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Exilée à 11 ans, une photographe est retournée documenter l’Ukraine dix ans plus tard

Publié le , modifié le

Par Pauline Allione

La photographe Yelena Yemchuk raconte la ville à travers une jeunesse en quête d’identité et fige le souvenir d’un pays, avant que la Russie n’envahisse ses villes.

Exilée à 11 ans, une photographe est retournée documenter l’Ukraine dix ans plus tard

© Yelena Yemchuk

Élevée à Kyiv en Ukraine avant d’émigrer aux États-Unis à l’âge de 11 ans, Yelena Yemchuk n’a pu retourner dans son pays natal que dix ans plus tard, à l’indépendance de l’Ukraine. Mais, depuis l’enfance, la photographe est fascinée par Odessa : la ville semble imperméable aux conflits avec la Russie, et il s’y développe une culture artistique, intellectuelle et underground que l’on ne retrouve pas ailleurs. Quand elle rencontre un·e habitant·e d’Odessa, elle l’imagine gangster ou artiste, ni plus ni moins.

Ce n’est qu’une fois ses études terminées (aux Beaux-Arts, en graphisme puis en photographie), au milieu des années 1990, que Yelena Yemchuk retourne en Ukraine et découvre enfin Odessa. Restée fortement attachée à ses terres natales, la photographe débute son projet, sobrement intitulé Odesa, en 2015, soit peu de temps après l’annexion de la Crimée par la Russie.

Odesa. (© Yelena Yemchuk)

Compte tenu du contexte politique et de l’état de choc de l’Ukraine, la photographe fait d’abord le choix d’immortaliser les ados de 16 et 17 ans de l’Académie militaire d’Odessa, avant de sortir son projet de l’enceinte de l’établissement pour dresser le portrait à la fois tendre et brut d’une ville sous tensions.

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“Il y avait une sauvagerie autour d’Odessa. Mais aussi un ‘oubli’, comme si la ville avait roulé au fond du chariot de la modernité. J’avais l’impression qu’on m’avait montré un endroit secret. Comme si quelqu’un m’avait emmené dans un coin, avait tiré un rideau et m’avait dit : ‘Regarde, regarde cette ville enchantée. Tu peux y croire, c’est réel. Tu peux en faire partie. Essaie de capturer sa magie. Si tu gardes les yeux et le cœur ouverts, tu seras peut-être autorisée à la voir'”, raconte Yelena Yemchuk de ses premiers souvenirs d’Odessa.

Odesa. (© Yelena Yemchuk)

Au milieu des bombes, une jeunesse en quête d’identité

La photographe, qui a documenté la ville de 2015 et 2019 à travers celles et ceux qui font vivre ses rues, a regroupé l’ensemble de ses images dans un ouvrage prêt à être publié fin 2021. L’invasion du territoire ukrainien par les forces armées de Vladimir Poutine début 2022 donne ainsi une triste dimension aux images d’Odessa, puisque la ville a depuis été bombardée par les soldats russes.

Pour la photographe, ces images sont d’autant plus importantes dans le contexte actuel. Elles offrent un témoignage unique de la force qui anime les habitant·e·s d’Odessa comme de l’insouciance grisante et caractéristique de l’adolescence, replaçant l’humain au cœur d’une actualité rythmée par les bombardements, les ruines et la mort.

Dans une interview accordée à une journaliste d’It’s Nice That, Yelena Yemchuk confie, quant à la publication de son livre qui avait été mise en suspens par les événements : “Ils m’ont tous dit, d’une voix presque unanime : ‘Tu dois sortir ça maintenant. Les gens doivent savoir qui on est, pas la guerre, ils ont besoin de voir qui on est et contre qui on se bat’.”

Odesa. (© Yelena Yemchuk)

Odesa. (© Yelena Yemchuk)

Odesa. (© Yelena Yemchuk)

Odesa. (© Yelena Yemchuk)

Odesa. (© Yelena Yemchuk)

Odesa. (© Yelena Yemchuk)

Odesa. (© Yelena Yemchuk)

Odesa. (© Yelena Yemchuk)

Odesa, de Yelena Yemchuk, est publié aux éditions Gost.