À quoi ressemblaient les derniers mois et tableaux de Vincent van Gogh, avant sa mort ?

À quoi ressemblaient les derniers mois et tableaux de Vincent van Gogh, avant sa mort ?

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© Vincent Van Gogh/Van Gogh Museum, Amsterdam/Vincent van Gogh Foundation

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Par Konbini avec AFP

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Une exposition se penche sur les derniers instants du grand maître néerlandais.

Les Racines d’arbres que Vincent van Gogh a peintes juste avant de se tirer une balle dans la poitrine le 27 juillet 1890, sont encore là, signalées au public au cœur d’une ruelle d’Auvers-sur-Oise. Chevalet sous le bras, il l’a empruntée maintes fois, à l’aplomb de l’auberge Ravoux, où il est mort deux jours plus tard, à 37 ans, après une longue agonie, raconte Wouter Van der Veen, spécialiste néerlandais du peintre.

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Maisons, paysages, place de la mairie… Dès son arrivée, le 20 mai 1890, dans ce creuset de l’impressionnisme, en bordure de rivière, il va peindre “dans l’urgence”, “plus de 74 tableaux en 70 jours”“le bleu domine”, dit-il. Van Gogh arrive à Auvers-sur-Oise sur recommandation médicale et celle de son frère cadet Théo, marchand d’art. Il est “conscient de sa valeur comme artiste mais aussi de sa fragilité : il s’est tranché l’oreille à Arles, a croisé la mort, et été hospitalisé après plusieurs tentatives de suicide par empoisonnement à l’essence de térébenthine et probablement aux couleurs contenant de l’arsenic”, précise l’expert.

“Il se sent menacé mais pense aussi beaucoup à la vie : Johanna, l’épouse de Théo, vient d’accoucher d’un petit Vincent, et un article paru dans le Mercure de France loue son génie, comparé à celui des maîtres hollandais, une reconnaissance qu’il attendait”, ajoute-t-il. Les derniers mois frénétiques de Vincent Van Gogh dans ce village français situé à une trentaine de kilomètres de Paris, lorsqu’il débitait un chef-d’œuvre après l’autre tout en s’enfonçant dans le désespoir, sont le sujet d’une exposition exceptionnelle à Paris.

“Une exposition qui ne se présente qu’une fois dans une vie”

Le musée d’Orsay présentera des œuvres produites durant ses derniers instants fiévreux à Auvers-sur-Oise, juste avant son suicide à l’âge de 37 ans. Beaucoup de ces œuvres n’ont jamais été montrées ensemble, à Paris, jusque-là. “Je crois qu’on peut dire qu’il s’agit d’une exposition qui ne se présente qu’une fois dans une vie, sur la toute dernière période de Van Gogh, a déclaré la directrice du musée, Emilie Gordenker, lors d’un point presse à l’occasion de l’exposition similaire qui s’est tenue plus tôt dans l’année au musée Van Gogh d’Amsterdam.

“Durant cette période, il a travaillé comme un possédé”, produisant certaines de ses plus belles œuvres, dont le menaçant Champ de blé aux corbeaux et un portrait mélancolique de son ami et médecin, Paul Gachet. Le tableau Dr Paul Gachet qui, selon les spécialistes du musée, a été peint les 6 et 7 juin 1890, est une œuvre détenue par le musée d’Orsay, avec L’Église d’Auvers-sur-Oise. Toutes les peintures sont présentées par ordre chronologique, de la première, réalisée à l’arrivée de Van Gogh à Auvers, à la toute dernière, Racines d’arbres, peinte deux jours avant sa mort.

“Il a dû travailler très vite. Mais il savait exactement ce qu’il faisait”, estime Nienke Bakker, conservatrice principale au musée Van Gogh. “En travaillant sur cette exposition, nous n’avons pas seulement été étonnées par le nombre de peintures qu’il a faites à Auvers en si peu de temps, mais aussi par leur grande qualité, leur audace, leur expressivité, l’expérimentation qui était là jusqu’au tout dernier jour. Cela montre quel incroyable artiste il était.”

Mais le temps passant, un malaise étreint à nouveau Van Gogh, comme le montre le Champ de blé aux corbeaux, suivi par un autre paysage sombre, Champ de blé sous un ciel orageux. Dans une de ses dernières lettres à son frère bien-aimé Théo, Vincent écrit, évoquant sa dernière toile, Racines d’arbres : “Ma vie aussi est attaquée à la racine, mon pas faiblit également.” Les sentiments d’échec, de solitude et de mélancolie prennent graduellement le dessus. Van Gogh s’est tiré une balle dans la poitrine peu après avoir terminé Racines d’arbres, et est mort deux jours plus tard.

Le Dr Gachet

Van Gogh s’était installé à Auvers-sur-Oise, près de Paris, le 20 mai 1890, plein d’espoir et d’enthousiasme – notamment grâce à la présence du docteur Gachet, spécialisé dans le traitement de la “mélancolie” – après des séjours à Arles et Saint-Rémy-de-Provence où il s’était débattu avec des problèmes mentaux. “Vincent a vécu des moments vraiment difficiles avant de venir à Auvers. Il a beaucoup souffert de sa maladie mentale”, a expliqué Mme Gordenker à l’AFP, à l’époque. “Il arrive à Auvers, il a cette nouvelle énergie, et il se met vraiment au travail.”

La maison du docteur Paul Ferdinand Gachet se situe dans une petite rue bordée de meulières. Fondu d’art plus que de médecine, il possède sa propre presse à gravures et “diffusera sans réserve l’œuvre du peintre” auquel il suggère comme unique traitement de “quitter l’obsession de la maladie”, selon M. Van der Veen. Le peintre roux, au regard clair, reconnaît aussitôt en cet homme “un ami” et un “frère”, grand collectionneur connu du tout-Paris, soulignant leur ressemblance physique dans ses innombrables lettres à Théo, son plus fidèle ami.

À l’arrière de la maison, entourée d’un jardin fleuri, séquence émotion : un petit tertre entre deux tilleuls où Van Gogh s’asseyait avec le docteur et ses amis, Paul Cézanne, Camille Pissarro et Armand Guillaumin, autour d’une absinthe et en fumant la pipe. Des calligraphies, tracées à l’entrée d’une petite grotte, en retrait, rappellent la passion des impressionnistes pour l’estampe japonaise.

Le 7 octobre, la maison du Dr Gachet, ancienne école de jeunes filles, sera ouverte au public ainsi qu’une exposition au château d’Auvers-sur-Oise, en forme de parcours numérique des œuvres de Van Gogh en très haute définition. Pour des “raisons de sécurité, essentiellement”, le village ne dispose plus d’aucune toile de Van Gogh, dont la cote s’est envolée après sa mort, selon l’expert.

Champ de blé aux corbeaux

Destination l’église. Van Gogh l’a sublimée dans un format donnant l’illusion de la 3D : une symphonie de bleu, contrastée d’orange et de verts éclatants. Non loin, place au recueillement : la tombe recouverte de lierre où repose le peintre près de Théo, mort six mois après lui de la syphilis. Un chemin de terre, bordé d’amarantes fanées, conduit à l’endroit où Van Gogh a peint son Champ de blé aux corbeaux. Tout près : celui où il s’est donné la mort.

L’auberge Ravoux abrite encore la minuscule chambre du peintre, austère et sombre, sans meubles aujourd’hui, où Van Gogh a vécu “modestement mais pas dans la pauvreté”, selon M. Van der Veen. Dans la salle à manger, où tout semble resté intact, un bouquet de tournesols accueille le public. “Le cercueil de Van Gogh, couvert de dahlias jaunes” y fut entreposé “au milieu de ses toiles”, confie le spécialiste.

L’exposition “Van Gogh à Auvers – Les derniers mois” se tiendra au musée d’Orsay, à Paris, du 3 octobre au 4 février 2024.

Konbini, partenaire du musée d’Orsay.