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De Mossoul à Calais, les histoires de réfugiés dignement racontées dans une expo sensible

Publié le

par Pauline Allione

Le photographe Mathieu Pernot questionne les trajectoires et l’empreinte des personnes contraintes de quitter leur pays.

De Mossoul à Calais, les histoires de réfugiés dignement racontées dans une expo sensible

© Mathieu Pernot

Sur les chaînes d’info en continu, les personnes exilées ne sont que des chiffres. Elles font partie de “flux” dont on ne parle que de manière cyclique, quand l’agenda médiatique français ne reprend pas le dessus. Aussi, après une douzaine d’années auprès de personnes réfugiées, le photographe français Mathieu Pernot donne une voix et une image à celles et ceux qui quittent tout dans l’espoir de trouver une vie meilleure ailleurs. Son travail, aujourd’hui réuni dans un ouvrage publié aux éditions Textuel et au sein de l’exposition “L’Atlas en mouvement”, est visible au Mucem, à Marseille, jusqu’au 9 septembre 2022.

C’est en 2009, dans la forêt de Calais et sur les trottoirs de la capitale où dorment des personnes réfugiées, que l’artiste commence ce projet documentaire. “Très vite, j’ai considéré nécessaire de recueillir des récits, de connaître leur histoire. Je ne me suis pas limité au seul usage de la photographie, et de nouvelles images traversant les disciplines sont apparues. C’est ainsi que l’atlas a pris forme, avec l’idée que les images produites nous apprennent le monde, autant que l’histoire des réfugiés”, détaille-t-il au Mucem.

Réfugiée congolaise, Lesbos, Grèce, 2020. (© Mathieu Pernot)

Raconter les personnes réfugiées autrement

Désireux de personnifier ces récits et d’enquêter sur la trace laissée par les migrant·e·s au cours de leurs mouvements, Mathieu Pernot travaille à créer de nouvelles représentations des réfugié·e·s. Son atlas, qui mêle des photos, vidéos, objets trouvés et manuscrits, porte les histoires de celles et ceux que le photographe a croisé·e·s, que ce soit à Mossoul, à Alep, sur le camp de Mória, à Lesbos, en Grèce, ou encore dans la “jungle de Calais”.

“J’ai eu l’envie de construire une iconographie qui se ferait avec [les migrants], de faire en sorte qu’ils ne subissent pas l’image faite par d’autres. À chaque fois que je rencontrais un réfugié qui souhaitait participer à ce projet, nous imaginions ce qu’il était possible de faire ensemble en produisant une forme qui parle de leur histoire, tout en convoquant une représentation qui s’adresse à tout le monde”, abonde le photographe.

La “jungle de Calais”, France, 2009-2010. (© Mathieu Pernot)

Divisée en onze thématiques, l’exposition aborde, par exemple, les étoiles par le prisme du parcours de l’astronome syrien Muhammad Ali Sammuneh qui a fui Alep pour Paris, les débris sur le camp de Mória après qu’un incendie a ravagé l’endroit, et la biodiversité dans les camps de réfugié·e·s.

Mathieu Pernot, qui porte une attention particulière à raconter ces histoires avec les personnes migrantes elles-mêmes, donne aussi à voir des trajectoires d’exil dessinées sur du papier millimétré, ainsi que des récits de vie.

Empreintes de mains de migrants réfugiés en France, 2018. (© Mathieu Pernot)

Molyvos, Lesbos, Grèce, 2020. (© Mathieu Pernot)

Mansour Souleiman Khel, Les cahiers afghans, 2012. (© Mathieu Pernot)

“L’Atlas en mouvement” de Mathieu Pernot est visible jusqu’au 9 septembre 2022 au fort Saint-Jean du Mucem, à Marseille. Un livre publié par les éditions Textuel est aussi disponible.

Konbini arts, partenaire du Mucem.

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