artiste se plaignait de vivre sa propre « quarantaine ».

Enfermé pour « de longs jours »

Le 19 mars 1889, Vincent envoyait une lettre en français (comme c’était souvent le cas) à son frère Théo. Il se trouvait à ce moment « de nouveau enfermé à l’hôpital », où il avait été envoyé après s’être tranché un morceau d’oreille. À court de papier, il écrit sur une enveloppe reçue plus tôt sur laquelle on peut voir son nom et son adresse, « À l’hôpital, Arles (Bouches-du-Rhône) », inscrits en grosses lettres au milieu de sa fine écriture en pattes de mouche.

À la fin de sa lettre, qui raconte l’isolation forcée qu’il est en train de vivre et l’attitude étrange des villageois·ses à son égard, il glisse ces quelques mots, sans ponctuation : « À bientôt mon cher frère j’espère ne t’inquiète pas. C’est une sorte de quarantaine qu’on me fait passer peut-être je n’en sais rien. »

Plus haut dans sa lettre, il prévient son frère qu’il lui écrit pour le rassurer, « en pleine possession de [ses] esprits, non pas comme un fou mais comme le frère que [Théo] conna[ît] ». Il poursuit et lui confie qu’une pétition rassemblant apparemment plus de 80 signatures a été envoyée au maire (un certain M. Tardieu selon sa compréhension) le désignant comme « un homme ne méritant pas de vivre en liberté, ou quelque chose comme ça ». Le peintre se plaint d’être enfermé pour de longs jours, sous clé et avec des gardiens « sans que [sa] culpabilité soit prouvée ou qu’elle puisse l’être ».

Cette appréhension des autres à son égard est corroborée par les éditeurs d’un ouvrage compilant sa correspondance, Vincent van Gogh: A Life in Letters. Ils ouvrent le livre avec cette description : « Il avait un tic facial et ses mains semblaient être constamment en mouvement. Les gens avaient souvent peur de lui à cause de son apparence un peu sauvage et débraillée et de sa manière, très intense, de parler. »

Le peintre passera neuf mois à l’hôpital, continuant de faire grossir sa correspondance. En rentrant enfin chez lui, il écrit : « J’essaie d’aller mieux maintenant, comme quelqu’un qui, après avoir voulu s’ôter la vie, a finalement trouvé que l’eau était trop froide et essaie de se rapprocher du bord. » Quelques mois plus tard, en juillet 1890, il s’enferme de lui-même, dans l’éternité cette fois, en se tirant une balle dans la poitrine.

L’exposition « ‘Your Loving Vincent’: Van Gogh’s Greatest Letters » est visible au musée Van Gogh d’Amsterdam jusqu’au 10 janvier 2021. Les lettres du peintre sont visibles virtuellement ici.

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